Olivier Véran au Sénat répond au message Nicolas Bedos « Vivre quitte à en mourir » - Montage Nos Lendemains.
Olivier Véran au Sénat répond au message Nicolas Bedos « Vivre quitte à en mourir » - Montage Nos Lendemains.

Nous sommes peut-être arrivés à un tournant en termes de gestion de l’épidémie de COVID en France. Alors que jusqu’ici, le gouvernement n’a pas été exempt de revirements, d’imprécisions, et s’est vu reprocher des incohérences, force est de constater que la politisation du débat sur le COVID était restée cantonnée à quelques responsables politiques. L’opinion, en trainant des pieds, voire en râlant, suivait vaille que vaille, la peur au ventre. Rien de comparable avec les débats enflammés qu’ont connu les Etats-Unis, ou encore l’Allemagne, par exemple.

Mais les dernières mesures imposées à Marseille, fustigées par les élus locaux, ont peut-être fait tomber quelques digues, désinhibé une partie de la population à qui la moutarde montait au nez – à tort ou à raison – depuis quelques temps.

Depuis quelques semaines, on sentait monter à bas bruit, dans l’opinion, une forme de mise à distance du discours officiel. Puis de ras le bol. Qui se transforme pour certains en refus.

Le consentement, chez certaines populations – notamment les jeunes, mais aussi les plus éduqués, on ne le souligne pas assez pourtant c’est assez flagrant dans les études d’opinion – se craquèle. D’un côté, certains n’en peuvent plus des incohérences et de mesures jugées insuffisamment strictes. De l’autre, de plus en plus de citoyens estiment que l’on « sacrifierait » certains pour sauver une petite minorité de personnes fragiles.

Débat insoluble, dialogue de sourd, qui prend le gouvernement en tenailles.

Sidération et peur aidant, le respect du confinement en France fut somme toute assez exemplaire. Mais l’on sent bien que la peur ne suffit plus, et de plus en plus de gens nous disent, dans les enquêtes, ne compter désormais que sur eux-mêmes – ou sur les relais de confiance de proximité, comme les médecins ou élus locaux – pour organiser la « vie avec le virus », et s’en sortir.

Dans un post Instagram très controversé, Nicolas Bedos vient de sonner la charge : « Arrêtez tout. TOUT. Les masques. Les confinements. Excepté face à vos parents très fragiles (quand ils le souhaitent (…) Vivons à fond, embrassons-nous, crevons, ayons de la fièvre, toussons, récupérons, la vie est une parenthèse trop courte pour se goûter à reculons ». Un post, en forme de provocation, parmi d’autres qui illustrent le fait que la société, au-delà des élus locaux qui pourraient être taxés d’instrumentalisation politicienne, est en train de se saisir du débat opposant sécurité sanitaire et liberté. Et que pour certains – mais combien ? sans doute une minorité, encore difficile à quantifier -, l’option consistant à minimiser au maximum le risque sanitaire ne correspondait pas à la société dans laquelle ils aimeraient vivre.

Au-delà de ce que l’on peut penser des opinions des uns et des autres, il faut espérer, dans l’intérêt de la vitalité démocratique de ce pays, que les représentants du peuple – oppositions, élus locaux – se saisissent désormais pleinement de ce débat, et que le gouvernement y soit ouvert. Car ces dernières années ont montré ce qu’il se passait lorsqu’on mettait un couvercle sur des colères et des frustrations – même minoritaires, même lorsqu’on peut les juger illégitimes… – : leur déversement désordonné dans la rue, ou leur transformation en actions sortant du cadre institutionnel classique.

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