Jean Castex - Déclaration de Politique générale à l'Assemblée nationale, le 15 juillet 2020.

Il fut un temps où le symbole politique venait couronner et donner sens à une action publique, comme une cerise sur le gâteau.
Un temps où les mots amplifiaient les actes.
Où les images permettaient d’ancrer plus profondément dans les esprits des intentions, une vision, une action politique.

Désormais, le symbole masque bien souvent l’absence d’actes, les envolées lyriques cherchent à compenser les insuffisances de l’action publique, et le choc des photos sert à entretenir une impression de mouvement, là où trop souvent il n’y a qu’enlisement. L’alternance ressemble trop au statu quo. Les lois votées ne semblent guère trouver d’autre traduction concrète que les mots imprimés au Journal Officiel.

Bref : l’inflation de la communication politique est allée de pair avec l’enlisement de l’action publique. Celle-ci a de multiples causes. Manque de volonté politique parfois. Incompétence, aussi. Trahison des promesses, de temps en temps. Mais il est une cause que l’on souligne trop peu, au regard de sa part réelle de responsabilité : l’enlisement administratif. La lourdeur des procédures. Le poids de la haute administration. L’opacité du système sensé traduire une décision politique en réalité concrète est telle qu’il est souvent bien difficile de saisir pourquoi, à quel moment, à cause de qui, telle ou telle loi votée a été tuée dans l’œuf.

Comme l’a dit le Premier ministre lui-même dans sa déclaration de politique générale « l’intendance ne suit plus » depuis bien longtemps.
On ne soulignera jamais assez combien ce passage du discours de Jean Castex était important.
Important, pour ce qu’il sous-entend sur la politique menée depuis trois ans. Rappelons qu’Emmanuel Macron s’était donné pour mission de bousculer l’administration, et en particulier la haute administration à laquelle il reprochait de bénéficier de « privilèges d’un autre temps » et de ne pas être suffisamment volontaire et efficace dans la mise en œuvre des décisions politiques. Si « l’intendance ne suit plus », c’est donc le signe qu’Emmanuel Macron n’aura pas voulu, pas su, pas pu, bousculer la chaine administrative dont la mission est pourtant de traduire la volonté politique – les décisions votées par les représentants du peuple – en actes.
Important, ce constat l’était aussi parce qu’il fut assorti d’un acte symbolique très fort. Un acte qui n’évoquera rien à la plupart des Français, mais qui à ce stade est sans doute l’acte le plus important du nouveau Premier ministre : se débarrasser du Secrétaire général du gouvernement, ce « vice-premier ministre » non élu mais dont le pouvoir dans notre démocratie peut-être démesuré.

À lui seul – et sans juger ici les compétences dudit Secrétaire général – cet acte laisse espérer que le constat Macroniste sur les dysfonctionnements de l’administration pourrait enfin se traduire en réformes réelles. Les axes de réflexion existent depuis longtemps. Il y a six mois encore, un rapport sur la « suppression » (plutôt une réforme profonde, en réalité) de l’ENA était rendu à Édouard Philippe. Jusqu’ici, seule la volonté politique a manqué. Peut-être l’a-t-on enfin retrouvée… ?

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