Pillage, incendies et chaos dans les grandes villes américaines après la mort de George Floyd

Cette nuit, les États-Unis ont continué de sombrer inéluctablement dans le chaos. La révolte et la rage se sont propagées encore plus vite que le coronavirus, qui a déjà tué plus de 105.000 Américains. Les manifestations, partout à travers le pays, ont dégénéré. L’Amérique s’est  endormie défigurée.

À l’origine, la raison de la colère, c’est la mort, le 25 mai, à Minneapolis (Minnesota), de George Floyd, un Afro-Américain de 46 ans, tué pendant son interpellation par quatre policiers. L’un d’entre eux, Derek Chauvin, a déjà été impliqué dans trois arrestations mortelles en 2006, 2008 et 2011. Il a fait l’objet de dix-sept plaintes en dix-neuf ans de carrière. Une seule a abouti. C’est lui qui a longuement maintenu son genou derrière le cou de la victime qui était en train de s’éteindre. Il a été inculpé pour… homicide involontaire. L’agonie de Floyd a duré huit minutes et a été filmée en live. Des images qui ont bouleversé le monde entier et fait éclore des cortèges furieux au quatre coins des États-Unis.

L’appel au calme de Joe Biden 

La colère ne s’est pas calmée depuis, au contraire, malgré les nombreux appels au calme, notamment celui de Joe Biden, cette nuit : « Ces derniers jours ont mis à nu que nous sommes une nation furieuse contre l’injustice. Chaque personne de conscience peut comprendre la brutalité des traumatismes vécus par les personnes de couleur dans ce pays, depuis les indignités quotidiennes jusqu’à l’extrême violence, comme le meurtre horrible de George Floyd ». 
Le candidat démocrate à la  présidentielle US a précisé que protester contre une telle brutalité était « juste et nécessaire ». Mais pas la violence, pas brûler et détruire. « L’acte de manifester ne devrait pas éloigner les gens de la juste cause que la manifestation est censée faire avancer ».

« Rentrez chez vous ! », avait ordonné, quelques heures plus tôt, Keisha Lance Bottoms, maire démocrate d’Atlanta. « Si vous voulez un changement en Amérique, allez vous inscrire dans un bureau de vote, montrez-vous au scrutin du 9 juin, faites-le en novembre. C’est le changement dont nous avons besoin dans notre pays, vous déshonorez cette ville, vous déshonorez la vie de George Floyd, et de chaque personne qui a été tuée dans ce pays ».

Couvre-feu et garde nationale en renfort

Cinq jours après le drame, le couvre-feu a été imposé dans vingt-cinq villes face aux émeutes qui gagnaient du terrain et devenaient incontrôlables. La garde nationale a été appelée en renfort dans une douzaine d’États dont le Minnesota, la Georgie, le Tennessee, l’Ohio, le Colorado, le Wisconsin, le Kentucky, le Texas, l’Utah, et le District de Columbia. Le gouverneur de Californie a déclaré l’état d’urgence dans le comté de Los Angeles tard dans la nuit. Plusieurs fusillades ont éclaté à Indianapolis, un manifestant a été tué et deux autres touchés selon AP. La police locale a précisé via Twitter qu’elle n’était pas impliquée. À Jacksonville (Floride) un policier a été poignardé, blessé au cou hospitalisé, selon le shérif.

À New York, une enquête a été ouverte après la diffusion d’une vidéo montrant un camion de la police foncer dans une barricade et renverser des manifestants après avoir été ciblé par des objets lancés par la foule. À Ferguson (Missouri), théâtre d’émeutes en 2014 après la mort par balle de Michael Brown, un adolescent noir de 18 ans, lors d’une confrontation avec un policier blanc, le bâtiment de la police a été attaqué et évacué. Depuis jeudi, 1.400 personnes ont été arrêtées dans dix-sept villes.

« Black lives matter » scandé sous ses fenêtres de Trump

Ce matin, à 7 heures en France, c’était la nuit aux States : 22 heures à Los Angeles, minuit à Chicago,1 heures du mat’ à New York. CNN enchaînait les images du désastre dans une cinquantaine de villes qui pansent leurs plaies, on passait de l’une à l’autre.

Partout le même mauvais film : des cortèges qui hurlent de rage, des face-à-face terribles entre manifestants et forces de l’ordre. Les affrontements ont parfois viré au corps à corps. Ils ont fait rage à Washington, aux portes de la Maison Blanche, où la foule a scandé sans relâche le nom de George Floyd. Des manifestants ont même convergé vers la résidence de Trump, pour crier « Black Lives Matter » [La vie des Noirs compte] sous ses fenêtres.

Au milieu du flot de vidéos diffusées cette nuit sur les réseaux sociaux a émergé une scène troublante : un policier en tenue, casqué, portant un masque, planté mains dans les poches face aux manifestants. Ils lui demandent de mettre un genou à terre pour rendre hommage à Floyd. L’homme est figé, droit comme un « i », il baisse les yeux, le regard embué. « Il pleure ! ». Il est vite évacué et remplacé par un collègue. Genre motivé, avec matraque. Pas la même limonade. Fin de de l’espoir furtif.

En ce dimanche matin ensoleillé en France, où un ciel bleu vif, sans nuage, enveloppait déjà le soleil naissant, on regardait la télé américaine un peu estomaqué. Eux non plus n’en revenaient pas : « Unbelievable », commentaient les journalistes, de service jusqu’au bout de la nuit. Ils ont invité régulièrement leurs confrères sur le terrain à faire attention à leur peau. À Minneapolis, en proie à une véritable guérilla urbaine, l’un d’entre eux a été la cible d’un projectile en plein direct, au milieu de la confusion.

Batîments incendiés, magasins pillés

New York, Los Angeles, Miami, Atlanta, Chicago, Philadelphia, Minneapolis, Fernando, Louisville, San Francisco, pour ne citer qu’elles, ont été sinistrées par une déferlante indomptable et portent les stigmates de la violence qui s’est déchaînée. Un Starbucks encore en flammes. Des dizaines de bâtiments et édifices dévastés par les incendies. Des véhicules de police calcinés. Des magasins pillés par des hordes qui opèrent méthodiquement, sans se cacher, et sans être stoppées, à L.A en particulier.

Trump a déjà désigné les responsables. Lui, bien sûr, n’y est pour rien. Il fricote depuis le début de son mandat avec les porteurs de haine de tous poils qui constituent une partie de son électorat. Il chouchoute ses copains arriérés qui regrettent le temps béni de l’esclavage, armés jusqu’aux dents, comme la loi le permet toujours, blancs comme neige et ouvertement, impunément, racistes.

Les attentats venus de l’extrême droite se sont multipliés, on ne compte plus les fusillades mortelles fomentées par des illuminés qui veulent nettoyer le pays, mais Donald continue à croire et faire croire que sa connivence assumée avec ces gens-là n’a rien à voir avec tout ça.

Trump désigne « l’extrême gauche radicale »

Le président des États-Unis a désigné les coupables : « l’extrême gauche radicale » et notamment « antifa ». « Nous ne devons pas laisser un petit groupe de criminels et de vandales détruire nos villes ». D’où l’injonction tout en finesse du shériff du comté de Los Angeles, elle a fait le tour du Web cette nuit : « Anarchists go home ». Ils n’y sont sûrement pas pour rien et en profitent sans doute. De là à leur mettre toute cette folie réactionnelle sur le dos… il n’y a qu’un pas, franchi allègrement par tout ceux que ça arrange bien.

Les inégalités accrues et mises au jour par la crise sanitaire, la misère sociale, le nombre de chômeurs qui a explosé pendant le confinement pour atteindre 25 millions d’indemnisés, alors que les milliardaires s’engraissaient de 434 milliards de dollars en trois mois, les bavures policières qui frappent la communauté noire tous les deux matins, allongeant la liste déjà trop longue des victimes, parfois très jeunes : ces raisons-là finiront bien par faire leur chemin. Dans la douleur.

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Cet article a 1 commentaire

  1. TAUPIAC

    Votre avis est ce qu’il est : respectable ,même si on ne le partage pas tout à fait .Je remarque ,juste en passant , qu’en France ,pas un média ,vous comprise , n’a fait état du pedigree de cette malheureuse victime . Sorti de 5 années de prison , comptant 9 condamnations au compteur ,aurait travaillé comme vigile privé avec son meurtrier ….
    A défaut de  » plus informé » , les tenants et aboutissants de ce drame sont peut-être plus complexes que l’accusation simpliste de racisme .Souscrire à cette option (et même en ajouter) est  » partisan « ….ce qui nous éloigne du « journalisme »…..

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