Elisabeth Borne à la cérémonie de passation de pouvoir à Matignon avec Jean Castex - capture video.

Finalement, point de Vautrin à Matignon. Ouf. Même si c’est dommage pour le spectacle. Le scénario qui aurait mis en scène une anti mariage pour tous sarkozyste aux commandes d’une majorité notamment composée de transfuges du Parti socialiste aurait offert une sorte d’apogée du « en même temps ». Avant la « renaissance » précoce du parti présidentiel en bas âge. Ce ni droite ni gauche caméléon tout sauf progressiste, étranger à l’humanisme social, peu regardant sur la justice et sur le droit (notamment constitutionnel), ami de l’opportunisme individualiste affranchi de toute conviction, distribue aujourd’hui aux Français de la « bienveillance » logomachique à foison sans rigoler. Alors qu’ils l’ont vu à l’œuvre. Et qu’il est dorénavant, par exemple, possible en France de licencier sans cause réelle et sérieuse à moindre frais puisque la cour de Cassation vient de valider le barème dit « Macron », l’une des mesures phares de la loi Travail, instaurée dès 2017, qui plafonne les indemnités, mais que les juges avaient, depuis cinq ans, contournée si besoin, via une évaluation du préjudice causé aux salariés au cas par cas, désormais écartée.

Cette décision passe crème. Comme tout le reste. Globalement, l’agression russe a dispensé le président sortant de rendre des comptes. Le candidat Macron n’a pas eu le temps, entre deux coups de fil à Poutine ou Zelenski, avec en bonus lâchers de photos de lui-même à cran, pas rasé, en jogging à capuche floqué CPA 10, unité d’élite de l’armée de l’air. Conséquence : tout le monde oublie que le chef de l’État réinvesti n’a rien vu venir durant cinq ans. Ni la pandémie, ni la guerre en Ukraine. Ni Benalla, son conseiller sécurité en cheville avec un oligarque russe. Le Président a également sous-estimé et méprisé le mouvement des Gilet jaunes avant d’être contraint de reculer piteusement. Ces erreurs ont coûté très cher au pays. En millions d’euros. En vies humaines et en destins brisés. On attendait donc l’heure des comptes, la facture totale d’un manque de vista jusque-là inédit au sommet de l’État. Elles ne sont jamais venues. 

Réélu par défaut après tout ça malgré les casseroles judiciaires de ses soutiens, parce qu’il fallait encore choisir entre lui et une extrême droite dopée par son mandat, Macron 2 a déjà éludé que les électeurs de gauche lui avaient à nouveau sauvé la mise. Il peut désormais compter sur le travail de sape assidu de l’info en continu pour démolir et discréditer la Nouvelle union écologique et sociale, seule alternative au macronisme. La Nupes est l’invitée surprise d’un troisième tour qui aura bel et bien lieu, n’en déplaise au Président. Les législatives sont même porteuses d’un enjeu majeur vu les intentions d’ores et déjà affichées par l’exécutif, comme repousser un peu plus l’âge légal de départ à la retraite, à 64 ans au mieux.
Dans ce décor médiatico-politique confus qui fait l’impasse sur l’essentiel, le joker Élisabeth Borne a donc obtenu le poste. Certains éditorialistes zélés, qui chouchoutent l’Élysée en boucle contre vents et marées populaires, ont cru voir dans cette nomination un « marqueur à gauche ». La bonne blague. L’ancienne ministre du Transport, puis de la Transition écologique et enfin du Travail, est  certes une femme, archi bosseuse et méritante. Mais extrême macroniste. Super technocrate. Jamais élue jusque-là, toujours nommée. Capable d’imposer la réforme de l’Assurance chômage contre l’avis de l’ensemble des syndicats, dont la CFDT de Laurent Berger, pourtant réputée constructive. 

Lundi soir, la nouvelle Première ministre, « catéchumène du néo-libéralisme » et « parmi les figures les plus dures de la maltraitance sociale » selon Jean-Luc Mélenchon qui se verrait bien lui succéder, a fait pleurer la télé connivente. Élisabeth Borne a dédié sa promo à toutes les petites filles, les conviant à aller au bout de leurs rêves, comme elle, comme d’autres femmes au parcours techno-ascensionnel remarquable. Il ne faudrait pas qu’à force les petits garçons se sentent lésés. Il ne faudrait pas non plus que l’accession au pouvoir par le travail devienne LE schéma onirique imposé aux enfants, au détriment d’options qui promeuvent la fantaisie et le bien-être improductif. Loin de la start-up nation et de sa novlangue, qui creusent le fossé entre la caste des hors sol et le reste du monde.

Partagez cet article :

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

Nos dernières publications :

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.