Présentation du podcast de Christian Drosten par NDR Info la radio publique régionale du Nord de l'Allemagne.

Partisan d’une absolue transparence, le virologue allemand Christian Drosten a repris, hier, la diffusion de ses podcasts sur la pandémie de Coronavirus via la radio publique régionale NDR (Norddeutscher Rundfunk). Les émissions de l’homme qui murmure à l’oreille d’Angela Merkel font un carton depuis le début de la crise sanitaire : 50 épisodes publiés depuis le 26 février ont été visionnés plus de 60 millions de fois.

Âgé de 48 ans, le directeur de l’Institut de virologie de l’hôpital de la Charité à Berlin depuis 2017 était un inconnu avant l’entrée en scène planétaire du Coronavirus Sars-CoV-2. Il a été le seul en Europe à le voir arriver de loin. Il avait alerté en janvier et recommandé aux Allemands de se préparer à un combat inédit. Créateur du premier test PCR, Drosten l’a rendu immédiatement accessible dans le monde entier, il a d’ailleurs tweeté la nouvelle dès le 23 janvier. Il a annoncé dès le début de l’année, alors qu’en Allemagne seuls quelques patients rentrés de leurs vacances au ski en Autriche étaient infectés (et que la France ne voyait pas de raison de s’alarmer), la contamination de 60 à 70 % de la population allemande dans deux ans à venir.

Avec tout ça, Drosten, propulsé sous les projecteurs alors qu’il œuvrait dans l’ombre depuis longtemps (il est à l’origine avec un autre chercheur du test de diagnostic du Sras en avril 2003), ne s’est pas fait que des amis. Son statut de quasi star a horripilé certains de ses confrères. Réservé, au mois d’avril, sur un assouplissement prématuré du confinement en Allemagne par crainte d’une « deuxième vague », Monsieur « Mauvaises nouvelles » s’est attiré les foudres des conspirationnistes, notamment lorsque son équipe a sorti une étude selon laquelle les enfants étaient aussi contagieux que les adultes.

Menacé de mort après son étude sur les enfants aussi contagieux que les adultes

Ces travaux, publiés en plein débat sur la réouverture des écoles en Allemagne, lui ont valu une passe d’armes sérieuse avec le tabloïd « Bild », qui a qualifié l’étude de « grossièrement fausse », invoquant les critiques émises par plusieurs scientifiques, lesquels ont ensuite assuré n’avoir jamais été contactés par le journal. Selon Der Spiegel, c’est sa fonction de conseil auprès de Merkel qui a valu à Drosten d’être la cible de ceux « qui ne voient pas en lui en premier lieu un scientifique, mais un adversaire politique qui doit être attaqué ».

Au plus fort d’un débat ultra violent en Allemagne, le scientifique a essuyé une campagne d’affichage visant à le discréditer, avec son visage à côté de celui de Josef Mengele, le médecin nazi. Et en légende : « Fais-moi confiance, je suis médecin ». Enfin, le virologue a confié avoir été l’objet de menaces de mort et avoir reçu le 26 mai un paquet avec un échantillon de sang prétendument positif au Covid-19 accompagné du message : « Bois ça – Tu seras immunisé comme ça ». Tchin.

La quarantaine de 5 jours, « une thèse abrupte » selon Drosten lui-même

Cette joyeuse ambiance n’a pas découragé Christian Drosten qui, après une courte pause estivale, a donc repris ses podcasts, le 1er septembre. Il ne les assurera désormais que tous les quinze jours, en alternance avec la virologue de Francfort Sandra Ciesek.

La nouveauté, c’est que l’expert allemand préconise un raccourcissement de la période de quarantaine de 14… à 5 jours pour les suspicions de cas positifs au coronavirus. Les patients potentiellement infectés ne seraient pas testés avant d’être placés cinq jours en isolement, ce qui permettrait de ne pas gaspiller de tests, mais implique une période courte. « C’est, disons, une thèse abrupte selon laquelle on dit qu’après cinq jours, l’infectiosité est en fait terminée », a commenté Drosten. Ce souci d’économie de tests et cette stratégie sont à mettre en parallèle avec l’appel récent du virologue allemand en faveur de l’arrêt des dépistages gratuits sur les voyageurs dans les aéroports, les réactifs commençant à manquer pour les tests sur les soignants et dans les Ehpad. Cet été, Drosten a œuvré avec ses équipes à la recherche d’un test qui serait réalisable plus rapidement. Pas facile selon lui. « Il y a un gros processus de réglementation derrière cela, tout doit être conforme à la loi.» Le virologue a précisé que l’important travail pratique de fond réalisé serait déterminant à l’automne.

Les personnes qui ont survécu à la Covid-19 sont protégées

Il n’y a pas eu de découverte majeure sur le coronavirus durant ces dernières semaines, assure Drosten. Au contraire, les études menées ont corroboré ce qui avait déjà été observé. Les récents cas de réinfection mis au jour, notamment par des universitaires japonais, sont selon lui trop rares à ce stade pour être significatifs : « Pour le moment, il est difficile de dire combien de patients cela affectera ». D’après l’Allemand, critique sur la publicité faite à ces travaux, cela n’aura, sur le plan épidémique, pas de conséquence sur la propagation du virus. Surtout, ces découvertes ne signifient absolument pas qu’un éventuel vaccin ne fonctionnera pas.

Concernant une immunité éventuelle des personnes déjà infectées, le virologue allemand est d’ailleurs plutôt optimiste. Selon lui, celles qui ont survécu à la Covid-19 sont protégées contre la maladie, au moins pour la période de la pandémie actuelle : « Je suis très confiant à ce sujet ». Dans des cas exceptionnels, un contact renouvelé avec le virus pourrait conduire à une nouvelle infection superficielle, dit-il, mais cela ne devrait pas entraîner de pneumonies sévères. Christian Drosten pense qu’en raison de la concentration de virus plus faible dans de tels cas, les chaînes d’infection ne devraient plus se développer. Une lueur d’espoir dans un océan d’incertitudes.

Partagez cet article :

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

Nos dernières publications :

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.