Adriano Olivetti à Venise en 1957.

Adriano Olivetti est mort trop jeune, à 58 ans, brutalement, sans avoir pu parachever son œuvre. Son utopie réalisée, il n’aura pas pu l’imposer au-delà de l’Italie. Peu connu en France, son travail, sa vision ont fait l’objet de dizaines de thèses en Italie. Et c’est normal, car son modèle, unique, n’a jamais été dupliqué. Le temps est donc peut être enfin venu de retracer cette histoire industrielle et sociale, hors du commun.

Lorsque Adriano Olivetti succède à son père dans les années 30, Olivetti est déjà l’une des entreprises les plus florissantes d’Italie. En 30 ans, l’héritier va faire de la société familiale, créée à Ivrée, splendide ville du piémont italien, l’un des plus grands groupes de produits de bureaux au monde. Bien sûr, l’exploit est dû aux ingénieurs et aux designers, qui, avant Apple, ont compris l’importance de la technologie alliée au design italien le plus original.

Mais ce triomphe est avant tout lié à l’état d’esprit et la vision d’Adriano.

Il commence d’abord par étudier le modèle industriel américain et visite, notamment les usines Ford à Détroit. Il aurait plu se contenter d’appliquer ce nouveau modèle, basé sur l’organisation et la cadence mais il ressent qu’il manque un aspect : le bien être des travailleurs, leur participation totale au développement de l’entreprise.

Il décide alors de rentrer en Italie et de réorganiser la production et l’approche sociale, notamment sur le temps de travail et la hausse des salaires.

Il a déjà compris que le succès repose au-delà de la qualité du produit, sur le bien-être et l’engagement des ouvriers. Il demande d’abord à tous les corps de métier de s’impliquer dans les projets. Ensuite, il développe son idée du « personnalisme », c’est à dire la volonté, dans toute tache, de mettre la personne humaine au cœur, et non plus l’homme au service de la machine.

L’émancipation des ouvriers, le credo d’Adriano Olivetti

Lorsqu’il était jeune, il avait visité les ateliers avec son père, et avait vu à quel point la condition ouvrière était difficile, physiquement et moralement. Il décide alors d’aller plus loin que quiconque dans ce domaine. Il transforme son usine mère d’Ivrée, de manière à la rendre plus humaine, plus facile à vivre pour les employés. Il crée également une usine modèle à Pouzzoles, sur la baie de Naples, dans laquelle tous les ateliers, par exemple, ont vu sur la mer et sont baignés par la lumière naturelle, afin, dit-il dans le discours d’inauguration de cette unité de production, d’apporter du réconfort à l’inconfort quotidien de la condition d’ouvrier.

À ces actions purement industrielles, il décide de travailler à l’émancipation de ses salariés. Il leur propose plusieurs services, tels que la bibliothèque des conférences, des activités culturelles, des cours du soirs, et bien sûr toutes les assistances sociales.

Mais contrairement au paternalisme des « maîtres de forges », Adriano Olivetti ne veut pas aliéner ses salariés par un loyer qu’il paye, une sécurité sociale ou une aide médicale, une aliénation qui peut s’apparenter à une forme d’esclavage moderne. Bien au contraire, l’émancipation sera son utopie réalisée. Tout mettre en œuvre pour permettre à chacun de s’élever dans l’entreprise mais personnellement, humainement, intellectuellement.

Adriano Olivetti, entrepreneur visionnaire, ne se trompera pas non plus politiquement. Alors que la plupart des grandes entreprises italiennes cèdent au chant du fascisme mussolinien, il s’y oppose totalement. Il milite contre le Duce, soutien les prisonniers politiques. Le régime émet un mandat d’arrêt contre lui, l’obligeant à se réfugier en Suisse avant de revenir pour diriger à nouveau son entreprise.

Jusqu’à sa mort prématurée en 1960, il travaillera politiquement à l’unité de la gauche, des libéraux, de l’Italie du nord et l’Italie du sud. Un idéal qu’il appelle la « communauté » et qui mourra avec lui.

À sa mort, l’entreprise Olivetti est présente dans le monde entier et emploie 36.000 personnes. Une réussite industrielle remarquable doublée d’une réussite sociale inédite.

Aujourd’hui, ce modèle Olivetti mérite qu’on le regarde avec intérêt car, dans ce chaos qui s’annonce après la pandémie, la clé de la résilience et du nouveau départ se trouve certainement dans la manière d’aborder le rôle du salarié, qui reste le trésor de chaque entreprise.

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