Un samedi soir sur une plage du Sud. Les discothèques sont fermées. Comme toutes celles du littoral, cette paillote-là, plantée au cœur de la plus belle plage « textile » d’une station balnéaire réputée faire la part belle au naturisme, joue les prolongations à la belle étoile.

La musique résonne à deux kilomètres à la ronde. Il est 22 heures. Des flashs colorés déchirent discrètement le ciel bleu nuit, attirant les oiseaux de nuit à la recherche d’un spot sympa. Il faut faire environ 80 mètres de queue par le petit chemin de bois tracé sur le sable pour avoir le droit de pénétrer ce lieu où l’on fait bronzette le jour avec pause au restaurant et la fête le soir. Un panneau sagement planté en amont de l’entrée mentionne que le port du masque est obligatoire. Bien. Au fil des minutes, la file d’attente s’allonge et s’anime. Le flux d’arrivants est dûment et courtoisement contrôlé, les clients sont admis par grappes de deux, quatre, six, en fonction des sorties et des places assises disponibles à l’intérieur.

Personne ne porte de masque en dehors des serveurs

Une fois sur place, premier constat : en dehors du personnel, personne ne le porte, ce fameux masque. Pas étonnant : on est là, aussi, pour boire, et repositionner sur sa bouche la protection entre deux verres devient aléatoire après quelques cocktails latins bien dosés.
L’endroit est plein mais pas bondé, la circulation se fait sans encombre. Malgré cela, la distance recommandée entre deux personnes a comme fondu, de un mètre à… dix centimètres ou moins si affinités, sans doute parce que la musique est forte et qu’on est obligé de s’approcher pour se parler, sans mégoter sur les postillons. La tranche d’âge dominante : supposément la plus à l’abri de la pandémie. Il s’agit essentiellement de jeunes, même si quelques quadras et quinquas perdus se mêlent aux réjouissances.

Surprise : la piste de danse, dominée par une petite scène sur laquelle s’agite un guitariste qui enchaîne les tubes avec talent, déborde de gens heureux. Là, on se trémousse à un ou plusieurs, on s’agglutine volontiers, on saute en levant les bras, on chante on crie on rit collé-serré. Exactement comme si le coronavirus n’existait pas.

Aucun message de prévention n’a été diffusé entre les titres, ce qui aurait pourtant été parfaitement possible. Le résultat, c’est qu’ici comme partout où musique et alcool se consomment après une certaine heure, le SARS-CoV-2 a pu faire la java à son aise au milieu des fêtards jusqu’à l’heure de la fermeture, deux heures du matin en l’occurrence. À cette-heure là, les gestes barrières étaient allés se coucher depuis longtemps, pas la jeunesse qui avait encore soif de légèreté, loin de la pandémie et du spectre d’une deuxième vague.

« Il y a des formes graves y compris chez les jeunes »

Interrogé dimanche, le Professeur Éric Caumes, qui avait le premier appelé officiellement au confinement en mars, a confirmé clairement que l’épidémie frappait toutes les générations. « Il faut informer les jeunes correctement et leur dire qu’ils ne sont pas invulnérables », a alerté le chef du service infectiologie de la Pitié-Salpêtrière. « Il y a des formes graves y compris chez les jeunes. Ils peuvent se comporter comme ils veulent, ils prennent leurs responsabilités, mais il peut très bien y avoir des problèmes, car malheureusement on voit également des morts chez les gens jeunes, c’est beaucoup moins fréquent que chez les personnes âgées, mais ça existe ».

Alors, la fête, l’été, c’est chouette. Pas au point de finir en réa. Ou d’y envoyer mamie parce qu’on est porteur du coronavirus sans le savoir après une nuit d’ivresse au bord de l’eau. L’oublier est une tentation bien compréhensible. D’où la nécessité d’une communication claire à tous les niveaux, notamment en direction des jeunes.

Olivier Véran s’est adressé à eux, dimanche, à la une d’un quotidien national, pour les sensibiliser, c’est très bien. Mais il serait sûrement opportun, dans le même temps, de reconsidérer la diffusion en boucle de messages promotionnels d’alerte ciblant les 65 ans et plus. La vérité, c’est que tout le monde est à risque et que ce risque grandit en fonction de l’âge. Tout individu, quel que soit son âge, peut faire partie des pas chanceux pour lesquels l’affaire tournera mal. Voilà ce qu’il faudrait dire. Fichons la paix aux seniors, soyons tous et toutes concerné.e.s, le « jeune » n’est pas une espèce à part.

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Cet article a 1 commentaire

  1. Olivier Chauzu Fottorino

    Difficile de garder l’humour quand on évoque un sujet aussi sérieux. Bravo.

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