Emmanuel Macron au Château de Chambord présente les mesures post-confinement en faveur de l'emploi des jeunes.
Emmanuel Macron au Château de Chambord présente les mesures post-confinement en faveur de l'emploi des jeunes - Capture vidéo Élysée.

Emmanuel Macron a donc mangé son chapeau et rétabli ces emplois « aidés » en faveur des jeunes, emplois qu’il honnissait et qu’il avait supprimé dès son arrivée au pouvoir.

Aidés. Le mot jette déjà un froid. On entendrait presque cette droite néolibérale qui les a supprimés parler pour ces emplois « assistanat ». C’est pourtant tout le contraire.

Il faut avoir croisé le regard d’une jeune femme ou d’un jeune homme qui venait de signer l’un des ces contrats pour un « emploi d’avenir ».  Il faut avoir vu leur timidité et leurs yeux briller à nouveau. Il faut avoir échangé quelques mots avec eux, et avec leurs parents aussi, pour comprendre à la fois le désespoir dans lequel ils étaient tombés et l’énorme espoir que constituait cette seconde chance que la République offrait à ses enfants.

Les « emplois d’avenir », héritiers des « emplois jeunes » créés à l’initiative de Martine Aubry, avaient une ambition, celle d’offrir une véritable insertion professionnelle à des jeunes peu ou pas qualifiés, abandonnés à eux-mêmes. Des jeunes qui pourtant avaient seul désir si fort d’entrer pleinement dans la vie active. Oui avec « ces emplois d’avenir », des centaines de milliers de jeunes adultes ont pu renouer avec ce rêve d’émancipation par le travail qui enfin redevenait pour eux de l’ordre du possible. Il s’agissait simplement de redonner vie à la promesse républicaine.

L’idéologie néolibérale pour boussole

La décision d’Emmanuel Macron de supprimer ces emplois en 2017 était purement idéologique, une décision comptable et totalement déconnectée de la réalité quotidienne des gens et des territoires.

Une décision idéologique bien sûr puisque l’idée même que l’État puisse intervenir là où les entreprises échouaient à le faire ne rentre pas dans le cadre intellectuel du gouvernement Macron. Oublié donc le pragmatisme vanté pendant la campagne électorale de 2017 pour attirer le vote centriste et désaffilié, oublié le ni de gauche ni de droite et revoilà une décision purement néolibérale ignorante du vécu des gens et des besoins de la collectivité.

« Si les emplois aidés avaient été un instrument efficace de lutte durable contre le chômage, ça se serait vu. Cela a très longtemps été un instrument de gestion opportune et politique parce qu’on les développait curieusement à la veille d’élections présidentielles » déclarait alors Edouard Philippe. Le Premier ministre d’Emmanuel Macron faisait alors mine d’ignorer que les emplois d’avenir avaient été institués par François Hollande dès son accession au pouvoir en 2012. L’argument avancé était aussi alors de rediriger les budgets vers de la formation. Là encore en faisant mine d’ignorer que les emplois d’avenir avaient été pensés avec un volet formation en vue d’en faire un outil d’insertion.

Des dégats sociaux considérables

Pour LREM, il s’agissait aussi d’une décision purement comptable, symbole de cette austérité qui ne sait pas compter. La Cour des Comptes évaluait en 2016 que seulement 26% des jeunes qui sortaient d’un contrat aidé dans le secteur public retrouvaient un emploi dans les six mois et Emmanuel Macron s’appuyait sur ces chiffres pour décréter l’inutilité de cette politique publique et sa suppression. Les économistes diraient que les macronistes dans leur démarche austéritaire de suppression des emplois aidés ne savaient pas évaluer les « externalités positives ».

Quid des 280 000 personnes qui, grâce à ces emplois, retrouvaient dignité, confiance en eux-mêmes et espoir dans la collectivité ? Quid des milliers d’associations qui grâce aux emplois d’avenir pouvaient développer et maintenir des programmes sociaux ? Ainsi par exemple, en 2017, les banques alimentaires qui distribuent des repas à 2 millions de personnes en France, employaient 50 % de leurs salariés via des emplois aidés (6 070 bénévoles et 497 salariés, dont 256 en contrat aidé).

Combien d’associations rurales ou de banlieue, prises en tenaille par la baisse des subventions et la fin des contrats aidés, ont dû cesser certaines de leurs activités culturelles ou sportives ? Un véritable saccage du tissu associatif.

Ces suppressions ont aussi contribué à mettre en difficulté l’État social lui-même. La suppression des contrats aidés a par exemple affecté directement les directrices et directeurs d’école qui auparavant pouvaient bénéficier d’aides administratives à la direction. Et on a vu les conséquences dramatiques que la surcharge de travail occasionnée par cette suppression aveugle de postes de travail qui répondaient à un vrai besoin social.

La principale conséquence de la suppression des emplois aidés a donc été une perte sèche de cohésion sociale pour l’ensemble de la collectivité nationale et plus encore pour les territoires les plus en difficultés. Et face aux maires lors du grand débat qui a suivi la révolte des Gilets Jaunes, Emmanuel Macron a été forcé de reconnaître son erreur en la matière. Ce qui n’empêchait pas Bruno Le Maire mi-juin dernier de qualifier les emplois aidés d’impasse.

Virage à 180 degrés

Alors comment ne pas s’étrangler lorsqu’on entend Elisabeth Borne, nouvelle ministre du travail, expliquer sur Europe1 que les emplois aidés ne constituent « pas une voie de garage mais un tremplin vers l’emploi ». Et la ministre de vanter la mise en place 300 000 « parcours d’insertion », dont 60 000 contrats aidés dans le secteur marchand pour les jeunes les plus éloignés de l’emploi par le biais des « contrats initiative emploi » (CIE). Et dans le secteur associatif ou public, les contrats aidés ( « Parcours emplois compétences », au nombre de 94 000 en 2019) seront augmentés de 60 000 en 2021.

Cette initiative est bien sûr la bienvenue mais entre temps quel gâchis humain et social. Parce ce qui a été détruit notamment dans le milieu associatif ne se rétablira pas en un claquement de doigt dans un moment où justement nous allons avoir immensément besoin des acteurs sociaux présent au plus près de celles et ceux qui en ont besoin.

Ce virage à 180 degrés démontre une nouvelle fois la déconnexion d’Emmanuel Macron, l’œil rivé sur les chiffres, la grande économie mais incapable de comprendre la vie réelle faute peut-être de l’avoir vécue. C’est sans doute le rôle d’un Jean Castex de remettre du « bon sens », du « près de chez vous » dans une présidence hors-sol. Mais là encore quelle perte de crédibilité pour la politique en général !

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