Collage féministe à Paris - Photo ©️ Daniel Perron
Collage féministe à Paris - Photo ©️ Daniel Perron

L’émotion est forte, très forte. À la mesure de la force d’un amour que l’on peut éprouver à 17 ans. Cette émotion, c’est celle que toutes et tous, nous éprouvons face à l’horreur de la violence subie par une jeune adolescente bosniaque de 17 ans de la part de sa propre famille.

Amoureuse d’un jeune homme de 20 ans d’origine serbe, elle a été frappée par sa mère et tondue par son oncle paternel. Humiliée, violentée parce que musulmane, elle a annoncé à sa famille vouloir épouser son amour, un chrétien. « Ses parents lui ont dit : tu es musulmane, tu ne te marieras pas avec un chrétien », a ainsi raconté la vice-procureure de la République de Besançon, Margaret Parietti.

Cette émotion serre le cœur, noue le ventre et elle nous révolte. Cette émotion et cette révolte déchaîne bien sûr les passions sur les réseaux sociaux. Et parmi les premiers, le ministre de l’Intérieur qui écrit vendredi 21 août sur Twitter : « Tondue et frappée parce qu’elle « aimait un chrétien ». Profondément choqué par cet acte de torture sur cette jeune fille de 17 ans. Les quatre mis en cause ont été placés en garde à vue. Cette barbarie appelle les sanctions les plus sévères. ».

Et depuis l’annonce par le ministre, toujours sur Twitter, que les prévenus seraient expulsés à l’issue de l’issue de la procédure judiciaire, on assiste éberlué aux invectives entre la ministre Marlène Schiappa et le député ex-LREM Aurélien Taché. Ce dernier, auteur d’un tweet pour le moins maladroit et hors de propos sur une prétendue double peine qui serait réinstituée en expulsant cette famille bosniaque, se voit renvoyer à l’extrême-droite par Schiappa, appelé à être tondu par d’autres, traité de communautariste, de complice et j’en passe … la fachosphère n’étant jamais à court dès qu’il est question de « musulmans ».

On a cependant furieusement envie de renvoyer le gouvernement à ses responsabilités, en matière de lutte contre les violences et en particulier des violences faites aux femmes.

Et surtout, surtout, cette émotion, ce sentiment de révolte, ce déchainement sur les réseaux sociaux nous aimerions le voir se manifester avec la même force, tous les 2 jours, 146 fois par an, à chaque féminicide. Par exemple le 18 août dernier, lorsque l’on apprenait que Laure 52 ans, professeure et mère de famille, était assassinée, tuée de 2 coups de couteaux et jetée dans une bouche d’évacuation d’eau pluviale, dans la rue à 100m de leur résidence secondaire à Peyriac-sur-Mer !

Ce meurtre était-il moins « sauvage », moins « barbare » que l’acte de torture dénoncé par Gérald Darmanin ? Les mots utilisés par le ministre de l’Intérieur voudraient nous faire croire que cette violence contre les femmes nous est étrangère, qu’elle serait importée et le fait d’une religion, et une seule. Pourtant, comme le montrent les chiffres de la délégation aux victimes du Ministère de l’Intérieur ou encore l’enquête remarquable du journal Le Monde, les auteurs de féminicides appartiennent à toutes les classes sociales, toutes les tranches d’âge, toutes les origines et résident sur tout le territoire. Cette « masculinité toxique », c’est la nôtre, celles des nôtres.

Et on peut et on doit encore et toujours en rappeler les chiffres effarants. En 2019, le nombre de féminicides a augmenté de 21 % en France. 146 femmes ont été tuées par leur compagnon ou ex-conjoint en un an. Et chaque année, ce sont plus de 93 000 femmes subissent un viol ou une tentative de viol.

Mais lutter contre ces meurtres et ces violences, cela réclame plus qu’un tweet désignant un corps étranger et barbare. Cela nécessite une véritable politique publique dotée de moyens conséquents et suivie dans le temps. A l’instar de ce que les gouvernements ont mis en place contre le cancer ou la violence routière.  Cette politique publique existe déjà en Espagne et les associations féministes dont le collectif #NousToutes réclament depuis maintenant plusieurs années que le gouvernement d’Emmanuel Macron aille au-delà des mots et apporte l’impulsion politique et le financement nécessaire à hauteur d’un milliard d’euros. Sans succès.

En Espagne « quand une femme a été tuée dans telle ou telle localité, la municipalité décrète des journées de deuil, des manifestations devant la mairie… Ça prend une dimension sociale collective en vue de sensibiliser les gens. Il faut donner de l’écho aux violences faites aux femmes. On traite le sujet en montrant les conséquences devant les tribunaux et la société elle-même. On voit ces images relativement souvent », explique Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l’Iris et à la fondation Jean-Jaurès, spécialiste de l’Espagne, cité par le journal 20 Minutes.

Bref, l’émotion et la révolte devant ces crimes abjects, insoutenables ne sont pas réservées à des violences et des crimes qu’on juge facilement « barbares ». Une rhétorique et des mots comme « l’ensauvagement » qui empruntent à l’extrême-droite et voudrait désigner un responsable et un ennemi l’étranger.

Il serait plus que temps qu’en France, le gouvernement passe de la parole aux actes. Un vœu pieu si l’on considère le message envoyé par Emmanuel Macron avec le remaniement de cet été.
À droite toute.

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