Olivier Véran, ministre de la Santé présente son ABCD au 20h de France2 - Capture TV Nos Lendemains.
Olivier Véran, ministre de la Santé présente son ABCD au 20h de France2 - Capture TV Nos Lendemains.

Nous connaissions les voyelles sublimes d’Arthur Rimbaud : A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu …

Nous connaissions notre alphabet sur le bout de la règle, récité laborieusement quand nous étions enfants, sous l’œil sévère ou malicieux de notre instituteur à blouse grise (en tout cas pour ma génération), A B C D E F etc, etc.

Nous connaissons depuis hier l’abécédaire covid du bon docteur Véran : A, B, C, D … A pour à risques, B pour bondé, C pour clos, D pour distanciation sociale difficile.

Cette règle a été dévoilée hier soir, dans le 20h de France 2 par Olivier Véran lui-même, pour illustrer les décisions qui sont prises localement sur le port obligatoire du masque. Manière de rappeler qu’il n’y aura pas de consigne nationale sur la question et que tout est laissé à l’appréciation des élus locaux et des préfets.

Cette trouvaille de com vient compléter la règle des 3 M, déjà énoncée par la direction générale de la santé : Mètre, Mains, Masque.

Décidément, nous pourrions écrire des encyclopédies sur la passion des acronymes en France !

Si nous avions mauvais esprit, nous pourrions aussi nous étonner de cette manière de nous infantiliser, nous traiter avec des règles simplistes apprises aux enfants, la pensée complexe macronienne étant ainsi rendue plus accessible.

Plus sérieusement, est- ce bien raisonnable de communiquer sur des formules creuses, qui ne disent rien d’une décision politique sur l’objet de toutes nos discussions cet été : le masque.

En quoi cela nous concerne-t-il, cet ABCD ? Imagine-t-on des vacanciers passant d’une ville à l’autre en se demandant, à l’entrée de l’agglomération « dis, chérie, regarde donc un peu si nous sommes en A, B, C ou D ou rien ? »

En quoi nous éclaire-t-il sur la doctrine gouvernementale en matière de masques ?

Le ministre de la Santé est-il un homme politique ou le créatif d’une agence de pub chargé de trouver le truc, coco ! ?

À peine énoncé, qui a retenu la signification de cet abécédaire ?

On a bien compris la volonté de gagner du temps, de ne pas trancher sur une consigne nationale, la volonté de ne pas déplaire à ces Français qui aiment bien le Premier ministre et le ministre de la Santé qui ne voudraient pas trop froisser leur petit matelas de popularité.

Mais nous touchons là à l’absurdité et au manque de clarté des consignes politiques.

En tout cas, rien dans cet ABCD ne peut ramener la sérénité dans un débat public qui s’envenime entre les pros et les anti masques obligatoires. Entre ceux qui accusent le gouvernement de dramatiser et d’en faire trop et ceux qui l’accuse de ne pas anticiper suffisamment le tour de vis qui semble inévitable. Lorsque l’on regarde nos voisins, la doctrine est plus dure, plus large. Des villes entières affichent le port du masque obligatoire dans l’espace public, que ce soit Bruxelles, Anvers, Barcelone. En Italie, où les régions sont beaucoup plus autonomes, le tour de vis se fait au niveau du portefeuille : 1000 euros dans la région de Naples pour non port du masque. Ailleurs, dans le monde, avec quelques cas seulement, Auckland, la capitale de la Nouvelle Zélande a été reconfinée. En Nouvelle Ecosse, au Canada, le masque est obligatoire dans toute la province.

Péché d’orgueil bien français ? Volonté politique de ne pas gâcher les vacances ni freiner le semblant de reprise avec ce bout de tissus sur le nez ? Ce flou devient de plus en plus artistique. Et ça n’est pas un alphabet de maternelle qui a éclairé notre lanterne.

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