Jean Castex à Matignon à l'issue de la réunion de concertation sur les retraites, le 17 juillet 2020 - Capture TV.
Jean Castex à Matignon à l'issue de la réunion de concertation sur les retraites, le 17 juillet 2020 - Capture TV.

À l’issue de la rencontre entre Jean Castex et les partenaires sociaux ce matin, tout le monde était content. C’est assez rare pour être souligné. D’autant qu’on pouvait secréter quelques doutes sur la volonté réelle de dialogue social revendiquée par le Premier ministre. Jean Castex n’a cessé de rappeler depuis sa nomination à Matignon, notamment à l’Assemblée nationale et au Sénat, que la concertation sur la réforme des retraites devait reprendre « dès cet été », conformément à la volonté du président de la République. Le chef du Gouvernement avait même déclaré qu’il serait « irresponsable » de refuser de parler des retraites.

Sans préjuger ce que donneront au final les négociations sur cette réforme, Emmanuel Macron ayant une obligation de résultat pour aborder une éventuelle campagne présidentielle en vue de 2022, il semble que l’exécutif ait compris qu’il était urgent… de ne pas contrarier les partenaires sociaux. Une fois n’est pas coutume, ceux-ci peuvent aujourd’hui nourrir le sentiment d’avoir été entendus.

La vraie bonne nouvelle, pour tous les Français déjà touchés par la crise et pour tous ceux qui le seront dans l’avenir, c’est le report de l’entrée en vigueur de la réforme de l’assurance-chômage, qui va avoir un impact immédiat sur leur quotidien. « Nous la mènerons à terme, a précisé Jean Castex, mais nous avons, parce que nous sommes pragmatiques, décidé de l’adapter aux circonstances présentes et donc d’en décaler la date d’entrée en vigueur ». Mieux, les mesures qui avaient été introduites le 1er novembre dernier sont suspendues au moins jusqu’à l’année prochaine. Pour ouvrir des droits au régime d’assurance-chômage, il sera donc suffisant d’avoir travaillé quatre mois sur les 28 derniers mois, et non plus six mois sur les 24 derniers mois. Une décision saluée par Philippe Martinez, qui a fait part de sa satisfaction, « même si la vigilance reste de mise ». Et même si les syndicats demandaient l’abandon pur et simple de cette réforme socialement et humainement dévastatrice.

Concernant celle des retraites, que tout le monde s’accorde à voir comme un chiffon rouge, là aussi l’exécutif a sérieusement mis de l’eau dans son vin, dans l’immédiat du moins, et le calendrier est revu. Les discussions pour la création d’un régime universel ne devraient pas reprendre avant 2021. « L’instauration d’un nouveau régime de retraite sera maintenu, a néanmoins signalé le Premier ministre, mais nous lui appliquerons une nouvelle méthode en distinguant le caractère structurel de la réforme et en reprenant la concertation dans les mois à venir ».  Conformément à ce qu’avait souhaité le Medef, Jean Castex saisira de nouveau le Conseil d’orientation des retraites (COR) à la rentrée afin d’évaluer la situation financière des régimes actuels en distinguant la partie liée à la crise en cours du déficit structurel. « Nous prendrons les décisions qui s’imposent pour la sauvegarde de notre régime de protection sociale », a prévenu le Premier ministre. Wait and see, donc.

« On a clairement constaté une volonté de dialogue du Premier ministre aujourd’hui », a indiqué Laurent Berger. « Ça correspond à notre volonté de ne pas faire du sujet des retraites un sujet de l’été et de l’automne, mais plutôt se laisser le temps du diagnostic pour voir d’abord comment on aura été capable de répondre ou non aux enjeux de lutte contre le chômage, de maintien de l’emploi, de lutte contre la paupérisation, avec une priorité mise en direction des jeunes ». Le leader de la CFDT estime que « la priorité est placée au bon endroit en termes d’objectif et de calendrier, à savoir l’emploi, l’emploi, l’emploi ».

Sur le fond, les positions ne varient pas. « Le gouvernement maintient que l’idée d’un système universel plus juste est bonne idée, nous maintenons que cela doit être abandonné », a pondéré Yves Veyrier, histoire de rappeler que les divergences résisteront au temps, même si le secrétaire général de FO a noté un « changement de ton » : « On est parti sur un bon pied ».

Avis partagé par le président de la CFE-CGC, qui va encore plus loin : « Il semble que quelque chose soit en train de changer dans la méthode du gouvernement », a confié François Hommeril. « En détendant les calendriers, cela permet d’éviter les sujets qui fâchent », résume le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux. Les divergences n’ont pas disparu, et le torchon risque à nouveau de brûler, mais les syndicats, qu’Emmanuel Macron a snobés pendant trois ans de mandat, sont en quelque sorte réhabilités dans leur rôle de corps intermédiaires. C’est aussi l’intérêt politique du président de la République s’il ne veut pas que le pays sombre à nouveau dans le désordre.

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Cet article a 1 commentaire

  1. Hourcade Patrick

    Réhabilitation des syndicats dialogue social respectueux opération de séduction pour la présidentielle de 2022 ce gouvernement et Macron mènerons ces réformes contre nous à terme

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