Affiche d'Agnès Buzyn et Eric Azière, tête de liste LaREM Paris 14ème - Photo ©️ Daniel Perron

Agnès Buzyn a hésité. Ce mardi matin à 8h, la candidate LREM à la mairie de Paris devait réunir en visioconférence ses 16 têtes de listes d’arrondissement. Totalement absente du débat public et de la campagne parisienne qui continuait « mezzo voce » entre Anne Hidalgo et Rachida Dati, Agnès Buzyn devait à cette occasion marquer son retour auprès de ses troupes abandonnées et déboussolées. Mais selon une information du Monde, la candidate a fait reporter la réunion par un mail laconique envoyé en fin de soirée. Avant leur de déclarer dans un nouveau rebondissement en début d’après-midi : « Je suis pleinement engagée, déterminée, combative. On y va »

« C’est une décision mûrement réfléchie. Ma motivation est totale. Je suis candidate pour porter la voix de la majorité présidentielle et offrir une alternative à la gestion d’Anne Hidalgo », a ainsi déclaré l’ancienne ministre de la Santé

Si le report d’un simple comité de campagne a pu ainsi faire « évènement », c’est que la candidate, choisie par Emmanuel Macron lui-même pour remplacer au pied-levé le défaillant Benjamin Griveaux, donne des sueurs froides à son camp. Candidats et militants étaient contraints d’attendre, fusil au pied et boule au ventre, la décision d’Agnès Buzyn. À l’origine de cette fébrilité et de ces doutes, outre sa disparition médiatique, son hallucinante interview confession publiée par Le Monde le lendemain du 1er tour et la veille d’un confinement total et inédit de la France. L’ancienne ministre de la Santé y expliquait avoir fait campagne à reculons en cachant la vérité sur ce qu’elle savait de la pandémie à venir ! « Depuis le début je ne pensais qu’à une seule chose : au coronavirus. On aurait dû tout arrêter, c’était une mascarade. La dernière semaine a été un cauchemar. J’avais peur à chaque meeting. J’ai vécu cette campagne de manière dissociée. » déclarait-elle ainsi dans cette interview.

« Mascarade », « dissociation », on imagine bien Agnès Buzyn guère pressée de devoir répondre aux questions des journalistes sur la sincérité de sa campagne et encore moins pressée de s’expliquer sur ce qui ressemble de graves accusations envers le Premier ministre comme le Président : « Le 11 janvier, j’ai envoyé un message au président sur la situation. Le 30 janvier, j’ai averti Edouard Philippe que les élections ne pourraient sans doute pas se tenir. Je rongeais mon frein. ».

Et Agnès Buzyn ne devra pas répondre qu’aux journalistes. Fin Juin, elle sera auditionnée par les commissions d’enquête parlementaires du Sénat et de l’Assemblée nationale, avant sans doute de comparaître devant la Justice. Un avenir bien sombre pour celle qui avait été accueillie par les militants et candidats LREM comme le messie qui devait les sauver du naufrage de Benjamin Griveaux.

En déclarant être allée à l’élection à reculons, en parlant même de sa campagne comme d’un cauchemar, puis en disparaissant complètement des radars parisiens, Agnès Buzyn a fortement compromis ses chances sauver les meubles LREM à Paris. Arrivée en 3ème position derrière Anne Hidalgo et Rachida Dati, la candidate LREM pouvait tenter d’améliorer ce résultat plutôt médiocre dans une ville qui voici 2 ans semblait totalement acquise au Macronisme. Il s’agissait de jouer le troisième tour et les alliances locales. Mais las, Agnès Buzyn en était au point de dire à ses têtes de listes « qu’elles n’étaient pas obligées de mettre sa photo sur leurs affiches » selon une élue citée par Le Parisien. Et l’annulation du rendez-vous avec ses mêmes têtes de listes, puis sa nouvelle déclaration de candidature n’ont pas dû tellement les rassurer sur la combattivité et l’envie d’en découdre d’une ancienne ministre qui a repris la blouse blanche à l’Hôpital militaire de Percy.


Renouveler la politique et ceux qui la font. C’était la grande promesse d’Emmanuel Macron en 2017. Ainsi l’Assemblée nationale s’est remplie de primo-arrivants en politique. Et le président a nommé de plusieurs ministres « issus de la société civile », qui se sont vus pour certains attribuer de grands ministères (Culture, Santé, Travail, Affaires européennes …). Pourtant ces « ministres de la société civile » n’ont pas particulièrement brillé pas par leurs prouesses politiques. Le terrain semble complètement abandonné aux anciens ministres de Nicolas Sarkozy qui systématiquement, parce qu’ils possèdent les codes et le poids politique, dament le pion aux petits de la « société civile ». Ce n’est pas seulement, et cela a été écrit maintes fois, parce qu’Emmanuel Macron est un piètre DRH. Ce qui est un drame en soi étant donné que les nominations sont l’un des principes modes d’exercice du pouvoir par le président de la République.

C’est surtout la démonstration que l’on ne s’improvise pas politique. On peut avoir l’intérêt général chevillé au corps, des idées et la volonté de les mettre en œuvre mais cela ne suffit pas. La politique, c’est aussi un combat pour lequel on se prépare des années durant. Années pendant lesquelles s’épaissit la cuirasse et qui permettent d’acquérir une forme d’autorité qui n’est pas seulement celle que confère la connaissance et la compétence. C’est un leadership particulier qui découle de l’élection gagnée ou perdue, du contact renouvelé avec les électeurs qui peuvent voir l’empathie de leurs élus poindre sous cette cuirasse. C’était le rôle des partis politiques d’amener une génération de militants vers cette forme d’autorité qui permet d’accéder à des fonctions électives puis au pouvoir ministériel.

La table rase macronienne, ce pragmatisme refusant soi-disant les idéologies, a contribué à l’affaissement des partis politiques et à nier leur utilité et leur capacité à former des candidats et des élus solides. C’est la volonté d’Emmanuel Macron – Jupiter en son Olympe de faire que tout découle de lui.

Ainsi, l’échec très probable d’Agnès Buzyn dans cette élection parisienne sera avant celui d’Emmanuel Macron.

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