Jean-Luc Mélenchon à Bordeaux en meeting ce lundi 24 janvier 2022.

par Françoise Bayard

Comme une odeur cathodique nauséabonde. À un peu plus de deux mois de l’élection présidentielle, l’info en continu a ouvertement été squattée par l’extrême droite, voire l’ultra droite, durant tout le week-end. Le ralliement au camp Z du dénommé Collard et d’autres suppôts vieillissants ou inutiles du RN ou de LR passés par tous les partis a occulté le reste de l’actualité. Zemmour, créature politique enfantée par CNews, a bénéficié d’une couverture télévisuelle surabondante. Le conservatisme made in rance a été asséné en boucle au téléspectateur-électeur via une brochette de « has been » sans foi ni loi politique mais qui « aiment la France ». On a même vu passer plusieurs fois la bobine d’un spécimen de l’ultra droite fondateur d’un mouvement identitaire dissous et interdit.

La théorie du grand remplacement, devenue un thème anodin sur les plateaux de télé, est désormais défendue par les VRP de la haine, sans mention de toxicité, en roue libre. Et ça passe crème. On assiste un peu sidéré à la banalisation de concepts nationalistes et fascisants, qui ont survécu aux décennies et apportent des réponses dangereuses aux misères. On se surprend, sans être sujet pour autant à la « reductio ad hitlerum », à se rappeler que l’illuminé allemand a été élu, suivi, acclamé. Que tout peut arriver quand un pays perd la boussole. Ça pourrait être le cas de la France, qui vit sous pass-vaccinal depuis lundi pour une durée indéterminée, après cinq ans de chaos sous l’autorité d’un Macron élu par défaut et dépourvu de vista. Élu pour quoi, au fait ? Faire barrage à l’extrême droite. C’est raté, elle est encore plus présente et plus extrême qu’avant le passage à l’Élysée du quadragénaire. Cet échec lourd, qui devrait être un préalable à toute analyse, à tout bilan du quinquennat Macron, est curieusement passé sous silence, tout comme sa responsabilité dans la montée d’une violence intolérable.

À l’inverse, la déambulation du Reconquistador au marché de Cannes, sous les « Zemmour Président » aussi ridicules que pathétiques, son meeting sous haute sécurité (sujet curieusement évacué), les bouilles hilares, au premier rang, de la doublette Villiers-Peltier reconstituée. Tout ça a été offert aux Français en live. Du Zemmour en infusion télévisuelle H24. La stupeur passée devant ce spectacle malaisant promu par des journalistes supposément dignes de ce nom, on finit par se demander : « pourquoi ? » ; « à qui profite ce jeu dangereux ? » ; « sera-t-il, in fine, à nouveau demandé aux castors d’intervenir pour empêcher le pire ? ».
Et comment ne pas voir le déséquilibre que certains médias mainstream s’autorisent dans le traitement des candidats déjà déclarés. Chaque provocation de Zemmour est montée en épingle. Dernièrement l’autodéfense. Pour ne citer que cette idée parmi tant d’autres, les quatorze tranches d’impôts proposées par le candidat en tête à gauche, Jean-Luc Mélenchon, ont bénéficié de moins de publicité. Aucune, en fait. 

Il suffit pourtant de regarder autre chose que le petit écran pour percevoir qu’une dynamique est en train de naître derrière le candidat de l’Union populaire. À Bordeaux lundi soir, la salle prévue était trop petite. JLM a commencé son numéro dans la rue, face aux sympathisants restés là faute de pouvoir entrer. On sait que la campagne présidentielle va bien au leader de la France Insoumise. Le tribun globe-trotter incarne aujourd’hui, loin des excès de son tempérament réactif, comme une force tranquille, comparé aux énergumènes d’extrême droite chouchous de l’info en continu. Aussi sage que son public, assis masqué à l’écouter décliner son programme sans note, Mélenchon continue son bonhomme de chemin, avec ses moyens de communication à lui, à la conquête d’abstentionnistes qui ne regardent plus la télé et pour cause. À babord. Pour de bon. L’ancien ministre délégué  à l’Enseignement professionnel porte avec un succès grandissant, en sourdine, un programme alternatif construit, le seul à passer la barre des 10 % dans les sondages à ce stade. Prouvant que la gauche n’est morte que pour ceux qui le veulent.

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Cet article a 1 commentaire

  1. Emma

    « Comme une odeur cathodique nauséabonde », c’est tout à fait cela.
    Que cherchent il ?
    A faire du buzz ?
    A imposer un duel Macron/extrême droite au 2emd tour ?
    Sont ils comme beaucoup de citoyens en déshérence idéologique.
    Dans tous les cas ils porteront une responsabilité devant l’histoire car ils ne sont pas de simples citoyens, leur parole fait écho et ils portent donc une responsabilité particulière.
    Même si la mode n’est pas à la responsabilité mais au « j’assume macronien » mes saloperies en clair « je fais ce que je veux et je vous em….

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