Déclaration d'Emmanuel Macron ce 21 juillet 2020 à l'issue du sommet européen - Capture vidéo Élysée / Nos Lendemains.
Déclaration d'Emmanuel Macron ce 21 juillet 2020 à l'issue du sommet européen - Capture vidéo Élysée / Nos Lendemains.

Jamais cette expression n’aura été aussi juste pour qualifier l’accord intervenu ce matin à l’aube entre les 27 pays européens.

Le verre à moitié plein, c’est bien sûr la première historique d’un emprunt commun de tous les européens, alors que, jusqu’à présent, ce sont les États qui empruntaient à titre personnel et remboursaient donc à titre personnel. Cette fois, c’est une caisse commune qui emprunte et rembourse ensemble. C’est donc, à ce titre, un tournant historique obtenu par la force de l’axe Macron / Merkel qui n’a pas vacillé et a entraîné la grande majorité des pays de l’Union.

Autre raison de se réjouir : les pays ne respectant pas l’état de droit auront plus de difficultés à accéder à ces subventions et ces prêts. Même si la clause est largement amendée, moins sévère que prévue, elle figure dans l’accord, ce qui semblait impossible, à l’entrée de cette négociation.

L’Europe, au prix de négociations tendues et interminables, a donc saisi ce moment historique. Et même si l’accouchement a été difficile, cet accord est là et bien là.

En revanche, il a un prix que nous pouvons trouver très élevé.

D’abord le plan de 750 milliards change de nature. À l’origine, il devait se composer de 500 milliards d’euros de subventions et de 250 milliards de prêts. A la sortir de ce sommet, les pays radins ont eu gain de cause. La part des subventions baisse largement et passe de 500 milliards à 390 milliards et celle des prêts augmente de 250 milliards à 360 milliards. Ainsi, l’Italie touchera plus de subventions mais verra sa part de prêt augmenter.

Autre concession aux pays pingres : le rabais accordés sur leur « cotisation » européenne. À l’origine, ces rabais avaient été imposés par le Royaume-Uni et devaient disparaître avec le Brexit. Ils sont maintenus et augmentent pour les Pays Bas, par exemple qui obtiennent une ristourne supplémentaire de 345 millions d’euros par an, soit au total un rabais 1,921 milliard. L’Allemagne, elle, conserve ses 3,67 milliards d’euro mais n’a pas demandé d’augmentation. Au total, près de 10 milliards d’euro s’évaporent de la caisse commune par an.

Dans ce grand marchandage, plusieurs budgets sont rabotés ou disparaissent purement et simplement : c’est le cas de l’Europe de la santé, qui était à l’origine doté de près de 9 milliards et dont la ligne disparaît.

Même mise au régime forcé pour la recherche, l’innovation et Erasmus.

Enfin, si Mark Rutte n’a pas obtenu de vote à l’unanimité pour contrôler la manière dont les subventions sont utilisées dans les pays, chaque état membre peut saisir le conseil s’il estime que l’argent ne va pas dans le sens des réformes communes souhaitées.

On échappe donc au spectre de l’affreuse troïka : FMI, Commission et BCE, qui avaient placé sous tutelle la Grèce en supervisant l’utilisation des fonds européen. Un attelage qui avait aggravé le désastre, avec des coupes budgétaires intolérables, pour la population, sans réels résultats sur l’économie. Adieu la troïka, mais l’idée même de contrôle est maintenue, cette idée nauséeuse qui implique, de facto, que certains états membres seraient plus vertueux que d’autres sur le plan de la gestion. On rappellera donc que si les Pays Bas affichent une dette publique raisonnable, l’endettement privé bat des records. Par ailleurs , un grand flou demeure sur la question des contreparties. Le versement des subventions sera t-il assujetti à des réformes structurelles ? Et si oui, lesquelles ? C’est peut être sur de point que l’accord payé au prix fort peut nous faire déchanter .

Aujourd’hui, la France peut souffler car elle obtient, comme l’Italie et l’Espagne, les milliards nécessaires à son plan de relance, 40 milliards en l’occurrence (sur 100 milliards), qu’elle n’aurait pas pu financer sans cet accord.

Désormais, le texte doit être approuvé ou rejeté par le parlement. Nombreux sont les euro députés qui ne se satisfont pas des coupes budgétaires, notamment dans le domaine de la recherche.

Mais, peuvent-ils prendre le risque de faire échouer ce plan ? Même les pays radins ne l’ont pas pris et n’ont pas obtenu finalement la victoire à la Pyrrhus qu’ils espéraient : baisses plus importantes des subventions et contrôle absolu de l’utilisation des fonds européens. Mais chacun peut rentrer chez lui et clamer sa victoire, ce que ne manqueront pas de faire Emmanuel Macron, Angela Merkel, Giuseppe Conte ou Mark Rutte. Ils auront raison et tort à la fois car, en réalité, on appelle cela un compromis. Et pour une fois, malgré les soubresauts et les longues heures de négociations, c’est peut-être l’Europe qui sort gagnante de ce conseil.

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Cet article a 2 commentaires

  1. Emma

    « C’est peut-être l’Europe qui sort gagnante » !!!! Cela ne veut rien dire…
    Si la contrepartie c’est plus de libéralisme.. ce sont les peuplés qui seront les grands perdants.

  2. Emma

    Quatremer et tout l’aréopage d’editocrates traitaient Mélenchon de germanophobe après son analyse sur l’Allemagne dans le hareng de Bismarck.
    Dans 28 minutes il reprend cette analyse sans que personne sur le plateau ne pipe mots !!!!!
    Par contre les journalistes demandent en choeur sur tous les plateaux à la FI « pourquoi n’êtes vous pas content des négociations, Podemos eux sont contents ».
    S’ils faisaient leur travail ils auraient la réponse .
    La France va recevoir 40 milliards et en rembourser 60.
    L’Espagne va en recevoir 77 et en rembourser 33….

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