Le Premier ministre à Nice, la veille de l'annonce des 11 secrétaire d'État - Capture TV.
Le Premier ministre à Nice, la veille de l'annonce des 11 secrétaire d'État - Capture TV.

Ils seront donc 11. 11 secrétaires d’État nommés après deux semaines d’attente, au point que l’on commençait à en oublier l’utilité. 11 secrétaires d’État que l’on n’avait pas trouvé le temps de nommer. Leurs noms et fonctions ont enfin été annoncés un soir de dimanche dans la torpeur d’une fin de juillet, juste avant que le Gouvernement ne parte en vacances.

Car oui, le Gouvernement partira en vacances. Studieuses, n’en doutez pas. Impossible d’éviter le télétravail, ici. Et l’on mettra en scène comme il faut le devoir de rester sur notre sol national meurtri par la Covid. Le président arpentera quelques lieux emblématiques à la rencontre de ceux qui ont tenu le pays, peut-être aussi des futurs chômeurs à qui il pourrait bien demander de traverser la rue avec plus d’entrain que cela. Allez savoir. Ha mais !!! Quelques ministres se montreront à la tâche. Les journaux des stagiaires de l’été s’émerveilleront de cette communication si innovante. Eux aussi font partie de la détente sous le soleil, du bruit de fond que l’on n’écoute plus à cette époque.

Mais là n’est pas l’important. Que nous disent ces Secrétaires d’État du virage et de la réinvention du Président ? Rien pour ceux qui restent. Ils sont cinq à demeurer à leur poste. On peut penser qu’ils répondent à des calculs d’équilibre politique interne. Nous n’en avons que faire mais ça compte. On peut aussi penser qu’ils n’ont pas démérité. Et c’est tant mieux, pour eux mais aussi pour nous, que l’on reconnaisse parfois le travail des obscurs, de ceux que l’on moque, qui nous coûteraient un pognon de dingue, mais sans lesquels nombre de petites mesures ne seraient portées que par des Administration sans élan.

Car les Secrétaires d’État, c’est ça : le sillonnage des arrières cours de la grande politique apanage de leurs ministres de tutelle. Au ministre les ors, aux Secrétaires d’État les ombres. Ceux qui vendent des Gouvernements resserrés comme l’alpha et l’oméga de la modernité et de l’efficacité politique fantasment la machine et parlent de ce qu’ils ne connaissent pas. Lisez les anciens ministres, présidents… Lisez la difficulté d’agir. Vous y verrez le besoin d’équipes politiques qui s’imposent. C’est ici, à ce poste, que l’on apprend le mieux le métier. Jacques Chirac a débuté Secrétaire d’État, il a fini plus haut que bien d’autres ministres aussi éphémères que transparents. Mais c’était un temps où l’on considérait que pour gouverner il vaut mieux être professionnel de la politique. Connaitre les rouages. Le secrétaire d’État est Old school. Il colle mal à l’esprit start-up, vite créée et bien souvent vite disparue.

Alors, cette réinvention ? Me direz-vous. Elle était promise. Et bien on la cherche dans l’architecture générale du Gouvernement. Un accent n’est en effet ni un programme ni une pensée.

Où en est l’écologie, la grande œuvre du siècle. Ce matin justement il y a un conseil de défense écologique. Le défi qui nous attend tous et qui a vu des combats municipaux épiques autour des transports en commun, de la place de la voiture en ville… !!! Elle n’est pas dans la nomination d’une Secrétaire d’État à la biodiversité. Nous avions, dans un rôle assez similaire, Brune Poirson, qui a su mener sa barque. Parfois irritante, parfois malhabile comme lorsqu’elle participa à une manifestation de jeunes qui dénonçaient l’inaction des Gouvernements dont celui auquel elle appartenait. Mais même avec cette candeur que l’on veut croire sincère, elle peut s’enorgueillir d’un bilan, d’une loi sur l’économie circulaire qui mérite que l’on s’y attarde. Elle a été remerciée. On ne sait pourquoi. Nous verrons comment Madame Bérangère Abba prendra sa place dans le concert gouvernemental bien plus souvent dissonant que juste en matière d’environnement. Hulot a depuis longtemps dit ce qu’il fallait en penser.

La réinvention n’est pas non plus dans la nomination de ce vieux routier du parlement qu’est Joël Giraud. Obscur parmi les obscurs, mais élu et réélu sans cesse dans un territoire qu’il tient mieux que quiconque, il a montré en étant Rapporteur général du budget qu’on ne la lui faisait pas trop. Il est connu pour sa connaissance et son attachement aux politiques rurales. Mais ne fera-t-il pas double emploi avec le Premier ministre qui nous joue la fibre terroir jusque dans une tribune sur l’écologie parue ce week-end dont on se demande s’il n’aurait pas dû un peu travailler le sujet tant la copie semble indigente sur le fond. Il ne faudrait ne pas confondre la nécessaire humilité du gouvernant avec l’exposé d’une pensée creuse. Joël Giraud a du travail. Il le fera bien, s’il a la main et donc les moyens. Quel sera l’articulation de son action avec l’Environnement et l’Agriculture ? Avec l’industrie ? On ne le sait pas. Mais gageons qu’il saura parler aux présidents des départements. C’est suffisamment stratégique pour essayer de renouer les fils rompus pour qu’on lui donne l’autonomie suffisante.

Nous aurons aussi une secrétaire d’État à l’économie solidaire. Après la redécouverte des emplois jeunes pour lesquels le Président et sa majorité n’avaient pas de mots assez durs justifiant qu’on les supprime il y a trois ans, la start-up nation est redevenue un peu Hollande-nation. À l’heure du social washing, défaire et refaire, c’est toujours faire, doit on se dire au sommet. Au moins cela donne le sentiment du mouvement. En Marche c’est le mouvement incarné. Interdiction de rester statique. Il faut bouger dans les avalanches, pour tenter de se créer une poche d’air où l’on pourra respirer, essayer de s’en sortir. Peut-être Olivia Grégoire sera-t-elle un jour candidate à la présidence de la République. On lui souhaite meilleure fortune que son illustre prédécesseur au poste de ministre délégué à l’économie sociale et solidaire en 2012. À l’époque, un certain Emmanuel Macron était secrétaire général réal adjoint de l’Élysée de François Hollande, grand faiseur en matière économique.

Au fond, nous l’aurons compris, le temps passé pour nommer les nouveaux Secrétaires d’État le montre assez. À un an de l’entrée réelle en campagne électorale pour la présidentielle, il s’agissait de remercier quelques grognards. de donner des signaux du « en même temps » en mimant le virage que l’on ne fera pas. La politique, c’est cela aussi. Faire croire à défaut de faire tout court. Sur le fond, en revanche, l’on reste sur sa faim, comme si, déjà, l’édredon était tiré sur une France que le pouvoir cherche désormais coûte que coûte à apaiser mais ne parvient plus à guider.

Si l’on a bien compris, François Bayrou devrait être nommé au Haut commissaire au Plan. Ça, c’est une excellente nouvelle. Que l’on repense la fonction est déjà quelque chose. C’est une forme de mea culpa à l’égard de l’indigence de vision politique qu’il faut savoir repérer. Et le choix de François Bayrou pourrait se révéler judicieux comme le fit celui de Jacques Toubon ailleurs.

Car enfin, il est temps de revenir à la raison. Se faire réélire est en effet devenu un sport de combat. Il occupe la plus grande place dans le jeu politique d’une République déséquilibrée qui ne donne plus satisfaction et qu’il est temps de changer si nous ne voulons pas que les Français toujours plus mécontents et éloignés des urnes se tournent vers les populistes pour la prendre en main.

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