Discours d'Emmanuel Macron à Paris, Porte de Versailles, le 10 décembre 2016, capture vidéo Nos Lendemains.

Quand Emmanuel Macron accède au pouvoir en 2017, une bonne partie de la gauche pousse un ouf de soulagement. Elle a esquivé le pire, la purge austéritaire avec François Fillon, et l’ambition discriminatoire avec Marine Le Pen. Bien sûr, cet électorat ne s’attendait pas à des lendemains qui chantent, mais au moins on éviterait la vague réactionnaire ambiante. Quasi comme un seul homme, l’électorat progressiste allait voter, et des deux mains… Finalement pour le président des riches ! La composition du gouvernement sonnait comme un premier avertissement d’une bascule, si ce n’est droitière, au moins clairement libérale. A la carte ministérielle du restaurant Macron, des mets LR de choix : Edouard Philippe, Jean Castex, Bruno Le Maire, Gérald Darmanin, le tout à Matignon, à Beauvau et à Bercy, soit le cœur nucléaire de la décision gouvernementale. Les premières lois votées confirment l’appréhension d’un électorat souvent venu du parti socialiste, créateur de l’impôt sur les grandes fortunes : Fin de l’ISF et Pall Tax plafonnés à 30% maximum. Parallèlement, dès 2017, le gouvernement décide d’une baisse générale des APL de 5 euros pour tous les allocataires. De là, le sobriquet de président des riches appliqué à Macron.

Moindre fiscalité et baisse des impôts sont, durant le quinquennat d’Emmanuel Macron, les deux valeurs cardinales de son projet de « libération des énergies », une espèce de ruissellement inversé de bas en haut. Ainsi, l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques) a calculé que la surpression de l’ISF a coûté au budget de l’État 3.5 milliards compensés, par un jeu de bonneteau, grâce à la baisse des APL qui rapportera 3.5 milliards d’euros aux finances publiques. Pour faire bonne mesure libérale, le gouvernement a également voulu favoriser « l’entreprise », et pas forcément les salariés, en ramenant l’impôt sur les sociétés de 33% à 25 %… Autant de moins pour le budget de l’État. Une dynamique de l’offre cassée en plein vol par l’arrivée impromptue des gilets jaunes enragés par la hausse des carburants, au nom de la transition écologique, en vérité pour renflouer des caisses de l’État vidé, au nom de la politique de l’offre. Préoccupé par cette colère montante et soutenue, le gouvernement cherche sa martingale pour augmenter les salaires. Au menu : des primes d’activités non financées, des cotisations sociales transférées vers l’impôt, des heures supplémentaires non socialisées… Le tout financé budgétisé par le ruissellement mais par la dette de l’État.

De la start-up nation à l’Uber nation

Pourtant, comment désormais, après l’épisode des gilets jaunes et celui de la pandémie, articuler la nouvelle politique de la demande du gouvernement, par le quoi qu’il en coûte ? A bourse déliée, le gouvernement Macron y parvient, via une glissade idéologique bien menée par le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, mué en grand dépensier de l’État. Et de façon indiscriminée, tout le monde en prend de bonne grâce. Dans son article, Christian Chavagneux, éditorialiste au mensuel Alternatives Économiques résume le plan gouvernemental : « baisse de l’imposition des plus riches et de la taxe d’habitation, défiscalisation des heures supplémentaires, baisse des impôts de production et du taux de l’impôt sur les sociétés, etc. Les hausses de la CSG et des taxes sur le tabac et sur l’énergie du début de mandat sont bien loin et portent majoritairement sur les plus démunis ». Les plus démunis qui, faute de vrais emplois, optent pour des activités précaires comme la livraison à domicile qui a représenté, en 2020, les 2/3 des créations d’entreprises… Loin très loin de la start-up nation rêvée d’Emmanuel Macron. Une Uber nation. Quant aux chanceux salariés, le gouvernement leur a concocté dès 2017 des conditions de travail dégradées, au nom de l’impérieuse productivité : restrictions des critères de pénibilité, des droits aux barèmes des prud’hommes, référendum en entreprises, souplesse du travail de nuit et du travail le dimanche.

Désormais candidat à un second mandat, Emmanuel Macron s’est fendu d’une lettre aux Français, à la Mitterrand 1988. Fier de son bilan de 2017 à 2022, le Président se présente sûr de lui et dominateur. En libéral empêtré, il tient à sa revanche, en faisant miroiter aux électeurs un projet digne du début de son premier mandat, finalement empêché : « Il nous faudra travailler plus et poursuivre la baisse des impôts pesant sur le travail et la production ». Et investir « dans notre innovation et notre recherche afin de placer la France en têtes de plusieurs secteurs ». Toujours dans « la reconquête productive par le travail ».

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