Dans le film « Alice et le maire » dont parlaient – c’était sur France Inter, le 28 septembre 2019son réalisateur Nicolas Pariser et Najat Vallaud-Belkacem, une question a été posée sans qu’il y soit vraiment répondu (ce n’était pas l’objet de l’émission mais c’est l’un des prétextes au film) : 

« Qu’est-ce qu’une idée?« 

Question que je me suis à mon tour posé en la complétant : 

« Que devrait être une idée politique à partir de maintenant en vue de 2022 et de l’échéance présidentielle ?« 

L’Histoire de la Ve République – pour ne pas remonter à Platon – regorge, fourmille et déborde d’idées de toutes sortes. Elles sont, à quelques exceptions près, inscrites dans le sacro-saint « pragmatisme ». Ce « pragmatisme politique » qui n’a eu pour effets que freiner les enthousiasmes, les envies et annihiler les rêves.

Depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée, ces idées « pragmatiques » naissent d’un discours très souvent incompréhensible à une immense majorité de Français. En 2016/2017, durant la campagne, le candidat « En Marche » et ses soutiens ont ajouté au « pragmatisme » le « flou conceptuel ». Jamais aucun observateur ne pouvait – et ne peut toujours  aujourd’hui – exactement traduire les propos tenus par le candidat. En même temps – formule macronienne brevetée – chacun pouvait y trouver son « bonheur » tant ce flou faisait office de projet. J’engage chacun à lire un ou les discours du candidat comme du Président Macron. Tous sans exception sont construits, non pas sur des idées, sinon quelques citations dont l’interprétation laisse à désirer, mais sur un triptyque « Flou/Projet/Feuilleton »: 

flou: pour ne jamais trop en dire et interdire aux commentateurs de se saisir d’éléments précis pour pouvoir les contredire en argumentant;

projet: pour en permanence emmener les commentateurs et les Français vers des lendemains hypothétiques. A ce point hypothétiques que souvent l’idée de projet se perd, s’oublie, avant très vite de passer à une autre, puis une autre, puis une autre. L’horizon d’attente permanent;

feuilleton: le « projet », ou la gestion d’une crise ou tout autre « moment », sont découpés en épisodes successifs terminés par la formule « A suivre ». La nation est embarquée dans des étapes « hyper commentées » par des chroniqueurs et experts nourrissant l’histoire et en écrivant une partie au grand plaisir du pouvoir qui n’en demande pas tant.

2022, je l’espère verra la fin de cette construction qui fait du peuple un ensemble de spectateurs/auditeurs passifs, soumis aux lois des sondages, courbes et pourcentages, par l’Audimat et les enquêtes bâclées où le micro-trottoir fait office de représentation de l’opinion générale. 

Vivement le retour triomphal des idées!

Une idée politique se devra d’être évidemment compréhensible sans être simpliste. Oui, il faut cesser de croire que la complexité d’un propos serait gage de « génie ». Les « synergies », c’est joli sur un plateau. Cela « fait » expert. Mais le citoyen veut entendre des humains comme lui, des gens qui doutent parfois, des candidats qui n’apportent pas la certitude de succès annoncés, jamais aboutis. D’où les déceptions récurrentes. Savoir qu’on ne sait pas, c’est le début de la sagesse et la naissance de la philosophie.

Elle devra être galvanisante. L’utopie ne doit pas être excessive – un équilibre à trouver – mais elle doit faire son retour. Si la jeunesse du monde suit Greta Thunberg, ce n’est pas parce qu’elle est une experte « sachante » – ce qu’elle n’a jamais prétendu être – mais parce qu’elle porte des utopies, des rêves de monde meilleur, plus juste, plus « propre ». Un monde où tous les possibles seraient à nouveau présents, et pour toutes et tous. Pas seulement pour quelques-uns, toujours les mêmes.

Elle devra se rapprocher des préoccupations locales. Difficile certes car il existe un nombre incalculable de « lieux ». Néanmoins, tous ces « lieux » sont traversés, reliés par des constantes permanentes. En s’adressant à cet urbain aisé, à ce banlieusard fatigué, à ce rural lointain, à ce Français expatrié, en s’adressant aux femmes, à la jeunesse quelle qu’elle soit, aux populations des cités dites « difficiles » regorgeant d’énergie et de trésors, aux étrangers vivant sur notre sol, bref à toi et à moi, alors cette idée politique viendra sonner aux oreilles et permettra à chacune et chacun de s’approprier l’espoir qu’elle porte, contrairement aux propos actuels du Président de la République, se perdant dans un vocabulaire managérial – « Nation apprenante » et plus récemment « Vacances apprenantes » – qui ne s’adresse qu’à une partie de la population, celle qui dirige, oubliant celle qui est priée de bien vouloir obéir. 

Enfin – mais il y aurait tant à dire et je laisse le soin à toutes et tous d’écrire et de dire la suite – l’idée politique d’après devra respecter les Français. Les respecter en reflétant TOUJOURS, d’une manière ou d’une autre, la réalité des inégalités sociales par une « sociologie de l’idée ». Ces inégalités qu’Emmanuel Macron méprise, pensant du haut de sa suffisance qu’il suffit de « traverser la rue pour trouver un emploi« .  Inégalités sociales que l’extrême droite utilise – Eric Zemmour s’emparant de Jaurès et Blum – pour mentir au peuple, prendre le pouvoir et trahir ce même peuple si par malheur un jour elle parvient à l’Elysée.

Les années à venir doivent nourrir les Français – et les Français nourrir ces années – d’idées non seulement différentes de celles qui triomphent en « Macronie »,  mais différentes aussi et surtout par le renouvellement qu’elles provoqueront dans les esprits anesthésiés d’un peuple qui ne demande qu’à agir pour mieux vivre ensemble.

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