Photo Jussi Ollila - Creative Commons.

Nous l’écrivions ici au lendemain d’un second tour des municipales marqué par de nombreuses victoires de la gauche – plus nombreuses, en tout cas, que ce que la plupart des experts attendaient il y a encore 3 mois : en 2022, la gauche n’est pas condamnée à perdre.

Les électeurs de gauche, confinés dans leur désespoir électoral depuis 2017, regardant jour après jour avec horreur le macronisme basculer toujours plus à droite, pourraient ne pas être obligés de voter « contre » au second tour de la Présidentielle.

Car c’est un fait : une gauche unie, bien qu’elle ne triomphe pas, bien qu’elle ne domine pas le champ politique, peut néanmoins espérer sinon gagner, du moins sauver l’honneur. Peser à nouveau.
Sitôt la fenêtre de l’espoir entrouverte, les espoirs ont été sévèrement douchés.

Quoi ? me direz-vous, sont-ils en désaccord profond sur la taxe carbone ? Sur la manière de gérer la sécurité dans les villes ? Se déchirent-ils au sujet des violences policières, ou des questions fiscales ?
Hélas non. Si la gauche en était à discuter de ce qui la rassemble et la divise sur le fond, au moins serait-ce le signe qu’elle partage tout entière la volonté de parvenir à l’union…

Non, ce qui divise, c’est la stratégie. C’est l’union même, dans ce qu’elle induit de partage de la petite parcelle de pouvoir, rabougrie, qui reste à chacun, qui divise.

Ici, on a entendu des grognards du Parti socialiste reprocher à Olivier Faure de « sacrifier » son parti en suggérant qu’il saurait s’effacer derrière le meilleur candidat de gauche. Des élus qui préfèrent faire 3% derrière un candidat PS plutôt que 20 ou 25 derrière un candidat venu d’ailleurs mais portant les mêmes valeurs. Ceux-là, on les aurait bien laissés dans l’ancien monde.

Là, on a vu les chevilles des Verts, dont les quelques victoires sont montées à la tête, enfler démesurément. Si bien que la course à la candidature présidentielle est lancée – Jadot est déjà en campagne, Piolle, le maire de Grenoble, avance ses pions… -.
Si nous ne traversions pas une crise économique sans précédent.
Si les files d’attente ne s’allongeaient pas à l’infini devant les banques alimentaires.
Si des centaines de milliers de Français ne voyaient pas leur emploi menacé…
On pourrait s’en amuser. Se gausser de cette gauche pavlovienne, de cette gauche nombriliste, qui s’est donné pour mission de protéger la dignité humaine et ne sait même plus se comporter de manière digne.
Hélas, face à ce spectacle, l’électeur de gauche n’a nulle envie de rire. Les querelles de chapelle ont déjà fait tant de mal. Le bal des égos a déjà dégouté tant de citoyens. De plus en plus se découragent, tournent le dos à ces partis qui, décidément, ne savent pas se montrer à la hauteur de l’histoire.

Au contraire. Il ne faut pas renoncer, se replier sur son petit jardin. Rien ne serait pire que de laisser quelques apparatchiks dicter une fois de plus, une fois de trop, le destin de la gauche. À Marseille, c’est en grande partie contre les partis – à l’exception du patron du Parti Socialiste, seul à soutenir l’union dès le départ, à bout de bras, alors que EELV est venu au secours de la victoire dans la dernière ligne droite – que l’union gagnante s’est construite. C’est le « bas », les citoyens, qui ont fait pression sur « le haut ». Même si la tâche, pour ceux qui s’y attèlent, sera ardue, Marseille dessine un chemin, un espoir.

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