Hommage à Samuel Paty, place de la République à Paris – Photo ©️ Daniel Perron
Hommage à Samuel Paty, place de la République à Paris – Photo ©️ Daniel Perron

Que peut-on espérer du débat furieux qui se noue depuis l’assassinat de Samuel Paty ? Rien. Nous sombrons dans une guerre qui s’annonce interminable, les uns accusant les autres d’être anti-Républicains ou islamophobes, au choix ! Voilà les deux seuls choix qu’on nous laisse : conspuer avec une facilité fainéante Jean Luc Mélenchon et la gauche ou s’attaquer et harceler Zineb El Rhazoui chaque fois qu’elle ouvre la bouche ! 
Je schématise à dessein car nous avons sombré, ce week-end, dans un manichéisme aussi affligeant qu’effroyable et les vautours politiques n’ont même pas eu la décence de respecter le deuil, le chagrin et nos esprits bouleversés. Ils ont attaqué, directement, sans nuance, sans sagesse, la sagesse ne signifiant pas la tiédeur et le renoncement. C’est insupportable. 

Et vous n’êtes pas un homme ou une femme politique digne de ce nom si vous n’avez pas prononcé au moins une fois en 48h le terme « islamogauchisme ». La grande affaire : la gauche aurait laissé faire et, en quelque sorte, « armé » l’assassinat, et en règle générale, tous les assassins djihadistes !

Certes, il y a eu des silences coupables, des compromis coupables mais ils ne sont pas du seul fait de la gauche. Si l’islamogauchisme existe, alors son jumeau, l’islamodroitisme, doit lui aussi exister ! Combien d’élus locaux de droite ont fait des compromis ? Qui a légitimé les courants les plus durs de l’islam en France, à part Nicolas Sarkozy, en 2003, lorsqu’il était ministre de l’Intérieur et a fait la part belle, au sein du CFCM (Conseil Français du Culte Musulman) aux branches les plus radicales de l’islam ? Cet acte à forte arrière-pensées électorale, pèse encore lourd aujourd’hui dans la balance et, même si la droite veut le faire oublier, il s’est retourné contre nous.

Et que dire de la politique arabe de la France, des contrats juteux que nous signons avec l’Arabie Saoudite, elle-même l’un des principaux donateurs pour la propagande mortifère islamiste sur notre territoire ? Quand cesserons-nous ce double jeu, qui fait semblant de taper d’une main et encaisse les chèques de l’autre. Je ne dédouane personne. Je voudrais juste que nous tentions de retrouver nos esprits et de réfléchir et agir avec sagesse, c’est à dire avec justesse. Sans nous laisser enfermer dans ces deux options. Oui, on peut détester le communautarisme, l’islamisme, le combattre pied à pied tout en continuant de dire que tous les musulmans ne sont pas des décapiteurs en puissance et, une fois cela dit, sans se faire traiter de nazislamiste ou de collabo. Oui, les attaques subies par Zineb El Rhazoui sont abjectes et surtout effrayantes pour sa vie, nous qui sommes les spectateurs engagés mais sans armes réelles, à part nos retweets mais oui tout citoyen a le droit de croire au ciel ou ailleurs et s’agenouiller dans une mosquée ne signifie pas égorger des chiens d’infidèles.

Oui, les sensibilités religieuses blessées peuvent se comprendre mais RIEN ne justifie la moindre agression. La liberté d’expression est absolue en France et rien ne saurait changer ce point. Oui nous sommes éternellement Charlie mais oui nous sommes heurtés de voir que bon nombre de ceux qui défendent le journal étaient les mêmes qui lui crachaient dessus et qui, aujourd’hui, sont ses plus ardents défenseurs. Se faire traiter de nazi par la fachosphère et ses satellites, voilà qui ne manque pas de sel.

La question est aujourd’hui de trouver un chemin commun pour sortir ensemble et par le haut de ce piège que nous tendent les Islamistes et leurs alliés objectifs, l’extrême droite. Est-ce en faisant des déclarations trop rapides sur l’interdiction de telle ou telle association, qui mériteraient d’être punies pour leur rôle tordu, ambiguë, délétère dans ce climat ? Mais sur quelles bases ? Est ce une démonstration de l’instant, épidermique , pour démontrer qu’on agit ? Sommes nous suffisamment solides sur le plan du droit pour légalement fermer ces associations sans risquer un recours qui nous ridiculiserait plus encore ? Par ailleurs , nous sommes dans un état de droit. Décider arbitrairement de fermer ces associations sans véritable motif légal, n’est-ce pas ouvrir la porte à d’autres interdictions ? Les chantres de la liberté se sont-ils posé la question ? Quelle machine sommes-nous en train de fabriquer ? Que des imams soient expulsés, comme des fichés S, ou que des mosquées prêchant la haine soient fermées, cela semble évident et aurait eu être fait encore plus tôt. Mais quid d’une association ? Ne soignons-nous pas le thermomètre plutôt que la fièvre ? Il faut reconquérir pied à pied ces quartiers. Ramener la jeunesse qui s’éloignent de la République dans notre giron avec pédagogie, persévérance et bienveillance, la véritable bienveillance, qui n’est pas la complaisance. Punir avec une extrême sévérité et déployer, en parallèle, tous les moyens humains et financiers pour cette reconquête. Remettre des services publics, des associations bienfaisantes, des éducateurs, donner tous les moyens au renseignement de travailler, encore et encore pour discerner ce qui passe encore à sous le radar.

L’assassinat de Samuel Paty a mis en lumière une mécanique infernale, faite de manipulation massive à travers les réseaux sociaux. L’assassin avait déjà été signalé sur les réseaux sociaux en Août et à plusieurs reprises. Il ne s’était rien passé. Là encore, inutile de raviver la  loi Avia. Elle ne sert à rien. Travaillons avec les hébergeurs et donnons les moyens aux enquêteurs de remonter très vite les fils de la haine.

Sans sagesse, sans justesse, nous ne sortirons pas de cet étau qui nous étouffe et tue le débat démocratique jour après jour.

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