Le 10 mai 1981 sonne le glas de la longue séquence gaullienne commencée en 1958 et achevée au printemps 1981. Entretemps, la France passe des trente glorieuses aux trente piteuses, avec son lot de drame sociaux et de lancinantes désillusions. Valérie Giscard d’Estaing paie au prix fort cette grande dépression nationale par une défaite dont il ne s’est jamais remis. À sa troisième tentative, François Mitterrand, candidat socialiste, après avoir mis De Gaulle en ballotage en 1965, fait trembler Giscard en 1974, parvient à ses fins, en l’emportant dans un climat de joie et d’espérance. Aux yeux des nombreux électeurs, Mitterrand va changer leur vie dans une France encore engoncée dans ses conservatismes, à force d’avoir renouvelé les baux et mandats présidentiels aux droites gaulliste, orléaniste et libérale.

Et effectivement, François Mitterrand met très vite un coup de pied dans cette fourmilière si poussiéreuse. Les nouvelles lois, grâce à une assemblée nationale rose horizon, s’enchaînent et marquent les esprits, dès l’année suivante. Il fallait bonifier le cours des destins. Le 16 janvier 1982, la cinquième semaine de congés payés est votée. Une année 1982 bénie dans les rangs de la gauche, des radicaux aux socialistes, en passant par les communistes. S’ensuivent les nationalisations d’entreprises fragilisées par la crise, les lois Auroux créant les comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), en faveur des salariés, la retraite à 60 ans pour donner aux ouvriers le droit à une vieillesse digne, le premier acte de la décentralisation qui donne plus d’autonomie aux territoires, le remboursement de l’IVG jusque là non-couverte par la sécurité sociale. Enfin l’abolition de la peine de mort qui interviendra dès octobre 1981.

10 mai : « la malédiction de la droite »

Au vu des pourcentages de second tour, difficile de parler d’un raz-de-marée socialiste : 51.75% pour François Mitterrand contre 50.81% en faveur de Valery Giscard d’Estaing. Ce sont les élections législatives qui fournissent au nouveau président les moyens d’enclencher sa révolution copernicienne. Ce qui fait dire à Mitterrand du haut de sa conquête : « Il n’y a qu’un vainqueur le 10 mai 1981, c’est l’espoir ». Le petit parti SFIO, devenu parti socialiste en 1971 lors du congrès d’Epinay, se mue en force électorale à toutes les élections locales comme nationales. Seul le Sénat, structurellement et sociologiquement de droite, échappe à l’hégémonie socialiste. Plus largement, et c’est nouveau, la gauche domine la vie politique, avec un parti socialiste aussi moteur que dominateur, au travers de son homme-lige. De l’autre coté de l’échiquier, on observe les premiers pas de ce nouveau régime avec angoisse : la démocratie française allait-elle être renversée, allait-on subir à un changement de régime ?

Au final, rien de tout cela n’advient. Les réformes portent sur le social, le fiscal avec l’impôt sur les grandes fortunes, et l’institutionnel. Dans son livre « La malédiction de la droite » publié aux éditions Perrin, le journaliste du Figaro, Guillaume Tabard, resitue l’importance de cette date symbolique que représente le 10 mai pour les héritiers gaulliens : « 10 mai. Date maudite pour la droite. La défaite par excellence. Il y en eut de plus humiliantes (l’élimination de François Fillon en 2017), de plus cinglantes (le K.-O. de Jacques Chirac en 1988), de plus affligeantes (la dissolution de 1997), de plus prévisibles (l’échec de Nicolas Sarkozy en 2012). Il n’y en a pas eu de plus historique. La preuve ? Le 10 mai est une date qui parle d’elle-même. Il n’est pas besoin d’en préciser l’année ».

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