Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, invité d'Europe1, ce 22 mai 2020.

Au secours ! Revoilà le croquemitaine. Après la crise du Coronavirus, c’est la crise économique qui va nous manger tout cru. Et ce matin, c’est le croquemitaine a pris le visage de Bruno Le Maire. Interview dans Le Figaro, Matinale sur Europe 1 et des messages plus anxiogènes les uns que les autres : « Renault joue sa survie », « Oui, Renault peut disparaître », « Il y aura des faillites » et « des licenciements » titrent les journaux.

Si un discours anxiogène avait un sens prophylactique lorsqu’il s’agissait pour le gouvernement d’alerter sur le danger, nouveau, du coronavirus et de convaincre de rester chez soi, on se demande bien à quoi sert ce discours de peur en matière économique, au moment du déconfinement. Comme si les Français pouvaient ignorer que les temps vont être difficile. Ce discours du « sang et des larmes » a-t-il seulement un sens en matière de politique économique ?

Si l’objectif est la reprise et le redémarrage de l’économie, alors le message de Bruno Le Maire est un non-sens total, un « crime » contre la croissance. Là où une dirigeante avisée comme la première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern propose des voies et moyens pour redonner confiance et de réenclencher la consommation et l’activité qui va avec, Bruno Le Maire donne lui le sentiment inverse. Là où le ministre devrait rassurer, le message envoyé est « tous aux abris » !

Après ces messages alarmistes, qui va vouloir acheter une voiture et dépenser cet été ? Ce message relève de la prédiction auto-réalisatrice comme il en existe souvent en économie. Annoncer le pire est alors le meilleur moyen de le faire advenir. Quel contre-pied par rapport aux mesures annoncées lors du confinement avec le chômage partiel et les prêts garantis. Les mots du président Emmanuel Macron étaient alors simples, clairs et rassurants : « quoi qu’il en coûte ». Et patatras voilà Bruno Le Maire transformé en Dr Frankenstein, créateur d’un monstre qui va se retourner contre lui, contre nous.

On pourrait se perdre en conjecture sur les raisons de ces sorties. Bruno Le Maire est un animal politique. Son discours ne doit rien au hasard. Il sait très bien que lorsqu’il dit dans son interview au Figaro « je suis confiant. L’industrie repart, les entreprises de construction devraient tourner à 60 % de leur activité normale fin mai » et quelques paragraphes plus loin « Renault joue sa survie », c’est cette dernière alarme qui restera.

On a donc bien du mal à croire que c’est bien le ministre de l’Économie qui s’exprime ce matin. J’entends par là, le ministre en charge de l’intérêt général. En effet, il semble bien que cette expression sert les intérêts des milieux patronaux et ultra-libéraux qui voient dans cette crise l’opportunité d’accélérer leur agenda. Quoi de plus efficace que la peur du lendemain et la menace à l’emploi pour faire accepter la suppression des 35h, les baisses de cotisations et la réduction du rôle l’Etat ? D’ailleurs lorsque Le Figaro interroge Bruno Le Maire à propos du débat « sur la hausse du temps de travail ? » sa réponse est pour le moins laconique :
« La question des prochains mois sera de travailler tous. Ce sera un défi considérable. »

Nous l’écrivions dans la foulée de la lutte contre le coronavirus s’engage une lutte des classes impitoyable. Cette fuite sur la possibilité de voir Renault fermer des 4 usines en France est à replacer dans ce contexte. Une menace à l’emploi de la part d’une des plus grandes entreprises françaises. A peine Bruno Le Maire explique-t-il qu’il n’a pas signé le prêt pourtant annoncé de 5 milliards d’euros à Renault et qu’il exige des contreparties. Mais en ne dénonçant pas clairement cette menace et ce chantage à l’emploi, voire en enfourchant le même discours anxiogène de ceux qui veulent profiter de la crise, Bruno Le Maire donne l’impression d’avoir choisi son camp, celui des plus riches qui cherchent à l’être encore plus, contre l’immense majorité des Français qui vont pâtir de la situation. Le rôle du ministre devrait le conduire à chercher les moyens de rassurer, de faire contrepoids face aux forces qui tentent d’arracher toujours plus. Las, il échoue avec un discours dont on ne retiendra que « Renault peut mourir ».

Mais si on a peine à croire que c’est le ministre de l’Économie qui s’exprime ainsi, c’est surement parce que c’est le candidat à Matignon que l’on a entendu. En répondant à minima aux forces qui menacent pour obtenir toujours plus de l’État, le ministre avance ses pions en donnant des gages sur sa droite et dans les milieux économiques qui ont fait l’élection d’Emmanuel Macron.
Et puis ressortir le discours du « sang et des larmes », c’est toujours se mettre un peu dans la peau de Churchill, le premier Ministre emblématique des temps de guerre. Mais n’est pas Churchill qui veut. Déjà, Emmanuel Macron, en cherchant très maladroitement à enfiler la vareuse du Général de Gaulle, s’est vu remettre à sa place par un Xavier Bertrand plus malin et plus en phase avec une opinion qui n’est pas dupe. Il n’est pas certain que cette expression en plein week-end de l’Ascension et à contrepied du discours optimiste du même Emmanuel Macron serve les desseins de l’ambitieux.

Les Français voient clair. Et c’est toujours une erreur de ne pas faire appel à leur intelligence.

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