À gauche, une policier est violemment attaqué par des black blocs à la Bastille, le 28 Novembre 2020 ( Capture vidéo ©️ @TaoualitAmar ) - À le jeune photographe d’origine syrienne Ameer Al Halbi, collaborateur de l'AFP et de Polka Magazine matraqué et défiguré par les forces de l’ordre.
À gauche, une policier est violemment attaqué par des black blocs à la Bastille, le 28 Novembre 2020 ( Capture vidéo ©️ @TaoualitAmar ) - À le jeune photographe d’origine syrienne Ameer Al Halbi, collaborateur de l'AFP et de Polka Magazine matraqué et défiguré par les forces de l’ordre (Photo ©️ Gabrielle Cezard via RSF).

Bien sûr, on ne peut qu’être révolté en voyant les images d’un policier lynché, on ne peut que les condamner sans ambiguïté, et avec, surtout, de la compassion pour cet homme, pour sa famille, pour ses proches. Il ne faut cependant pas commettre l’erreur de mettre cette scène terrible en parallèle, comme s’il y a avait un partout la balle au centre, avec celle du passage à tabac d’un citoyen par quatre fonctionnaires de police suspectés de s’être déchaînés sur lui en proférant des propos racistes.

Dans un cas, nous sommes dans un contexte de manifestation avec des bandes déterminées à mener une guérilla urbaine et ultra violente avec les forces de sécurité. Dans l’autre, nous sommes dans le cas d’un citoyen lambda dont on force le domicile pour le tabasser dans aucune raison valable, un citoyen sauvé par les images d’une caméra de surveillance, sinon, il se serait retrouvé accusé de rébellion et de tentative de vol d’armes sur un fonctionnaire de police. Dans le premier cas, la manifestation, nous sommes dans un combat, autant idéologique que violent avec deux adversaires, dont l’un détient la violence «  légitime » et l’autre se vautre dans sa fange de rage et d’illégalité absolue. Dans le second cas, nous sommes dans une agression sauvage de détenteurs de la violence légitime face à quelqu’un qui n’est pas un adversaire, agression couverte par d’autres policiers et un mensonge collectif sur le procès verbal relatant les faits !

En cela, comparaison n’est pas raison et ça n’est pas faire injure à la police nationale de le dire, elle qui désormais paye le prix fort dans l’opinion en raison de la multiplication de ces bavures et des révélations qui glacent le sang de l’opinion. Toute démocratie repose sur le lien de confiance entre les habitants d’un pays et ces deux grands garants que sont la justice et la police. Abîmer ce lien, c’est abîmer la démocratie. Les policiers déviants n’ont aucune excuse, ni le stress, ni les conditions déplorables de travail et il est urgent de ne pas leur en trouver, au risque d’affaiblir l’ensemble de l’institution.

L’agression odieuse d’un membre des forces de l’ordre ne doit surtout pas aboutir à justifier une utilisation illégale et dévoyée de la violence dite « légitime ». La cohabitation des termes « violence » et « légitime » est une incongruité lexicale et sémantique : aucune violence n’est légitime. Si  cette incongruité est admise, c’est uniquement parce que cette violence-là se déploie au nom de l’État, au nom de la loi, et qu’à ce titre elle ne doit pas être considérée comme les autres violences. Préférons lui l’usage de la force légitime, qui résonne mieux à nos oreilles.

Michel aurait sans doute préféré rester anonyme. Il incarne aujourd’hui le danger de cette violence dite « légitime » lorsqu’elle se fait monstrueuse. Ceux qui en doutaient l’ont désormais eu sous les yeux : la France de 2020 n’est pas à l’abri des dérives sécuritaires qui l’indignent quand elle regarde à l’étranger. 

Les premières victimes sont bien sûr les citoyen.ne.s qui s’y trouvent directement confronté.e.s. Au mauvais endroit au mauvais moment. Une fois qu’on est d’accord pour dire que ça ne doit plus exister, il faut intégrer, aussi, que les hommes et femmes appartenant aux forces de l’ordre et, qui, au quotidien, assument avec abnégation la protection de la population sous les ordres de ministres pas toujours bien inspirés, subissent de lourds dommages collatéraux. Eux font le job et ont des raisons d’être au bord de la crise de nerfs… autant que les soignants et les enseignants : entre doctrines et ordres fantaisistes, politique du chiffre, manque d’effectifs, menace sanitaire en première ligne, salaires pas à la hauteur de la tâche, et toujours entre le marteau et l’enclume.

C’est aussi pour eux qu’aujourd’hui on doit chercher à comprendre comment il est possible que des policiers se croient autorisés à se comporter comme les brutes aveugles d’une milice brune. Sans aller jusqu’à imaginer qu’il existe un racisme systémique au sein de la polic‪e, on peut mettre en cause un climat, une radicalisation soufflée par les syndicats qui semblent avoir pris le pouvoir place Beauvau. Il suffit de parcourir leurs comptes Twitter pour réaliser que certains d’entre eux admonestent publiquement les élus, commentent, distribuent les bons et les mauvais points au personnel politique, à la presse, aux commentateurs. On marche sur la tête ! Comment a-t-on pu laisser dériver cette institution au point qu’elle semble désormais être en partie l’otage de ce syndicalisme abrasif ? Quelle promesse a-t-elle été faite aux syndicats, par le Ministre et par le Président lui-même au point de se crisper sur cet inutile et dangereux article 24 et ne pas le régler, comme on retire une pomme de discorde réelle ? Ça ne serait ni la première ni la dernière fois qu’un pouvoir reculerait. Mais, car il y a un mais, Emmanuel Macron s’est pris lui-même dans la nasse dans laquelle il espère, jusqu’au bout étouffer la droite et l’extrême droite avec cette proposition de loi mal calibrée et imprécise. Il n’imaginait pas une telle réaction de l’opinion. Reculer serait donc revenir sur une promesse faite à des syndicats qui semblent omnipotents et plier devant la droite qui, elle même, dénonce cet absurde et dangereux article !

‪Tant de manque de clairvoyance laisse rêveur.

‪En attendant, la superposition des images ultra violentes, du tabassage de Michel, du tabassage des migrants lundi dernier, du tabassage des journalistes, comme hier Amer Al Halbi, photo reporter Syrien travaillant pour l’AFP, matraqué et défiguré par les forces de l’ordre lors de la marche des libertés, du tabassage en règle du CRS par les black blocs, ces images superposées créent de l’inquiétude, du mal être et de la défiance. Il ne suffira pas de quelques tweets présidentiels pour réparer les dégâts.

On peut en passant, aussi, se demander si le fait que le préfet Lallement, le plus connu de France, ait régulièrement tenu des propos et déployé une attitude outrancière depuis des mois, n’a pas une influence dans les têtes en amont et en aval, à force. Comme indéboulonnable, il a curieusement survécu à Christophe Castaner après avoir collectionné les exploits, du centre-ville de Bordeaux à la ‪place de la République à Paris en passant par la place d’Italie, dévastés par sa stratégie passoire vis-à-vis des casseurs de vitrines et de manifs.

Les black blocs s’en donnent à cœur joie depuis des années dans nos manifestations. C’est le seul pays européen où cela se passe de cette manière. Et poser la question de savoir comment ils ne sont toujours pas identifiés n’est pas faire montre de mauvais esprit. C’est une véritable question et le gouvernement doit y répondre au risque d’alimenter les théories de manipulation qui pullulent et creusent un peu plus encore le fossé. D’ailleurs, des policiers capés le disent désormais publiquement, à l’instar de Linda Kebbab « oui, on les laisse passer depuis 2016 ».

On peut, en ce lendemain au goût amer déplorer également que les violences qui se sont offertes en boucle à nos regards depuis samedi, aient presque occulté la mobilisation massive, dans tout le pays, contre la proposition de loi relative à la Sécurité globale. Une mobilisation hors normes qui dépasse largement le cadre journalistique et qui devrait inciter le gouvernement à corriger le tir en urgence.

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Cet article a 2 commentaires

  1. jocelyne ouang

    Il n’y a pas que l’article 24 . Des missions régaliennes de police seront confiées à des sociétés de sécurité privées ( le député à l’origine de cette proposition de loi a d’ailleurs créé une société privée de sécurité : honni soit qui mal y pense ) Il n’y a aucune urgence en cette période à voter à la hâte des lois déstructurant l’institution sauf à vouloir se débarrasser du maintien de l’ordre et le privatiser !

  2. Emma

    Linda kebbab policière et syndicaliste affirme qu’ils connaissent les blacks blocs mais qu’ils les laissent passer. En clair elle dit que les gouvernements depuis 2016 instrumentalisent les blacks blocs pour discréditer les manifestants et n’hésitent pas à exposer les forces de l’ordre pour cela.

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