Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur, invité du JT de 20h le 19 octobre 2020. - Capture TV Nos Lendemains.
Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur, invité du JT de 20h le 19 octobre 2020. - Capture TV Nos Lendemains.

À chaque attentat, les mêmes débats et les mêmes questions : à qui la faute ? Pourquoi ? Comment. À chaque attentat, les Français s’interrogent, réfléchissent, et résilient car notre pays est incroyablement sage. Depuis 2012 et la barbarie qui est entrée dans nos vies confortables et nous a sidérés, le même processus se renouvelle, alors que le débat public lui, hormis quelques respirations symboliques d’unité nationale (hier les députés réunis pour une photo historique) le débat public tourne, années après années, au pugilat politique. 

Cette fois, nous sommes entrés dans une sorte de concours de muscles et de « plus républicain que moi, tu meurs ». La droite veut changer la Constitution pour rappeler que les lois de la République sont au-dessus des lois religieuses. C’est déjà le cas à travers l’article premier : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. » Que souhaitez-vous ajouter à cela ? Rien mais la droite tente de donner le change et d’exister un peu plus à travers cet événement dramatique et barbare avec des solutions inutiles.

Marine Le Pen, elle, a changé de ton. Calme, posée, semblant maîtriser le sujet, elle souhaite un état d’urgence et d’exception pour lutter plus efficacement contre l’islamisme. Mais nous sommes déjà dans un dispositif d’exception depuis longtemps en matière de terrorisme. Que faire de plus ? Rien mais l’essentiel est de le dire, de peaufiner une nouvelle image de dirigeante républicaine, crédible et rassurante. Sa posture met un peu plus encore la droite sous l’éteignoir. Quant au gouvernement, il est placé dans un dilemme classique en pareil cas : en faire suffisamment sans en faire trop. Et nous sommes rapidement passés dans le trop. Mener des perquisitions tous azimuts s’était déjà révélé contre-productif en 2015 et François Hollande l’avait lui-même reconnu. Nous sommes dans un état de droit et interpeller une personne sans motif sérieux peut, à terme, faire sauter non seulement la garde à vue mais aussi la mise en examen pour vice de procédure. Et le remède s’avère pire sur le mal en ayant alerté des individus qui étaient déjà dans les radars et dont on attendait la faute. Vouloir interdire des associations, c’est bien, mais sur quelle base légale ? Prenons nous le risque d’être battus par un recours au tribunal administratif ? Et surtout , à qui s’attaque-t-on réellement ? À BarakaCity ou à ceux qui les financent ? Et quels sont nos autres liens commerciaux, industriels, économiques avec ces financeurs ? 

Dernier excès en date, la saillie de Gérald Darmanin sur les rayons hallal dans les supermarchés. Il a toujours été gêné, dit-il, par cette forme de communautarisme. Avant de se reprendre et d’expliquer, de manière vaseuse, qu’il trouve normal que l’on vende du hallal mais pas dans des rayons spécifiques. Évidemment, son explication de texte ne tient pas. Mais Darmanin n’est pas un idiot. Il envoie un message brut de décoffrage, à la population. Une forme de clin d’œil populiste qui, l’espère-t-il, trouvera preneur dans l’opinion. Une stratégie de dynamitage dangereuse, lorsqu’on la met en parallèle avec le calme olympien affiché par Le Pen. 

Voilà donc où nous en sommes avant cet hommage national : une course à l’échalote dans des solutions et des postures qui mènent à l’impasse. Reposons-nous avant tout la question des moyens. Prenons l’exemple de la plateforme numérique Pharos, celle justement sur laquelle la LICRA, a signalé , à 3 reprises en Août, le terroriste tchétchène qui ne cachait pas ses intentions sur Twitter. Il n’y a eu aucune suite, pas par nullité mais par submersion. En 2019, 27 personnes seulement, gendarmes et policiers, travaillaient pour Pharos. Pour 180.000 signalements !! Comment faire le tri, hiérarchiser les informations dans de pareilles conditions ? C’est impossible ! 

Parlons des moyens policiers, insuffisants dans des lieux ou l’islam radical fait son nid, bien souvent lié à la délinquance et au trafic de drogue. Remettre du bleu et des services publics dans ces lieux abandonnés peu à peu par la République, c’est l’urgence aussi. L’autre urgence touche au financement opaque des lieux de cultes. Il y 2500 lieux de cultes en France. Si les fidèles assurent une grande partie du financement, des pays comme la Turquie, l’Arabie Saoudite ou le Qatar financent également. De manière officielle et de manière privée également. Impossible bien souvent d’avoir la liste des donateurs privés. C’est à cela qu’il faut s’attaquer, comme au financement de certaines associations tout en aidant les autres, celles qui créent des valeurs, organisent la vie, encadrent , de manière républicaine, la jeunesse. Elles sont en train de disparaître, faute de financements et d’emplois aidés. Il faut recréer ce tissu bienveillant face à la malfaisance islamiste .

Dernier point essentiel : l’enseignement. Que va-t-on dire aux professeurs, après cet hommage national nécessaire ? Qu’on va faire garder les établissements ? Jusqu’à quand? ! Non, les professeurs ont besoin de protocoles clairs, de référents présents, d’un soutien absolu de leur hiérarchie et d’une mise à distance des parents d’élèves car au-delà de la barbarie qui s’est abattue sur Samuel Paty, les témoignages des profs évoquent souvent des parents d’élèves intrusifs, menaçants et peu coopératifs. Il faudra que l’Éducation nationale soit claire sur cette question et ne laisse plus un enseignant seul face aux menaces. Samuel Paty par exemple avait été porté plainte seul. C’est désormais inacceptable.

Au-delà de la démagogie et des mesures d’exception demandées, il vaudrait donc mieux travailler de manière ciblée, précise, et visser dans les moindres détails, là ou se cache généralement le diable. Pour exemple de ces détails, une seule question me vient : comment a t-on pu, à l’origine, accepter qu’une association, l’association Cheikh Yassine, porte le nom du chef emblématique des terroristes du Hamas ? Aurions-nous accepté une association Mussolini ou Bader ? Manque de culture ? Négligence ? Pas de vague ? Manque de moyens ? Ce fait résume à lui seul les maux que nous devons combattre, avec plus de sérieux et moins de communication.

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Cet article a 2 commentaires

  1. Emma

    Que dire la course à l’échalote des éditorialistes et journaliste des chaines en continue voir l’excellent article de l’excellent Samuel gontier dans Télérama.fr du 20 octobre (concours lepine de l’extrême droite) et accessible à partir du tweet de Gontier.
    Une bouffée d’air dans ce climat nauséabond mais aussi une sourde angoisse pour l’avenir.

  2. Sophie

    La LDH, la CGT la FSU, Harmon, Chassagne Jadot, Benbassa étaient à la manifestation après l’attaque de la mosquée de Bordeaux mais les charognards du PS au RN en passant par LREM ET LR tombent à bras raccourcis sur Melenchon et la FI.

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