Point presse du Premier ministre Jean Castex à Dijon - capture Nos Lendemains.

On ne voit qu’eux. On n’entend qu’eux. Avant même son discours de politique générale, qui, contrairement à ce qu’il avait annoncé, attendra que le président de la République se soit exprimé le 14 juillet, le Premier ministre occupe le terrain médiatique depuis sa nomination, avec le renfort de la doublette Éric Dupond-Moretti-Gérald Darmanin.

Castex et les nouvelles stars du gouvernement saturent le petit écran. Le ballet, entamé dès vendredi dernier en solo par le Premier ministre, fraîchement nommé, au JT 20 heures de TF1, s’est poursuivi ce week-end et a redoublé de rythme après l’annonce du gouvernement, lundi, puis les passations de pouvoir, qui n’ont pas été exemplaires côté gestes barrières, mardi.

Le nouveau Ministre de la Justice escorté d’une nuée de caméras, s’offrait le soir même une visite à Fresnes. Au même moment, surgissait sur les réseaux sociaux une vidéo embarrassante de l’ex-avocat jurant qu’il n’accepterait jamais d’être garde des Sceaux. Il y a deux ans et non dix ou quinze comme il l’a affirmé plus tard devant les députés. Léger bug côté com, vite oublié.

Gérald Darmanin qui, lui, n’a jamais promis à personne qu’il n’irait pas à Beauvau au contraire, a filé, dès mardi soir également,  à Port-Sainte-Marie, dans le Lot-et-Garonne, où un hommage était rendu à Mélanie Lemée, la gendarme tuée par un chauffard samedi dernier.

Mercredi, on n’a pas quitté Jean Castex, dont c’était le baptême du feu à l’Assemblée nationale puis au Sénat. On aura remarqué, et on en a parfaitement le droit, qu’il se répète souvent et se montre assez généreux côté décibels, comme s’il parlait à des Anglais qui comprennent mal le français, c’est ce qui frappe davantage que son accent. Sur le fond, tous ses mots, ses phrases, ses faits et gestes ont été scrutés, diffusés en boucle et abondamment commentés, rarement de façon critique.

Par exemple quand le prétendu champion du dialogue social a déclaré plusieurs fois devant les sénateurs que « refuser de parler des retraites serait irresponsable ». Ce qui revenait à cibler les partenaires sociaux, opposés en bloc à une reprise des discussions. Eux considèrent d’une seule voix, organisations patronales comprises, qu’à l’inverse, rouvrir dès cet été le dossier explosif des retraites serait « irresponsable ». Ils n’ont pas dit autre chose au Premier ministre jeudi, lorsque qu’il les a reçus. Ils n’en démordent toujours pas, et ne manquent pas de faire valoir que ne pas prendre en compte leur avis unanime serait un très mauvais signal donné par Castex sur la capacité d’écoute dont il se prévaut.

Point d’orgue de cette semaine médiatique dense : vendredi matin. À Dijon, où le quartier des Grésilles avait été le théâtre de plusieurs soirées de violences autour du 12 juin. Le Premier ministre est venu chouchouter les forces de l’ordre, leur annonçant le renfort d’une vingtaine d’effectifs à la rentrée.

Il a passé la matinée dans le coin, d’abord à l’hôtel de police, puis à la rencontre des associations, enfin à l’hôtel de ville. On a pu suivre intégralement le PM en balade, sur au moins trois chaînes. Une vraie cure de télé-réalité politique pour les Français fans d’info en continu.

Un habitant a expliqué à Jean Castex que la population locale s’était retrouvée seule et abandonnée pendant 72 heures au cœur du chaos et a recommandé aux autorités, pour être audibles, de reconnaître un « dysfonctionnement ». Le Premier ministre a botté en touche et affirmé qu’il serait intraitable dans l’avenir, ce qui ne mange pas de pain. C’est la limite de l’exercice. Elle n’est apparue que furtivement dans ce plan com’ bien huilé, supposé véhiculer un message : « L’autorité de l’État est de retour ».  Pour le faire passer cinq sur cinq, que les Français comprennent bien bien bien, le Premier ministre s’est fendu, en prime, d’une déclaration à l’issue de cette visite. Sans répondre aux questions.

La com’ à fond aussi est de retour. Les confidences de Brigitte Macron à France Info parlant de son influence ou non sur son gentil mari, en bonus et en parallèle à la promenade sécuritaire du Premier ministre vendredi matin (la troisième sur ce thème), rendent le tout un peu trop voyant, voire indigeste.

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