Concernant les enfants, on a tout entendu : ils sont passés de très contagieux, en mars, ce qui a entraîné la fermeture des établissements scolaires en France, à pas contaminants, ou si peu, en avril, ce qui justifie une rentrée imminente. Des études, venues du Sud de l’Hexagone et d’ailleurs, ont opportunément accompagné la décision des autorités françaises de rouvrir les écoles pour donner le top d’un déconfinement le 11 mai (peut-être le 12, finalement). Une perspective de moins en moins hypothétique, malgré l’avis du Conseil scientifique et de nombreux médecins qui conseillaient d’attendre quelques mois. 

Éric Caumes, le chef du service épidémiologie de la Pitié Salpêtrière, le premier à avoir formulé de façon audible, avant même le premier tour des municipales, qu’il était urgent d’appeler les Gaulois à se claquemurer dans leurs chaumières, a eu beau remarquer qu’il était inhabituel, voire incongru, de déconfiner d’abord ce qu’on avait commencé par confiner, et que l’ »ayatollah de l’épidémiologie » qui était en lui préconiserait plutôt une reprise en septembre, rien n’y a fait : la France, après moins de deux mois de confinement, va (essayer de) retourner en classe. Sans cantine. Tant pis pour les familles qui en ont le plus besoin. Tant pis si l’argument social invoqué pour légitimer le choix du gouvernement en prend un sérieux coup.

Les parents sont donc appelés à renvoyer leur progéniture à l’école, sur la base du volontariat… mais en sacrifiant des jours de congé dans les communes où le maire aura pris la lourde décision de favoriser ce retour, avec un cahier des charges sanitaire long comme l’annuaire, d’où le scepticisme assumé de certains édiles. Les consignes déjà communiquées aux directeurs d’écoles, reconvertis malgré eux dans la prévention du risque, laissent rêveur. Comme « dimensionner le nombre de produits, matériel et équipements nécessaires à l’application de la doctrine sanitaire (masques, gel HA, savon, essuie main, lingettes désinfectantes, produits de nettoyage et de désinfection, gants….) » ; « assurer le réapprovisionnement de ce matériel en fréquence et en quantité adaptée », etc. Plaignez-les, tout est là dans le « protocole sanitaire« .

Chacun sa stratégie, et rira bien qui rira le dernier

La France, noyée dans la polémique jusqu’au cou entre codes couleurs rouge et vert auxquels sont venus se mêler un jaune-orange inattendu et quelques incohérences qui ont semé le trouble jusqu’au très paisible département du Lot, regarde de loin l’Allemagne, testeuse frénétique. On évite de se dire qu’ils ont mieux anticipé que nous. On préfère les oublier. Chacun sa stratégie, et rira bien qui rira le dernier. We are the best. Champions du monde.
 
C’est ainsi que l’analyse récemment publiée par Christian Drosten, directeur du Département de virologie des Hôpitaux universitaires de la Charité, à Berlin, est passée inaperçue.
La voici ici publiée par La Charité.

Le virologue allemand visionnaire, le seul en Europe à avoir alerté sur le tsunami qu’il avait vu arriver de loin pendant que d’autres évoquaient une grippette bénigne ou un risque de propagation très faible du virus de Wuhan, et le premier à avoir mis au point un test PCR (réaction de polymérisation en chaîne) pour le covid-19, s’est pourtant fendu d’un tweet dès le 29 avril pour faire part du travail mené par ses équipes entre le mois de janvier et le 26 avril.

Aucune différence « significative » n’a été relevée.

Les valeurs des tests PCR de 3.712 patients Covid-19, dont des enfants, ont été décortiquées. Objectif : définir la quantité de charge virale de Sars-Cov-2, y compris chez les plus jeunes. Les malades ont été classés en deux groupes distincts, histoire que soit établi, ou pas, un lien entre l’âge et la charge virale. Et là, surprise : selon les recherches des Allemands, celle-ci ne varie pas d’un groupe d’âge à l’autre. Aucune différence « significative » n’a été relevée.
En anglais ça nous donne : « In particular, these data indicate that viral loads in the very young do not differ significantly from those of adults ».
Ce qui signifie en plus clair que, contrairement à certaines affirmations rassurantes et qui nous arrangent bien, les enfants seraient aussi contagieux que les adultes. Si l’on s’autorise à affirmer qu’ils le sont moins, c’est parce qu’ils développent peu de symptômes, quand ils ne sont pas carrément asymptomatiques. Donc ils toussent moins, projettent moins de gouttelettes sournoises et expirent moins de virus. Mais selon l’étude allemande, ça ne veut pas dire que le coronavirus qui sommeille en eux n’est pas aussi motivé que chez les adultes.

Ce constat a conduit Christian Drosten à appeler à la prudence. « Nous recommandons de collecter et d’évaluer davantage de données virales des laboratoires de tests pour confirmer et affiner ces résultats. En l’absence d’une preuve statistique d’une charge virale différente pour les enfants, nous recommandons la prudence face à la réouverture illimitée des écoles et des jardins d’enfants ».

À l’heure des comptes, on risque de se demander qui a eu cette idée folle, un jour, d’inventer la réouverture de l’école (bis) en France, dans ce contexte. Et cette fois-ci, ce sacré Charlemagne n’y sera pour rien. 

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