Emmanuel Macron - Émission Où va la France sur TF1 le 15 décembre 2021 - Capture d'écran Nos Lendemains.

Mercredi soir, sur TF1/LCI, le sûrement futur candidat Macron, plutôt indulgent avec le bilan du Président, a aussi un peu oublié de faire amende honorable pour avoir été peu regardant avec la sûreté de l’État. L’affaire Benalla ? « Une affaire d’été » davantage qu’une « affaire d’État », a-t-il balayé d’un revers de mots. Culotté. En début de mandat, le président de la République a imprudemment confié les clés du Palais à son conseiller à la sécurité et garde du corps (congédié en 2012 par Montebourg, dont il avait brièvement été le chauffeur). Jusqu’à ce qu’un excès de zèle repéré par le journal « Le Monde » ne fasse trébucher le factotum de Macron (et de Madame), il imposait sa loi à l’Élysée, fort de son lien privilégié avec le patron. Tout le monde filait droit avec le bodyguard, de la base au sommet. Entendus par la commission du Sénat, les syndicats de police ont pointé un comportement de « cador », « autoritaire et déplacé » et des  missions « mal définies ».

Après avoir été condamné en novembre dernier à trois ans de prison dont un ferme, peine contre laquelle il a annoncé faire appel, pour violences volontaires en marge des manifestations du 1er mai 2018 et pour utilisation frauduleuse de ses passeports diplomatiques, Alexandre Benalla vient de passer plus de 24 heures en garde à vue. Il a été interpellé mardi matin et laissé libre mercredi soir sans poursuites à ce stade.

Les enquêteurs de la Brigade de répression de la délinquance économique cherchent notamment à savoir s’il a tenté d’abuser de sa position à l’Élysée dans la négociation d’un contrat de sécurité signé en juin 2018 entre son acolyte, Vincent Crase, à l’époque à la fois gendarme réserviste à l’Élysée en même temps que responsable de la sécurité à LREM (le monde est petit) et l’oligarque russe Iskander Makhmudov, réputé sulfureux. « Proche de Vladimir Poutine et à la tête d’un empire industriel, le multimilliardaire est aussi soupçonné par plusieurs magistrats européens d’accointances avec l’un des pires groupes criminels moscovites », détaille « Mediapart, qui avait révélé l’existence de ce contrat.

Au-delà de l’aspect commercial et des suspicions de blanchiment de fraude fiscale aggravée, faux et usage de faux, abus de biens sociaux, trafic d’influence et corruption qui pèsent aujourd’hui sur l’ex-protégé du Président, il y a la face tabou de l’imbroglio, abordée  dans un numéro d’« Envoyé Spécial » diffusé en juin 2019 sur « Les secrets de l’affaire Benalla ».

Une équipe infiltrée au Salon aéronautique du Bourget a interrogé le chef de l’État au sujet… d’un risque d’ingérence lié aux « affaires russes » d’Alexandre Benalla : « Est-ce qu’il est vrai que vos services de sécurité et de renseignements ont passé des détecteurs de micros dans tout l’Élysée suite à la révélation du contrat russe  ?». Réponse du président de la République : « Il y a de toute façon de manière très régulière par le Commandement militaire une sécurisation qui est faite sur tous les micros, tous les systèmes d’information ». Autre question, pas des moindres : « Vous ne craignez pas qu’Alexandre Benalla ait pu être utilisé par un service ou par une influence extérieurs ? ». Macron n’est pas formel. « Je ne l’espère pas, je ne le pense pas, mais maintenant toutes les vérifications sont en cours, il y a beaucoup d’enquêtes en cours aussi et qui permettront de le dire… ». 


Cette phrase, que personne n’a relevée à l’époque, en 2019 donc, est un aveu qui s’ignore. Elle signifie tout simplement au minimum que la sureté de l’État a eu des trous dans la raquette pendant quelques semaines, et tant mieux si Moscou n’en a pas profité. Hier, à la télévision, le chef de l’État a pourtant voulu relativiser le chapitre Benalla en balançant une super punchline alors que son ex-chargé de mission était encore en garde à vue ou venait d’en sortir. La journaliste Ariane Chemin, à l’origine de l’éclosion de l’affaire, d’« été » ou d’«État », chacun jugera, a noté qu’Emmanuel Macron avait employé hier soir « l’exacte formule d’Alexandre Benalla en juillet 2018 au JT de TF1 ». Plus que toute analyse, cette coïncidence va apporter de l’eau au moulin des sceptiques sur la sincérité présidentielle. À moins qu’à l’Élysée, ce soit l’été toute l’année.

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