Premier conseil des ministres du gouvernement Borne, le 23 mai 2022. Pap Ndiaye, ministre de l’’Éducation nationale, entouré de Damien Abad, ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées, et Gerald Darmanin, ministre de l'intérieur (via Twitter extrait d’une photo signée Albert Facelly/Libération).

L’image de Pap Ndiaye coincé entre l’ultra-sarkozyste Gérald Darmanin et le transfuge LR Damien Abad donne une idée de l’ambiance au premier Conseil des ministres de l’ère Macron II. Qu’est-ce que cet historien et sociologue brillant, défenseur des minorités et du wokisme, qui dénonçait récemment les violences policières, est allé faire dans cette galère ?

Sa nomination a d’abord éclipsé toutes les autres. C’était le but de Macron. Le nouveau patron de Grenelle n’avait pas étrenné son costume de ministre de l’Éducation nationale qu’il s’attirait déjà les foudres de la droite extrême et de l’extrême droite soudain réveillées. Objectif présidentiel atteint. Le Franco-Sénagalais est peut-être déjà en train de se dire qu’il a eu tort de se laisser séduire.

Le Président a mis vingt-six jours à ajuster sa stratégie et à trouver les bons pions. Ce délai nous promettait un casting high level. Des talents et rien que des talents. C’est ce qu’Élisabeth Borne a affirmé, interrogée sur les raisons de la lenteur du chef de l’État. On aurait la crème de la crème, a répondu la ministre. Raté. Entrée en piste vendredi, à trois semaines seulement des élections, l’équipe de choc traîne déjà une méga casserole, sortie du placard par « Mediapart ». Comble de l’ironie, elle vient d’un transfuge LR hyper bankable, ex-chef du groupe à l’Assemblée nationale, débauché par Macron avec l’aide de Thierry Solère, l’architecte de la conquête électorale macroniste 2022. Le député des Hauts-de-Seine ne sera pas candidat puisqu’il est mis en examen pour treize chefs d’accusation, dont « fraude fiscale », « emploi fictif » et « financement illicite de dépenses électorales ». L’ex-LR filloniste devenu conseiller de Macron continuera « naturellement à accompagner » le président de la République « politiquement ». Ni vu ni connu j’t’embrouille.

La prise de guerre Abad était piégée sur un sujet hautement inflammable. On se demande comment Emmanuel Macron, qui a eu le temps de peaufiner, n’a pas vu venir le coup. Violeur ou accusé à tort, le nouveau ministre des Solidarités est désormais englué dans une affaire qui ébranle la Macronie entière. Des voix indignées s’élèvent pour demander sa démission. Lui s’accroche : un homme innocent ne démissionne pas, se défend-il. L’exécutif invoque le droit : « L’établissement de la vérité, c’est à la justice de le faire (…) Elle est la seule à pouvoir ou devoir trancher ». Dixit (sans rigoler) Olivia Grégoire, la nouvelle Attal, pour sa première sortie.

Ces propos seraient crédibles si le Président n’avait pas décidé « en même temps » et par ailleurs de faire un pied de nez géant aux magistrats en maintenant dans ses fonctions le ministre de la Justice malgré sa mise en examen pour prise illégale d’intérêt. Dupond-Moretti figure même désormais en quatrième position dans l’ordre protocolaire. Alors que le procureur général près la Cour de cassation a requis (le 10 mai) son procès devant la Cour de justice de la République. Le garde des Sceaux est soupçonné d’avoir profité de son poste pour régler des comptes avec des magistrats dans deux affaires liées à son passé d’avocat. François Molins estime qu’il existe des « charges suffisantes » à son encontre. Emmanuel Macron ne respecte les juges que quand ça l’arrange, c’est l’autre enseignement de l’affaire Abad. Lui paie son maroquin au prix fort. Il aura du mal à le conserver si l’indignation suscitée continue à faire boule de neige. Si le bénéfice/risque pour l’Élysée, entre le garder et l’éjecter, penche du côté out. Ainsi va l’exemplarité.

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Cet article a 1 commentaire

  1. Emma

    Pour Patrice Romedenne que le mot islamo gauchisme vienne de l’extrême droite qu’il défend ne lui pose aucun problème. On progresse sur le service public

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