À quinze jours du retour éventuel des salariés dans les entreprises, la menace de transmission du coronavirus par aérosol s'invite dans le débat sur les mesures de sécurité sanitaires - Photo Jean-Etienne Minh-Duy Poirrier - Creative Commons
À quinze jours du retour éventuel des salariés dans les entreprises, la menace de transmission du coronavirus par aérosol s'invite dans le débat sur les mesures de sécurité sanitaires - Photo Jean-Etienne Minh-Duy Poirrier - Creative Commons

Rien n’est ressorti clairement de l’intervention de Jean Castex en début de semaine. Interminable, mal lue, trop fort (bis), sans la moindre distance par rapport au texte. On en a surtout retenu que le coronavirus galopait dans le pays, réalité confirmée jeudi par les chiffres hebdomadaires, avant le tour de vis sur Marseille et Paris, classés zones de circulation active, désormais sous pression et exposés à des mesures sévères. Selon l’adjointe à la santé, les bars et restaurants de la capitale ne risquent cependant pas de fermeture « à terme ». Anne Souyris a aussi indiqué samedi matin que les cyclistes peuvent ne pas porter de masque « tant qu’ils sont sur leur vélo et qu’ils roulent ».

On a tout de même nettement perçu mardi que le Premier ministre était tenté de réprimander les citoyens et de les rendre responsables du retour en force du virus, retour confirmé plus gentiment vendredi par Jérôme Salomon qui ne pense plus du tout que le masque est inutile ni dangereux et a invité les symptomatiques et leurs contacts à aller se faire tester.
En réalité les Français tentent juste de s’y retrouver au pays des injonctions contradictoires, des approximations, des dérogations préfectorales ouvrant la voie aux petits arrangements entre amis. Ce n’est pas si simple.

Demandez aux Gaulois otages de la réciprocité annoncée, peut-être de façon hasardeuse, par Jean-Baptiste Djebbari, en réaction à la quarantaine imposée par Londres aux voyageurs venant de France. France Bleu rappelle que les mises en quatorzaine des personnes entrant sur le territoire national sans intervention du juge judiciaire sont jugées privatives de liberté par le Conseil constitutionnel qui les a censurées en mai. So… ?

Dans cet océan d’incohérences et de flou, de nombreux médecins s’égosillent pour essayer de faire entendre et comprendre que le virus peut se transmettre par aérosol et qu’il faut vite intégrer cette donnée. Il est à leurs yeux urgent de rendre le port du masque et l’aération obligatoires en milieu clos, en particulier dans les entreprises, où une protection n’est actuellement exigée que lorsque la distance d’un mètre entre deux salariés est impossible.

Le Haut conseil français de la santé publique (HCSP) a publié vendredi une « actualisation des connaissances sur la transmission du virus par aérosols », curieusement datée du 23 juillet (on a failli attendre) et qui conforte la position de tous ces scientifiques. L’instance « recommande le port systématique par la population générale d’un masque grand public de préférence en tissu réutilisable dans tous les lieux clos publics et privés collectifs ainsi qu’en cas de rassemblement avec une forte densité de personnes en extérieur afin de limiter l’émission de particules respiratoires ».

« Il est urgent de rendre obligatoire le port du masque dans tous les espaces clos »

Parallèlement à cette communication du HCSP, une vingtaine de professeurs et docteurs en médecine, parmi lesquels Karine Lacombe, cheffe du service maladies infectieuses à l’hôpital Saint-Antoine à Paris, ou le généraliste Jérôme Marty, président de l’UFMLS (union française pour une médecine libre), ont lancé vendredi un appel via le journal Libération, sous la forme d’un avertissement clairement posé : « Le risque existe dans tous les lieux clos, dans les classes comme dans les bureaux ».
Les signataires alertent eux aussi sur la dangerosité des nuages viraux : « Les malades produisent un aérosol de virus viables contagieux. Nous savons donc aujourd’hui que la voie aérienne est l’une des voies principales de propagation du Covid-19 et que les gestes barrières, bien que toujours indispensables, sont insuffisants pour s’en prémunir dans les espaces clos ». Conclusion concrète : « Il est urgent de rendre obligatoire le port du masque dans tous les espaces clos, dans tous les bureaux, dans toutes les salles de classe et amphithéâtres, et aussi d’encourager sans ambiguïté le télétravail, les cours à distance et la réorganisation de classes avec des effectifs moins nombreux ». Les auteurs de la tribune font par ailleurs allusion aux travaux et études du virologue allemand Christian Drosten, qui préconise notamment le port du masque dans les classes et pendant les cours pour tous les niveaux scolaires. C’est-à-dire avant 11 ans. Poke Jean-Michel Blanquer.

Autre farouche défenseur, depuis des mois, du port du masque en milieu clos, Éric Caumes, qui l’a redit au micro de France Info, chiffres à l’appui : « On sait très bien où sont les clusters. 50 % des clusters sont dans les entreprises, médicales ou non médicales : les hôpitaux 10 %, les établissements médicaux sociaux et Ehpad 10 %, et les entreprises privées 20 %. Rendons les masques obligatoires dans les tous lieux clos dont les entreprises privées ».

Les DRH demandent des décisions rapides et des « règles claires »

Le gouvernement se trouve face à un casse-tête géant entre sécurité sanitaire, conditions de travail des salariés et impératifs de production. On espère que les autorités ne choisiront pas le chemin le plus alambiqué pour mettre en œuvre des mesures qui répondraient aux inquiétudes des médecins… et à l’impatience des Directeurs des Ressources Humaines. Eux se demandent à quelle sauce ils vont être mangés et aimeraient bien que le brouillard se lève, comme l’a confié le vice-président de leur association nationale au micro de LCI cette semaine : « On a besoin de décisions, on a besoin de sortir rapidement de ce flou, on a besoin de règles claires (masque ou pas masque, distance ou pas, protocole ou pas) et rapides. Nous, on a montré qu’on savait s’adapter dès lors qu’on nous fixait des règles claires. Cette espèce de bal où chacun donne son avis plus ou moins cohérent depuis huit jours, ça met les entreprises en difficulté et on n’a pas besoin de ça ».

Les DRH s’inquiètent. Il y a urgence, la rentrée se profile et le passé récent a prouvé que les décisions officielles mettaient souvent du temps à se transformer en décrets publiés au JO. Il faudra le temps de la mise en place de nouvelles règles éventuelles. L’automne, déjà a priori compliqué, risque de se transformer en cauchemar pour tous si le Premier ministre continue sur la voie de la communication à outrance au lieu de se concentrer en sourdine sur les meilleures parades possibles. C’est aujourd’hui ce qui est lui demandé : de la justesse et moins de bruit.

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Cet article a 1 commentaire

  1. dada

    Les parents, les professeurs s’inquiètent. Le dernier protocole sanitaire s’est réduit comme peau de chagrin. La seule préoccupation du gouvernement est de faire rentrer les enfants à l’école quelles que soient les conditions. Il n’y a aucun investissement pour des demis groupes, des recrutements de professeurs, des tables individuelles, des dotations de matériels informatiques… La politique de l’autruche… Cette rentrée est plus qu’inquiétante.

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