Le président Charles De Gaulle lors de son allocution télévisée du 23 avril 1961.
Le président Charles De Gaulle lors de son allocution télévisée du 23 avril 1961.

9 novembre 1970. Un coup de sonnette à la porte de l’appartement. Comme presque tous les jours, ma gentille voisine vient me demander si j’ai besoin de courses. « Vous avez entendu … ? Le Général de Gaulle est mort ! ». Alors là, les courses, je m’en fous… Je suis sous le choc. Le chagrin et le remords m’habitent douloureusement. Une question m’obsède : comment avons-nous pu, nous, idiots de Français, le renvoyer en 1969, lui qui a tant fait pour nous ?

Je revois mon enfance. Mon père, Croix de guerre 1940, m’a appris à admirer le maréchal de Lattre et le général de Gaulle. Il a été militant de base au Rassemblement pour la France. Moi, j’ai toujours attendu. Le retour du « Général ».

Arrive enfin 1958. J’ai 22 ans. Je ramasse un tract dans la rue de la Sorbonne où je vais passer un certif de littérature anglaise. Les sujets ne me plaisent pas, alors  je décide d’aller voir ces jeunes qui appellent au soutien de l’action de de Gaulle. Moi, petite fille sage, je m’en vais au siège du mouvement… « rue de Provence » !!! C’est là que se trouve le Centre de coordination de la jeunesse gaulliste. Je tombe sur un militant qui me parle sans arrêt du secrétaire général, nommé Gérard B., et des actions à mener pour le retour de Charles de Gaulle au pouvoir. Rentrée chez moi, je reçois un appel de Gérard B. Très persuasif…

À partir de là et jusqu’à l’investiture du Général comme président de la République, je milite à fond, et avec ce secrétaire général, nous ne nous quittons plus. Pendant plusieurs mois, alors que France et Algérie se déchiraient, nous avons essayé, à notre modeste échelle, de montrer que Français arabes et métropolitains étaient frères. Visites dans les bidons-ville, sorties avec des jeunes des deux communautés, un camp franco-musulman subventionné par le ministère de la Jeunesse au printemps 1959 pour faire la preuve que l’intégration était possible. En fait, l’intégration a bien fonctionné… dans l’encadrement : en octobre 1959, j’ai épousé Gérard B. Un an plus tôt, j’avais certes engagée bien ma vie au service de la France… mais cette initiative allait aussi façonner mon propre destin et celui de ma famille. En 1962, avant les accords d’Évian, naissait une adorable petite fille tout naturellement baptisée France, aînée d’une fratrie de trois. 

Sept ans plus tard, en 1969, le référendum signait le départ définitif du Général. Lui qu’on disait être un despote est resté digne devant l’ingratitude du peuple francais et a respecté son choix. C’est aussi ça, le service d’une grande Nation : accepter de partir.

Cinquante ans après la mort du Général, je confirme : tout me plaît chez lui. Il était chrétien, honnête, social, féministe avant l’heure, courageux, simple et fidèle. Une seule chose me gêne : l’assassinat de Bastien Thiry. C’était peut-être nécessaire mais je ne reconnais à personne le droit de vie ou de mort sur ses semblables. Une conviction fondamentale et toujours vivante en moi.

Nicole Bédos

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