Pompiers, Sécurité civile, gendarmes et militaires sur le terrain après le cataclysme (via SDIS_06, gendarmerie_006 et État major des armées sur Twitter).
Pompiers, Sécurité civile, gendarmes et militaires sur le terrain après le cataclysme (via SDIS_06, gendarmerie_006 et État major des armées sur Twitter).

Si la menace du coronavirus n’était pas devenue obsessionnelle, le cataclysme météorologique qui s’est abattu samedi sur le Sud-Est de la France aurait éclipsé tout le reste de l’actualité depuis. Et les drapeaux seraient en berne avant même qu’on puisse établir le bilan des victimes, encore provisoire, qui sera lourd : un cinquième corps a été retrouvé mardi, celui d’une femme, à Saint-Martin-Vésubie, dans la rivière Vésubie. Huit personnes sont toujours portées disparues et treize recherchées.

Le président du Conseil départemental des Alpes-Maritimes, la mine grave, a confirmé lundi soir chez Darius Rochebin sur LCI que le département était dévasté, tous les moyens de télécommunication détruits. Il faudra des années pour s’en remettre et ce ne sera pas possible sans le soutien actif de l’État, jugé pas assez présent juste après la catastrophe. Pris de court face au désastre, malgré l’alerte rouge. Jean Castex a annoncé mardi à l’Assemblée nationale que l’état de catastrophe naturelle serait décrété officiellement demain lors du Conseil des ministres. Emmanuel Macron se rendra sur place demain également. Il est très attendu.

L’armée a renforcé les pompiers, gendarmes et sauveteurs pour déblayer les décombres et évacuer les victimes. Un hélicoptère caïman de la Marine nationale est d’ailleurs arrivé mardi matin en renfort et l’État-major des Armées a tweeté les opérations en cours, précisant que huit tonnes de vivres avaient déjà été acheminées. Au total, 935 sinistrés avaient été secourus mardi à 13 heures dont plus de 500 par hélicoptère.

Six cents pompiers et militaires sont toujours à pied d’œuvre : « Alors que notre équipe médicale est toujours sur place dans le secteur de Roquebillière en soutien à la population, une de nos équipes cynotechniques a été engagée ce matin pour 48 heures pour la recherche de victimes aux côtés du @sdis_06 », a tweeté le @sdis84 mardi matin.

Les équipes d’Enedis aussi sont au taquet. « En direct de Nîmes, départ de la cohorte @enedis_LR : un renfort de 22 techniciens ». 5.000 foyers sont actuellement privés d’électricité, ils étaient 15.000 après le déluge. « L’urgence est également au rétablissement des réseaux téléphoniques et d’électricité avec 300 agents sur le terrain. Grâce à l’acheminement d’une centaine de groupes électrogènes, un point d’alimentation électrique a pu être mis en place dans chaque village », indique mardi matin le quotidien régional Var-Matin.

Autre source de préoccupation : l’AFP, citant l’Office français de la biodiversité (OFB), a confirmé que sept loups noirs du Canada étaient recherchés après la destruction de leur enclos du parc animalier Alpha, dans la vallée de la Vésubie.

Colère et émotion contenues après la tempête

Après le passage de la tempête Alex, des zones entières des vallées de la Vésubie, de la Roya et de la Tiné sont rayées de la carte. Trente-six communes ont été touchées. En partie englouties par la boue, à l’image de Breil-sur-Roya, ensevelies, ou dévastées. Des cimetières ont été balayés. Des images de celui de Saint-Dalmas-De-Tende ont été publiées sur Twitter. « Le recensement des tombes manquantes est en cours. Environ 150 nous dit le maire. Des corps sont retrouvés jusqu’à Breil-sur-Roya.  Le fleuve est complètement sorti de son lit ». Sept corps au total, selon la presse italienne, ont été retrouvés sur les plages de l’Italie voisine. On a d’abord cru qu’il s’agissait de ceux de victimes. Mais ils provenaient « probablement » des cercueils. Le site Riviera24 a annoncé mardi matin qu’un autre corps avait été découvert, sur une plage de Sanremo. « On ignore à cette heure s’il s’agit d’une nouvelle victime de la tempête Alex ou d’un cadavre emporté par les eaux lors de la destruction de cimetières », indique Var-Matin.

Le réseau routier a lui aussi été saccagé par le passage de l’eau, sur au total trente-cinq kilomètres, des pans de chaussée se sont effondrés, les ponts aussi, comme le pont Maïssa, explosé par le Boréon en crue à Saint-Martin-Vésubie, les images, terribles, sont devenues virales.

Des villages nichés au cœur de l’arrière-pays niçois se sont retrouvés coupés du monde, des produits de première nécessité ont été très difficilement acheminés aux malheureux Sudistes complètement isolés, comme à La Brigue, commune la plus à l’est du département, française jusqu’en 1860, puis italienne, à Fontan, à Saorge, ou encore à Tende, dont le maire, colère et émotions contenues, a décrit lundi une situation « apocalyptique ». Tous les ponts de la commune ont été détruits. De samedi à lundi matin, ses administrés n’ont pu compter que sur eux-mêmes. Seule l’entraide leur a permis de sauver les pensionnaires de l’Ehpad local et de survivre, dans le sillage des pompiers et des gendarmes. Lundi matin enfin, les autorités ont pu accéder au site, et le ravitaillement a été acheminé. « On n’avait plus rien à manger ». Mardi, les résidents de l’Ehpad ont été évacués par voie aérienne.

Le changement climatique en cause selon les experts

Une solidarité exceptionnelle s’est mise en place avec les moyens du bord, puis avec le soutien de renforts en secours. Véritable exploit, l’ouverture d’un axe entre de Saint-Martin-Vésubie et Nice, lundi, a permis des convois depuis cette commune vers le littoral, mais pas dans le sens inverse. « 30% environ du village ont été détruits. Le vieux village n’a pas bougé car il est construit sur des roches très dures, mais tous les chalets construits autour ont été balayés », a déploré le maire. La caserne de gendarmerie locale a été sinistrée. La fondation Maison de la gendarmerie a lancé un appel aux dons sur son site internet.

Des maisons, dont certaines dataient de 1850, ont été emportées par dizaines, avalées par les ruisseaux en crue transformés en torrents gigantesques. Certaines, parfois coupées en deux, sont restées accrochées au bord des falaises façonnées par les glissements de terrain. 1.700  bâtiments ont été réduits en miettes. Les photos avant/après permettent de mesurer l’ampleur et la violence inédites du phénomène. Des zones entières pulvérisées. Et une évidence sous-jacente : ici comme ailleurs, on a construit là où on aurait pas dû et ça n’a rien arrangé, même si le phénomène naturel était d’une violence rare et incontrôlable : en 24 heures, il est tombé 500 millimètres de précipitations à Saint-Martin-Vésubie, 344 millimètres à Coursegoules, plus de 280 mm à Breil-sur-Roya selon Météo-France. « Ce sont des intensités qu’on peut qualifier de tropicales », relève un prévisionniste.

Une nouvelle fois, le réchauffement climatique est mis en cause. L’eau s’évapore en plus grande quantité avec un air plus chaud, ce qui provoque des orages de plus en plus puissants. François Lalaurette, directeur des opérations pour la prévision chez Météo France, le confirme et prévient : « Particulièrement au nord de la Méditerrannée, ce type de phénomène sera de plus en plus dévastateur dans les années qui viennent. Le réchauffement climatique est très largement responsable d’événements de ce type ».

Quatre tempêtes majeures ont frappé la France en dix ans

Certaines régions françaises ont déjà payé un lourd tribut : quatre tempêtes majeures ont frappé le pays en dix ans, entre Cynthia en 2010 et Alex. Dans les Alpes-Maritimes, le montant des dégâts pourrait atteindre près d’un milliard d’euros sur le territoire azuréen, révèle une première estimation des ingénieurs mandatés par le Département.

Des images terribles illustrent depuis trois jours la désolation après la catastrophe et la détresse sobre des habitants touchés, qui parfois n’ont plus rien. L’angoisse de ceux qui sont sans nouvelles de proches ou dans l’impossibilité d’en donner. Au milieu de l’effroi et de la sidération, une incroyable solidarité s’est mise en place. « Après le chaos, la solidarité s’organise à la fois dans les secours comme dans l’entraide citoyenne. Des actions solidaires qui sont autant de lueur d’espoir pour nos disparus comme nos sinistrés », ont salué les pompiers des Alpes-Maritimes. France 3  PACA, mobilisée, tout comme France Bleu et le groupe Nice-Matin, a dressé l’inventaire non exhaustif de la multitude d’initiatives visant à épauler les victimes ou les secours sur place. Au moment où, sur d’autres fronts, le taux de solidarité peut sembler progresser moins que celui de l’incidence, la capacité des Sudistes à se fédérer spontanément pour faire face au pire devrait ouvrir des horizons à tous ceux qu’il épargne.

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