L'interview du Pr Raoult par JJ Bourdin sur BFMTV - Capture d'écran.
L'interview du Pr Raoult par JJ Bourdin sur BFMTV - Capture d'écran.

Quelle folle journée que ce jeudi 25 juin 2020 pour la médecine et la santé des Français. Une accumulation qui donne le tournis. Arrêtons-nous un instant pour regarder et réfléchir à ces évènements.

Ce jeudi matin a commencé par une interview sous tension du Pr Didier Raoult par l’intervieweur vedette de BFMTV et RMC Jean-Jacques Bourdin, au lendemain de son audition à l’Assemblée. Une audition que nous décrivions comme cataclysmique. Alors que l’entretien matinal a commencé sur un ton plutôt calme et détendu, l’atmosphère s’est soudainement tendue quand Jean-Jacques Bourdin a déclaré « On n’a pas soigné les gens, c’est-à-dire que… Vous affirmez que des médecins ont tué des patients. S’ils n’ont pas soigné… ». Une question-affirmation qui cherchait pousser à Didier Raoult dans ses retranchements et l’a révolté. Et voilà le chercheur de l’IHU Méditerranée Infection accusant son hôte d’insinuation et de chercher à lui faire dire ce qu’il n’avait pas dit.

La tension est encore montée d’un cran lorsque Jean-Jacques Bourdin a confronté Didier Raoult à l’une de ses déclarations en commission. « Vous avez dit “Ici, à Paris, on comptait les morts, moi je comptais les positifs” » lui a-t-il lancé. Mais le choc pour Raoult est intervenu lorsqu’une nouvelle fois Bourdin lui redit « Donc on tue des gens ». Le professeur de menacer de quitter le plateau et l’interview, pour finalement être rattrapé in extremis.

L’épisode a enflammé les soutiens très nombreux du Pr Raoult sur les réseaux sociaux, à la fois consternés et galvanisés.

Quelques instants après, on apprenait que le Conseil national de l’ordre des médecins (CNOM) lançait une enquête sur les propos tenus par le Pr Christian Perronne, spécialiste des maladies infectieuses à l’Hôpital de Garches et soutien du Pr Raoult et de l’utilisation de l’Hydroxychloroquine.
Cette enquête était doublée d’une saisine des instances déontologiques de l’AP-HP par le Directeur Général des Hôpitaux de Paris. Par un courrier rendu public jeudi, Martin Hirsch demande au collège de déontologie de déterminer « s’il peut y avoir » de la part du Pr Perronne « des manquements à des obligations d’ordre déontologique (…) dans un cas de figure où des propos sont tenus avec l’autorité conférée à une fonction de responsabilité dans un hôpital public universitaire ».

C’est aussi au lendemain de l’audition du Pr Raoult que l’on a appris le lancement d’une campagne de tests « de grande ampleur » pour identifier des « clusters dormants » de covid-19. Dans une interview au journal Le Monde, le ministre de la Santé Olivier Véran détaillait sa stratégie pour éviter une seconde vague, dont font partie ces dépistages systématiques, sur la base du volontariat, dans les zones à risque.

Au même moment, la Pr Karine Lacombe, cheffe de service des maladies infectieuses à l’hôpital Saint-Antoine, à Paris, était auditionnée à l’Assemblée nationale. La chercheuse, qui fait partie du Conseil scientifique constitué autour du président de la République, a reconnu que l’« on a été mauvais sur le dépistage ». Cette question des tests, que recommandait l’OMS et que le Pr Raoult a mis en œuvre à Marseille, est avec la pénurie de masques au cœur de la polémique sur la gestion française de la pandémie.

La polémique sur le traitement continue

L’autre polémique est bien sûr celle liée au traitement de la maladie dite covid-19. Et c’est ce même jeudi que l’Agence Européenne du Médicament a choisi pour annoncer l’autorisation provisoire du Remdésivir du laboratoire Gilead. Ce même laboratoire voué aux gémonies par le Pr Didier Raoult, accusé d’exercer son influence politique. Le chercheur invitait même les députés à enquêter sur cette influence.
L’autorisation du Remdésivir doit encore être approuvée par la Commission européenne. Mais déjà des médecins s’interrogent sur le bien-fondé de la décision. En effet d’après une seule étude, l’antiviral développé contre la fièvre Ebola permet en effet d’accélérer de 4 jours la guérison des patients covid19 mais n’apporte aucun bénéfice en terme de survie de patients. Pire selon l’infectiologue Benjamin Davido interrogé par France Inter « pourquoi est-ce qu’on irait donner un médicament qui coute cher, qui est toxique pour le rein alors qu’il n’y a pas de preuve scientifique de l’efficacité du Remdésivir ». Et le médecin de l’Hôpital de Garches de s’interroger sur le lobbying à l’origine de cette décision.

Journée infernale

Mais le tableau de cette journée infernale ne serait pas complet si l’on ne mentionnait pas l’annonce par l’Élysée d’une mission indépendante chargée d’évaluer la gestion de la crise sanitaire. Le président de la République Emmanuel Macron a installé une mission indépendante nationale d’évaluation sur la gestion de la crise du Covid-19 et sur l’anticipation des risques pandémiques, ce jeudi 25 juin. Présidée par l’infectiologue suisse Didier Pittet, cette mission adopte « une approche pluridisciplinaire », avec la participation du magistrat de la Cour des comptes Raoul Briet, de l’économiste Laurence Boone, de la chercheuse de l’Inserm Anne-Marie Moulin et de l’épidémiologiste Pierre Parneix. Son rôle sera d’analyser « les prises de décisions par les autorités publiques » durant la crise sanitaire et « d’aider la France à se préparer à un éventuel rebond » épidémique.

Cette mise en place ne cesse d’interroger, là aussi, alors que 2 commissions d’enquête à l’Assemblée et au Sénat sont déjà au travail. Mais comme nous l’écrivions, pour Emmanuel Macron, il semble qu’« on n’est jamais mieux servi que par soi-même ».

Cette accumulation d’annonces et de polémiques laisse un goût de cendres. Une impression de tapis de bombes sur le paysage politique, médiatique et institutionnel. Là où régnaient la confiance et la fierté dans notre système de santé, il ne reste que soupçons, défiance et guerre de tranchées. Quel gâchis !

Ce jeudi 25 juin 2020 fait d’ores et déjà figure de jeudi noir pour la médecine française et la politique de santé publique du pays.

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Cet article a 3 commentaires

  1. COGER Sandrine

    Etant en comorbidité pulmonaire depuis des mois, hier c’était la 1ère fois que mon médecin me prescrivait l’azythromycine comme antibio… impression de nettement mieux en regard de l’amoxycilline prescrite régulièrement ! Il m’a prescrit 2 boîtes au cas où… il me semble avoir lu que celui-ci serait retiré également… En difficulté respi depuis fin février personne ne m’a testée, malgré mon exigence à l’hôpital fin février -le pneumologue : »trop long, trop cher »… heureusement eu 1 scanner sinon c’était scandale médiatique à l’hôpital d’une aide-soignante lol !

  2. COGER Sandrine

    Merci de cet article Rémy ! Excellent !

    1. COGER Sandrine

      Rémi… sorry lolll

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