« La santé n’a pas de prix. Le gouvernement mobilisera tous les moyens financiers nécessaires pour porter assistance, pour prendre en charge les malades, pour sauver des vies. Quoi qu’il en coûte ». Quand le 12 mars, en pleine vague de Covid19 Emmanuel Macron lançait cette phrase solennelle, chacun s’est pris à espérer une inflexion sociale de la part d’un président marqué par son tropisme libéral. Et, en effet, cet engagement a été suivi d’effet. Des milliards d’euros ont plu sur la France : pour les entreprises, les salariés, les hôpitaux, les malades. Le tout, dans un consensus politique général, au vu de la situation du pays. Il en était fini de cette époque pas si lointaine où les 3 milliards d’euros manquant dans les caisses de retraite allaient obliger les Français à travailleurs plus, plus longtemps… Pour gagner moins.

Six mois plus tard, l’espérance keynésienne se heurte au rocher pointu d’une commission ad hoc chargée d’évaluer le trou des finances publiques marquée par une dette abyssale. La commission sur l’avenir des finances publiques présidée par l’ancien ministre centriste, Jean Arthuis (gage donné aux tenants de l’austérité), se voit attribuer trois objectifs, par le Premier ministre Jean Castex : Concevoir un objectif d’assainissement des finances publiques, rendre plus lisible les règles de gestion des finances publiques, élaborer un plan de règlement de la dette publique accumulée en contexte d’épidémie. Parmi les membres éminents de cette commission, quelques noms prouvant l’inflexion gestionnaire du président de la République : Marisol Touraine, ancienne ministre de la Santé, Laurence Parisot, ancienne présidente du Medef, Augustin de Romanet, PDG d’ADP… Aucun syndicaliste à l’horizon susceptible d’équilibrer une équipe cohérente dans sa dimension classique.

« Contrôle des dépenses », « logique de désendettement », « privatisation »

Les grincheux auraient pu dire : « Quand on veut tuer un projet, on crée une commission ». Sauf qu’ici le projet consiste à anéantir méthodiquement la promesse du « quoi qu’il en coûte » par le président de la République. Pour ce faire, il suffit de se pencher sur le champ lexical qui entoure la constitution de cette commission sur l’avenir de la dette publique : Contrôle des dépenses publiques, logique de désendettement, économie et gestion, délestement par la privatisation, mauvaise dette. Autant d’expressions qui visent à alerter les Français sur nos lendemains pas très enchanteurs, après une période de pandémie insoutenable… Faire boire le calice jusqu’à la lie. Une commission mise en branle en même temps qu’une relance du projet de réforme des retraites honni par les syndicats, et conçu pour rééquilibrer les caisses, en repoussant l’âge légal de la retraite.

Un mélange des genres entre dettes des organismes sociaux et dettes d’État qui insupporte y compris le très conciliant secrétaire général de CFDT, Laurent Berger sur BFMTV: « Ce n’est pas du tout un sujet corrélé à la dette publique, la question des retraites c’est la dette sociale. Elle est liée au fait qu’il y a eu moins de rentrées cette année. On ne peut pas dire « quoi qu’il en coûte » et puis après « les travailleurs, vous allez devoir travailler plus longtemps, c’est ça qui va résoudre le déficit public », non ce n’est pas vrai. Si vous voulez une société qui s’hystérise et un sentiment d’injustice profond des travailleurs, vous leur dites au printemps prochain ou à l’automne prochain : parce qu’on a subi le virus, il va falloir travailler plus longtemps ».

Pourtant, lestée d’une langue orthodoxe qu’on croyait mise au placard, Jean Artuis n’a pas hésité cette semaine, sur France Info, à ressusciter la doxa libérale d’avant Covid : « Il s’agit d’éviter, comme l’a dit le premier ministre, toute potion amère. Il faut faire de la pédagogie et probablement poser un principe : les finances publiques en période normale doivent être équilibrées. Or, nous avons pris de très mauvaises habitudes. Ne serait-ce qu’avec le Pacte de stabilité et de croissance. On avait dit que pour pouvoir bénéficier de la monnaie unique, il fallait s’astreindre à ne jamais franchir le cap des 3% de PIB en déficit. Mais 3% de déficit, on a fini par croire que c’était une bonne pratique ». N’en jetez plus !

Partagez cet article :

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

Nos dernières publications :

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.