Olivier Véran a annoncé que les responsables d'établissements ou de lieux sous pass sanitaire pourraient bientôt procéder à des contrôles d'identité, actuelle prérogative exclusive des forces de l'ordre. - Capture Nos Lendemains (Archive).

La France s’apprête à refermer 2021 entre deux variants, Delta hyper féroce et Omicron méga contagieux. Cette présence du virus en invité surprise des fêtes les enveloppe d’un climat étrange. La météo s’y met aussi : 19 degrés à Perpignan mercredi prochain. On pourra faire un pied-de-nez à 2021 et entamer 2022 la fenêtre ouverte, ça tombe à pic. Car la première phase des fêtes a enfanté un record absolu de cas positifs détectés (plus de 104.000 samedi) et de tests (un million et demi jeudi, plus de sept millions et demi sur la semaine). Ce qui a provoqué de longues files d’attente devant les pharmacies et la saturation du site SI-DEP (pour Système d’Informations de DEPistage), la plateforme qui permet aux professionnels de renseigner les résultats.

Comme aux premiers jours de la pandémie, il a été reproché au gouvernement de ne pas avoir anticipé. En cause : la fixette de l’exécutif sur la vaccination, au détriment du dépistage et des gestes barrières, au moment où l’Italie rend le masque FFP2 obligatoire dans les stades, au théâtre, au cinéma … 
Même si des restrictions de circulation ne semblent pas être à l’ordre du jour en France, le Père Noël est reparti vite fait, avant le Conseil de défense, pas rassuré par les propos d’Olivier Véran mercredi : « Tout est sur la table ». Depuis, le pays est suspendu aux décisions d’Emmanuel Macron, qu’on n’envie pas malgré la douceur hivernale : à Brégançon aujourd’hui, l’heure n’est pas au jet-ski.

En attendant que le Président tranche, l’efficacité des différentes mesures possibles fait l’objet de débats passionnés, parfois tendus. Avec, toujours, le clivage entre optimistes et pessimistes pour alimenter un flot continu de convictions médicales contradictoires portées par des professionnels compétents. Le débat scientifique s’opère à ciel ouvert. Tout y passe : couvre-feu le 31, rentrée scolaire retardée, modifications des règles de l’isolement etc. On s’y perd déjà entre les médecins. L’ultracrépidarianisme n’arrange rien. Et dans cet étalage indigeste, un sujet pourtant essentiel passe à l’as. Il s’efface devant la menace sanitaire, bien qu’on la cerne mal.    
Il s’agit de l’État de droit. De définir jusqu’où le gouvernement peut aller dans ce qu’il impose d’anormal aux citoyens face à une situation exceptionnelle. Jusqu’où les principes fondamentaux qui permettent à la démocratie de tourner (à peu près) rond peuvent être bousculés. Le chef de l’État a décidé que les non vaccinés seraient libres de leur choix. Pour qu’ils soient tout de même obligés d’aller se faire piquer, nous sommes en train d’accepter la mise en place progressive d’une société de surveillance, de consentir à une liberté individuelle sous contrôle et conditionnée pour tous, pour une durée indéterminée. On peut être convaincu que c’est pour le bien collectif. Ça ne dispense pas de comprendre et d’entendre les réticences en réaction à l’instauration, pour chacun, in fine, d’un accès verrouillé par QR Code aux loisirs, aux divertissements, aux transports, voire au travail. Or ces réserves sont rendues inaudibles, éludées, discréditées. 

Lorsque le ministre de la Santé évoque comme presque acquise la possibilité de conférer à des citoyens lambda la mission de contrôler l’identité d’éventuels fraudeurs ou contrevenants pour lutter contre les faux pass, tout le monde devrait se lever pour dire « halte ». Il s’agit d’une prérogative des forces de l’ordre et elle doit le rester. Contraindre les responsables des établissements recevant du public (ERP) à vérifier l’identité, « en cas de doute », des arnaqueurs potentiels, c’est les exposer à un danger. La Défenseure des droits a prévenu, elle n’a pas été entendue. L’avis, certes consultatif, du Conseil d’État non plus. L’exécutif semble s’affranchir des garde-fous.

Quand le gouvernement envisage de réintroduire en « loucedé », via un amendement déposé par un parlementaire de la majorité, l’extension du pass sanitaire en entreprises, abandonnée dans le projet de loi en raison de l’opposition de tous les syndicats y compris le Medef, les clignotants devraient se mettre au rouge. Ils l’ont tous dit, salariés et patrons : ce n’est pas une bonne idée. Ce chantier soulève des interrogations sur les plans constitutionnel, juridique, logistique, organisationnel… Et même, soyons fous, d’un point de vue éthique. Notion désormais jugée superflue et neutralisée par un principe hégémonique depuis l’arrivée de l’antidote : pas de quartier pour les non vaccinés, qui mettent le pays en danger.  
« C’est ça ou le confinement », l’autre argument qui tue toute critique, ne doit pas  devenir la formule magique ouvrant la voie à des dérives qui vont à l’encontre de l’intérêt des citoyens sous couvert de préserver leur santé. Les sondages favorables à la méthode buldozzer pour lutter contre le virus ne signifient pas que la démocratie soit à l’abri et protégée. Le déni général sur cet aspect de la gestion sanitaire n’est pas sain. Entre deux réveillons qui font davantage la part belle à l’écouvillon qu’aux cotillons.

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