Encore une fois, l’État ne se révèle pas être le problème, mais la solution. Telle est la conviction des dirigeants d’Air France qui voit la puissance publique venir à son secours. Avec une perte nette de 7.1 milliards en 2020, la compagnie aérienne française s’apparente à un avion sans ailes. Et à l’horizon de ce trou béant, la perspective d’une réduction des effectifs, soit 6000 suppressions d’emplois, même avec le soutien de l’État nourricier. Globalement, le chiffre d’affaires de la société atteint péniblement les 11 milliards d’euros, soit une baisse de 60% par rapport à la triomphante année 2019. Et l’arrivée chaotique des vaccins ne changent rien à l’affaire, les responsables de l’entreprise tablant sur un retour des bénéfices pas avant 2024… Soit 3 ans de gestion au cordeau, d’allègement en personnels, et de grande solitude.

Dès lors, pour Air France, une seule solution, la recapitalisation qui passera par une participation de l’État au capital de la société, à hauteur de 4 milliards d’euros ; devenant ainsi, actionnaire majoritaire de l’entreprise. Une garantie de pérennisation de la compagnie aérienne. Les libéraux évoqueront plutôt une renationalisation masquée… Avec la discrète bénédiction de la Commission européenne qui a avalisé l’investissement de l’Etat français dans le capital d’Air France. Désormais, en détenant 30 % du capital d’Air France, la puissance publique en devient l’actionnaire majoritaire. En échange, l’entreprise devra consentir à des concessions sur les créneaux de vols. Au total, 18 devront être cédés aux concurrents. Un deal que le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, considère équilibré : « C’est un bon accord pour Air France et pour les Français ».

Une bérézina partagée par toutes les compagnies aériennes

Il faut dire que le groupe Air France et ses filiales ont enregistré pour l’année 2020 un résultat final d’exploitation à -3,389 milliards d’euros, soit une marge d’exploitation divisée par deux. Le Groupe KLM ne s’affiche pas plus fringant avec un résultat de -1,154 milliards. Même sa filiale low cost, Transavia, ne parvient pas à tirer son épingle du jeu. En 2020, elle a vu son trafic reculer de 68,7% et son chiffre d’affaires fondre de 65,2% à 606 millions, soit une perte de 430 millions par rapport à 2019. Une bérézina dont les compagnies aériennes totalement privées semblent dans l’incapacité de surmonter, tant les pertes abyssales les condamnent à court terme. Entre 2020 et 2021, Ryanair a vu le nombre de ses passagers fondre de 155 à 30 millions. Aux États-Unis, les plus grandes compagnies aériennes subissent des pertes à hauteur de 34 milliards qui risquent de les voir disparaitre si le marché ne repart pas.

Le directeur général d’Air France, le Canadien Benjamin Smith, l’admet lui même : « 2020 a mis le groupe Air France-KLM à l’épreuve avec la crise la plus grave jamais connue par l’industrie du transport aérien. Je tiens à remercier nos équipes pour leur engagement et leur formidable capacité d’adaptation dans cette période, qui nous ont permis d’être résilients malgré une chute sans précédent du trafic ». En bon manager affichant un optimisme à toute épreuve, et soulignant les aides de la France et des Pays-Bas, le dirigeant sait la chance qu’a son groupe d’être adossé à un État particulièrement attaché à sa compagnie nationale, « Avec la même agilité et grâce au soutien des États français et néerlandais, nous avons réduit drastiquement nos coûts, protégé notre trésorerie et poursuivi le déploiement de transformations majeures au sein des compagnies, impliquant des efforts de la part de tous nos employés ».

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