Angela Merkel et Emmanuel Macron échangent au Sommet Européen consacré au place de relance - capture vidéo France24.

Rarement un conseil européen n’avait duré aussi longtemps et connu un tel bras de fer entre tous ses membres. Il battra probablement le conseil européen de Nice , pendant la cohabitation Chirac/Jospin . Il dura 3 jours entiers , du 7 au 10 décembre 2000. Celui qui nous occupe aurait du s’achever samedi en fin de journée. Mais les négociations ont été suspendues à 6h ce matin et reprennent finalement à 16h.

Et quelle que soit l’issue, le plan de relance de 750 milliards proposé par la commission, dont 500 milliards de prêts non remboursables, sera moins puissant que prévu.

Hier soir, dans ce qui devait être le dîner de la dernière chance, Angela Merkel, Emmanuel Macron, leaders de la majorité contre les 5 pays qui résistent, Pays-Bas en tête, ont accepté de descendre à 400 milliards de subventions « notre dernier prix », à la manière des marchands de tapis. Et dans la nuit, Christine Lagarde a été obligée de publier un communiqué, appelant à un plan de relance ambitieux, pour briser le doute que les pays radins avaient instillé chez certains pays du Sud, a savoir que s’ils signaient ce plan, les marchés financiers se retourneraient contre eux. Une discussion entre le marchandage et la partie de poker.

Car malgré les poings sur la table d’Emmanuel Macron et Angela Merkel, dont l’axe ne faiblit pas, malgré les rodomontades de Mark Rutte, le premier ministre hollandais, personne n’a quitté les négociations. Mais, le spectacle donné, cette incapacité européenne à s’unir dans ce moment historique, exceptionnel, à la veille d’un désastre social collectif lié à la pandémie, tout cela est désastreux sur le plan politique.

Les défenseurs de ces pays radins nous expliquent qu’ils sont dans leur droit le plus strict de refuser de payer pour ceux qui géreraient mal alors qu’eux seraient des modèles de vertu. À voir ! La cure  d’austérité que s’est infligée l’Italie depuis 10 ans est probablement l’une des plus dure sur le continent et elle concerne la 3ieme économie de la zone euro. Elle a eu pour principal effet d’amener l’extrême droite au pouvoir. Par ailleurs, bien gérer lorsqu’on est un véritable paradis, au cœur de l’union, paradis que l’Europe a laissé se développer sans coup férir depuis tant d’années, ne constitue pas un brevet de vertu.

On a bien compris que Mark Rutte, ou plutôt Mark Thatcher, a des élections législatives dans 6 mois et qu’il veut rendre des comptes à ses électeurs. Mais cet égoïsme national, et cette obsession électorale brisent l’élan vital qui aurait dû jaillir de ce sommet.

Où l’on en vient à la règle absurde de l’unanimité. Défendue becs et ongles par ceux qui n’ont que le mot « souveraineté » à la bouche, et considèrent que les États doivent pouvoir garder la main sur tout, elle s’avère, dans une telle situation d’urgence, totalement obsolète et dangereuse. Certes, le Premier ministre hollandais pourra se targuer, de retour chez lui, d’une victoire à la Pyrrhus, car, quelle que soit l’issue cet après-midi, il aura réussi à tailler les jarrets des puissantes nations européennes. Mais à quel prix ? L’addition viendra dans les années qui viennent. Elle forge déjà des rancunes tenaces, non pas chez les dirigeants, car les dirigeants passent, mais chez les citoyens. Quel désir d’Europe peut-on générer avec des tel comportement ?

L’Italie a déjà franchi un cap, abandonnée sur les migrants, puis abandonnée pendant la crise sanitaire. Les espagnols, violemment touchés par la pandémie, peuvent-ils accepter de se laisser traiter avec autant de mépris par ce pays, la Hollande, qui envahit bruyamment ses plages en été ? Quelle valeur véhicule cette Europe et ces pays radins qui ne résonnent qu’en terme de budget, de comptes, de chiffres, cette abstraction qui tue l’idée même d’Europe ?

Les traces laissées par ce sommet extraordinaire sont déjà profondes, quelque part entre le dégoût et à fatalité. Les populismes, souverainismes et autoritarismes de tout poil ne pouvaient rêver d’un plus beau cadeau, tout comme la Chine, les USA, et la Russie, qui se frottent les mains ce matin d’une telle désunion européenne. On dit merci qui ? Merci les radins !

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Cet article a 1 commentaire

  1. Emma

    Mme bachelot se plaint de perdre la moitié de ses revenus en devenant Ministre payé e 10000 euros plus 10000 euros de frais de représentation… ces gens n’ont aucune décence… On comprend sa hargne contre les gilets jaunes..

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