Vaccin Pfizer-BioNTech photographié le 14 Décembre 2020 au Département de la Défense US - Photo by Lisa Ferdinando - Creative Commons.
Vaccin Pfizer-BioNTech photographié le 14 Décembre 2020 au Département de la Défense US - Photo by Lisa Ferdinando - Creative Commons.

Pendant que la France patine au démarrage de sa campagne de vaccination et que l’exécutif, accusé d’un nouveau fiasco, change de stratégie et veut désormais piquer les pompiers et les aides à domiciles de 50 ans et plus, ça barde aussi chez certains de nos voisins qui ont démarré comme des fusées et manquent de doses

Les britanniques, sous la pression d’un virus hors de contrôle et d’un bilan cataclysmique (plus de 75.500 morts au total lundi soir) qui les obligent à se reconfiner jusqu’à mi-février, ont décidé d’administrer une seule injection de Pfizer au plus grand nombre et de différer la deuxième de trois… à douze semaines plus tard. Idem avec l’AstraZeneca, l’antidote concocté par l’Université d’Oxford, approuvé en urgence et administré depuis lundi au Royaume-Uni (520.000 doses sont prêtes). Plus d’un million de citoyens ont reçu une première dose de l’un ou de l’autre. Il s’en est fallu de peu pour que les Britanniques s’autorisent un mix première dose Pfizer puis deuxième dose AstraZeneca ou réciproquement. Cette piste est finalement exclue. Le Danemark, bien classé (près de 50.000 injections au 3 janvier) dans la course mondiale à la vaccination, a également opté pour reculer le rappel du Pfizer, mais de six semaines maximum.

Voyant cette cuisine, BioNTech et Pfizer ont averti. « L’innocuité et l’efficacité du vaccin n’ont pas été évaluées sur différents schémas posologiques, car la majorité des participants à l’essai ont reçu la deuxième dose dans la fenêtre spécifiée dans la conception de l’étude ». Aucune donnée ne démontre que la protection après la première dose est maintenue après 21 jours, prévient le couple américano-allemand. Le test sera donc fait grandeur nature. Ce qui vient de se passer du côté de Palerme, en Italie, n’est pas rassurant. Une femme médecin de garde à l’hôpital a été testée positive six jours après avoir été vaccinée. Il n’est pas encore établi qu’elle a été infectée après que la première dose lui a été administrée. Mais l’épisode a été l’occasion pour le président de l’Institut Supérieur de la Santé, Franco Locatelli, de rappeler que la protection immunitaire contre l’infection n’est complète qu’après le rappel. Poke Bojo.

En Allemagne, le débat n’est pas tranché. Plus de 265.000 personnes étaient vaccinées au 3 janvier, loin du compte. Une commission est chargée de plancher sur l’opportunité de retarder la deuxième injection au-delà de la limite maximale actuelle de 42 jours. Une polémique vive cible le ministre de la Santé allemand : on ne comprend pas la lenteur de la vaccination. Il est plus précisément reproché à Jens Spahn un ratage dans les commandes via les négociations menées avec l’UE. Seul approuvé pour l’heure par l’Agence européenne des médicaments, BioNtech/Pfizer, pourtant moitié allemand, et qui pouvait livrer jusqu’à 500 millions de doses rien que pour l’Europe selon « Der Spiegel », aurait été un peu snobé par la Commission europénne, qui ne lui a passé commande qu’en novembre, alors que Trump s’est précipité et a réservé 600 millions de doses dès juillet. L’hebdo allemand va même plus loin, et relaie une source proche des négociations selon laquelle Jens Spahn a fait pression pour l’achat de davantage de doses à BioNtech mais a dû s’incliner face à l’opposition de plusieurs membres de l’UE qui ne souhaitaient pas que la commande totale à la société allemande (300 millions) soit démesurée par rapport à celle passée au français Sanofi. « La Commission européenne a nié cette version des événements, affirmant qu’il n’était pas vrai que Paris a pris des mesures massives pour protéger Sanofi ». Les défenseurs du gouvernement fédéral soulignent que l’UE a sécurisé deux milliards de canettes pour 450 millions de citoyens auprès de six fabricants en pensant faire au mieux.

Tout se passe au minimum un peu comme si l’Allemagne et ses amis avaient parié sur les mauvais chevaux. Dont Sanofi, le Français allié au britannique GSK pour un vaccin adjuvanté à base de protéine recombinante. Pas de chance : il a échoué en phase II. « Les premiers résultats de la phase 1/2 de l’essai clinique ont montré […] une faible réponse immunitaire chez les adultes plus âgés, probablement due à une concentration insuffisante de l’antigène ». Tout à recommencer, pas de vaccin avant fin 2021.

Cet accident industriel du Sanofi/GSK place les négociateurs allemands de Bruxelles en position politique délicate, en plus de révéler la faiblesse de la France. Tout le monde oublie qu’il y a moins d’un mois, le vaccin à base d’ARN messager suscitait autant de prudence que d’enthousiasme, faute de datas précises quant à sa sûreté et à son efficacité. On omet également d’intégrer que, quelles que soient les commandes passées, la production des vaccins BioNtech à ARN messager est aussi délicate que leur acheminement est casse-tête. « Il y a un facteur très limitant, qui sont les matières premières, notamment les trois types d’enzymes utilisées qui ne sont pas disponibles de façon suffisante […] Je pense qu’on va avoir des désillusions sur le rythme d’approvisionnement des vaccins à ARN messager », alertait mi-décembre Frédéric Bizard, professeur d’économie à l’ESCP Business School.

Pour les vaccins non plus la vérité d’un jour n’est pas forcément celle du lendemain. Par exemple, s’il est confirmé que la vaccination limite la contagion en plus de protéger, les cartes seront rebattues. Perdre une bataille sur le front de l’immunité collective vaccinale soulève des questions lourdes, certes, mais ce n’est pas perdre la guerre, pourvu que l’on reste vigilant côté mesures et gestes barrières. L’espoir apporté par les vaccins est arrivé tôt, c’est aussi pour ça qu’il prend de court les tempéraments prudents. Il n’en reste pas moins une force pour continuer le combat, pour supporter les contraintes et les sacrifices quotidiens en faisant bloc autour des plus fragiles avec sang-froid.

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