Vote à l'élection présidentielle - Photo Rama - Creative Commons
Vote à l'élection présidentielle - Photo Rama - Creative Commons

C’est un sondage qui a réjoui toute la sphère conservatrice, réactionnaire ou libérale (selon les noms que l’on voudra donner à tout ce qui n’est pas « la gauche ») : selon l’Ifop, la gauche serait tout simplement en train de disparaitre.

Oui oui, disparaître.

Elle pèserait, toute mouillée, écolos, communistes, insoumis, socialistes mis bout à bout … 13% !

Invitant les sondés à se positionner sur une échelle de 0 à 10, où 0 serait la position politique la plus à gauche, et 10 la position la plus à droite, l’ifop nous indique donc que 39% des Français se positionnent soit sur le 7, soit sur le 8, soit sur le 9 ou le 10. Donc à droite. 32% se positionnent, quant à eux, soit sur le 4, le 5, ou le 6, donc « au centre ». Enfin, 13% se positionnent sur les chiffres de 0 à 3… donc à gauche. Le « Français moyen » serait donc situé à 6,2, ce qui positionne le centre de gravité théorique de l’opinion Français à droite.

Reste que cette étude pose bien des questions, et ne saurait être interprétée au pied de la lettre, comme nombre de commentateurs – de droite – se sont empressés de le faire.

D’abord, parce que pour un Français, le centre, c’est le milieu, c’est donc 5. 4 et 6, c’est le centre gauche, ou le centre droit, mais ça n’est déjà plus le centre. Les autres instituts de sondages ne les comptabilisent donc généralement pas comme « centre ».

Mais bien sûr, même si l’on ajoute le 4 à « la gauche », celle-ci ne pèserait que 19%, soit un score guère plus glorieux qu’auparavant… Alors que la droite, elle, abondée du 6, pèserait désormais 50% (en comptant l’extrême droite dedans).

Aucun sondage n’étant à l’abri d’une anomalie liée à la qualité du terrain, il faut également aller voir ce que disent les autres études similaires sur le sujet. Il en existe de nombreuses : European Values Survey, Eurobaromètre… Une des études référence en la matière, celle réalisée chaque année par le CEVIPOF (avec exactement la même échelle), indique quant à elle une gauche à 22%, un centre à 20%, et une droite à 36%. Elle reflète assez bien ce qui semble être le consensus de la plupart des mesures réalisées. Et bien que la droite y domine toujours largement, la pondération semble néanmoins plus raisonnable au regard des différents résultats électoraux obtenus par la gauche récemment – et notamment par les alliances de gauche aux municipales.

Sondage Opinionway pour le CEVIPOF, réalisé en Avril 2020.

Ceci permet de relativiser la faiblesse de la gauche, mais évidemment pas de la nier. La gauche, dans ce pays, est faible.

Désorientation et désaffiliation

Mais bien plus qu’un glissement général vers la droite, c’est au profit d’une désorientation et d’une désaffiliation que la gauche perd des troupes. Car les rangs qui grossissent le plus d’année en année, ce sont moins les rangs de la droite que ceux du « centre » – un centre qui, pour beaucoup, est une manière de ne pas savoir se placer, sans vouloir pour autant s’exclure du champ du débat politique – et ceux qui ne se prononcent pas (les fameux « ne sais pas », NSP en langage sondeur). Ainsi, dans l’enquête Cevipof, il y a 20% de personnes se plaçant au centre. Beaucoup ne sont pas de vrais « centristes », se reconnaissant dans l’UDI, le MODEM ou autre, mais sont en réalité des personnes ne se reconnaissant plus dans aucun parti politique, et votant ici EELV, là LREM, là LR, au grès des humeurs, des candidats, et des programmes. Ceux qui ne se prononcent pas sont tout aussi nombreux, 22%. Ils vont un cran plus loin que les précédents dans leur marginalisation politique, puisqu’ils refusent tout simplement de lire le débat public en termes d’opposition droite-gauche.

Au fond, ce que disent donc les sondages de positionnement politique, c’est donc bien la faiblesse d’une offre politique de gauche qui paraît peu claire – une crise de l’offre politique, en quelques sortes -, mais c’est surtout la tendance de plus en plus marquée, qui touche désormais plus de 4 Français sur 10, à ne pas se satisfaire de l’offre politique actuelle, telle qu’elle s’organise et se structure. Un constat qui doit interroger l’ensemble des partis politiques – et pas uniquement de gauche…

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Cet article a 2 commentaires

  1. Jy2m

    Le sondage est idiot car bien qu’il ait trouvé que la gauche pèserait, toute mouillée, écolos, communistes, insoumis, socialistes mis bout à bout … 13%, il faut bien sûr ajouter 15 à 20 % d’ex-socialistes qui sont encore, pour l’instant (et jusqu’à qu’ils s’en détachent), au sein de (ou du moins qui soutienne encore) LREM, le parti « ni de droite ni de gauche » d’Emmanuel MACRON.

  2. Yves Moreau

    L’auteure a été « conseillère opinion du premier ministre entre 2012 et 2016.
    Elle est de gauche ou je ne m’y connais pas.

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