En trois mois, les Français confinés devant leurs télés auront vu défiler tous les grands pontes de la médecine. Chacun sa « chapelle », chacun son style : les théoriciens intarissables, tirés à quatre épingles, parfois loin du terrain, mais forts de leur appartenance au cercle prestigieux des sociétés savantes ; les opérationnels, interrogés en direct de leurs bases, en blouses blanches, masques sous le menton et toujours de mauvais poil parce que l’enfer, eux, ils sont dedans ; les incontournables, dont la frimousse apparaît presque quotidiennement, et qui viennent sans cravate ou sans fard apporter leur expertise, dare-dare en sortant de l’hosto ; les atypiques, souvent chevelus, et qui secouent le cocotier des certitudes autorisées en faisant du tam-tam.

Dans ce ballet incessant de l’élite médicale française sur les plateaux télévisés, la vérité d’un jour n’est pas toujours celle du lendemain. Ainsi les toubibs bardés de diplômes, actifs ou retirés, ont-ils été nombreux, début mars, à se saisir des micros pour calmer une tendance grandissante à la parano vis-à-vis d’un virus pas plus dangereux qu’une grippette.

L’époque bénie où les Français étaient encouragés à snober le Sars-CoV-2

C’était l’époque bénie où les Français étaient encouragés à snober le Sars-CoV-2 et à continuer de profiter du restau, du ciné ou du théâtre, dans le sillage du président de la République. Le 6 mars, il est allé, en compagnie de Madame, assister à la représentation d’une pièce (Par le bout du nez) pour inciter le peuple à ne pas avoir peur de l’ennemi invisible auquel le chef des Armées devait finalement déclarer (six fois) la guerre dix jours plus tard. Mais ce vendredi-là, le Président est formel : « Il n’y a aucune raison, mis à part pour les populations fragilisées, de modifier nos habitudes de sortie ». S’il le dit, c’est que c’est vrai. Youpi. 

Jusqu’au jour ou un infectiologue ronchon a nettement plombé l’ambiance. Nous sommes le 11 mars. Veille de l’intervention d’Emmanuel Macron. Sur LCI, c’est la Grande Confrontation. Le ministre est là, sourcils froncés, avec une brochette d’invités. Olivier Véran rappelle que la situation est « sérieuse ». Il prend des pincettes pour justifier l’interdiction des visites en EHPAD. Il ne faut surtout pas être anxiogène. Le premier tour des municipales est – peut-être  – prévu trois jours après, le chef de l’État le confirmera finalement le 12 mars, en invitant les Français à se rendre aux urnes. 

« J’ai bien peur que le virus soit plus contagieux qu’on ne veuille bien le dire »

Arrive le plus grand moment de télévision de la crise sanitaire. Il est enfin question de la contagiosité du virus. « On peut prendre le train sans inquiétude, avec les gestes barrière ? », demande David Pujadas au spécialiste en maladies infectieuses. Celui-ci répond brièvement, sibyllin : « On peut peut-être prendre le train. Mais j’ai bien peur que le virus soit plus contagieux qu’on ne veuille bien le dire ». Oups.
Dans le TGV, par exemple ? Le Professeur Caumes balance : « Il est possible qu’il existe des super-contaminateurs ». Dans un lieu clos, comme une église ou un wagon, Ils peuvent transmettre le Coronavirus à des dizaines de personnes, au lieu de deux à trois, « comme on le répète à longueur de temps ». Ce n’est pas une découverte, mais le phénomène est constaté en milieu hospitalier. « On n’arrive pas à les repérer » déplore le scientifique. D’où la nécessité de mesures « peut-être un peu plus drastiques » que celles qui ont été prises en France jusque-là. « Nous sommes très préoccupés ». Pas franchement rassurant. 

« Moi j’vous dis que demain on sera dans la même situation que l’Italie »

Véran réagit : il faut trouver un autre nom aux « super-contaminateurs », c’est « très » stigmatisant. Il est gentil, Olivier, mais on s’en fiche un peu, là. Le ministre confirme tout de même le « concept » de patients qui contaminent davantage que d’autres. On a failli attendre.  

Éric Caumes veut alerter. On sent qu’avec son air de ne pas y toucher, il est là pour ça, n’en déplaise au ministre, débordé par plus grand que lui et placé dans l’incapacité de relativiser le propos très inquiétant du professeur, qui en rajoute une couche :
« Il est très probable qu’on se dirige vers un scénario à l’italienne, et si on doit prendre des mesures comme ce qui se passe en Italie, vaudrait p’têtre mieux les prendre maintenant ». Carrément flippant, le bonhomme.
Denis Brogniart est là. Il sait de quoi il parle puisqu’il distribue des immunités tous les vendredi soir à Koh-Lanta. Il fait le naïf : « Le ministre disait tout à l’heure qu’on n’était pas du tout dans la même situation que l’Italie encore aujourd’hui ». Regard noir de Caumes : « Bin moi j’vous dis que demain on sera dans la même situation ». Malaise.
Il assène le coup de grâce à ceux qui n’auraient pas compris : « J’ai un biais d’observation. Je dirige un établissement de santé de référence. On est en première ligne sur le virus, on commence à en percevoir les effets. On est persuadé, tous, qu’il va se reproduire un scénario à l’italienne, dont on n’est pas vraiment sûr que les autorités aient pris la mesure ». Véran se défend en mettant ça sur le dos des conseils scientifiques face à une épidémie évolutive. On sait aujourd’hui qu’ils ne sont pas toujours pris en compte par les politiques à la barre.

Il n’enverrait pas ses enfants en classe si on ne peut pas ouvrir les fenêtres

Depuis, les Gaulois, pas si réfractaires sur ce coup, ont été confinés près de deux mois dans leurs cahutes, sauf ceux qui travaillaient, la plupart en première et deuxième lignes. Le compteur implacable de l’épidémie affiche désormais plus de 26.000 morts et près de 139.000 cas positifs confirmés. La France a été coloriée en rouge et vert. 

Éric Caumes a pris de l’assurance. Il est devenu le rabat-joie cathodique de la crise sanitaire et il l’assume, même quand il sourit. Têtu, en plus. Pujadas, qui l’invite souvent, a essayé, un soir où il avait placé sa tranche horaire sous le signe de l’optimisme, de lui faire dire que le Coronavirus allait mourir au soleil. Trois fois. Sans succès. « Je n’ai pas de boule de cristal ». Il ne sait pas, et il le dit. Ce genre d’aveu, inhabituel, devient dès lors une information : il ne faut pas fuir l’incertitude, il est préférable de l’intégrer, et de faire avec. On verra bien si oui ou non ce Sars-CoV-2 est saisonnier. En attendant, il vaut mieux imaginer qu’il ne le soit pas, quitte à avoir une bonne surprise. 
Et avant de penser à une deuxième vague, commençons, conseille l’épidémiologiste, par retrouver le niveau de la mer : le virus circule toujours. De nouveaux cas confirmés en Dordogne et dans la Vienne, zones vertes, sont venus l’illustrer, à la veille d’un déconfinement un brin précipité et désordonné qu’on aurait tort de célébrer comme une victoire des Bleus, au repos forcé.

« On sait que les virus respiratoires, ça circule, dans les écoles »

Même en s’appliquant, le professeur Caumes a du mal à ne pas lâcher ce qu’il pense, toujours le pied sur le frein côté optimisme. La première fois qu’il a été interviewé sur la réouverture des écoles le 11 mai, il s’est dit fermement opposé à ce choix. Il préconisait, comme le Conseil scientifique, une rentrée en septembre. Et s’étonnait, sur le plateau de C dans l’air, qu’on commence par déconfiner ce qu’on avait d’abord confiné. « Normalement, c’est le sens inverse ».

« J’ai changé d’avis », annonce-t-il deux jours plus tard. On lâche tout, on écoute.
« L’ayatollah de l’épidémiologie » qui vit en lui aurait imposé une rentrée en septembre (ha, on s’disait bien… ). Mais le médecin, lui, prend en compte le « social » et valide, sur ce plan-là, une reprise en mai. En réalité, le diagnostic brut de l’expert n’a pas bougé d’un iota, Caumes est juste humain en plus d’être cash. Et quand, le 7 mai, Pujadas s’inquiète de savoir s’il est satisfait qu’un million d’écoliers reprennent le chemin de la classe, le naturel revient au galop : « Je vous dirai ça dans quinze jours-trois semaines, j’ai quand même quelques appréhensions. On sait que les virus respiratoires, ça circule, dans les écoles ». Mais les enfants sont moins contaminés et contaminants que les autres, nuance le journaliste. « Oui. Paraît-il. Pour l’instant on a trop peu d’études ». Raté. 

Attention aux « push » d’air de la climatisation

Est-ce que lui, il enverrait ses gosses en classe ? Ça dépend des conditions. Pas si on ne peut pas ouvrir les fenêtres. Dans les hôpitaux, on a fait en sorte que ce soit possible. Parce que si le virus ne sort pas par la fenêtre, il passe par la porte. Éric Caumes met en garde, encore une fois, contre la circulation du coronavirus dans les lieux clos. Tous les lieux clos. Il faut aérer, impérativement. Et porter des masques, dans tous les endroits fermés, pas seulement dans les transports en commun et dans les établissements scolaires.

Et surtout, attention à la climatisation : si la contagion passe principalement par les gouttelettes, le virus peut, dans certaines circonstances, être véhiculé par les aérosols. Notamment avec les « push » d’air envoyés par la clim. C’est ce que suggère une étude, « très très belle et très intéressante », affirme Caumes avec les yeux qui pétillent. Elle a été réalisée par le Center for Disease Control and Prevention (CDC) après la contamination de dix personnes dans un restaurant de Canton, via une habitante de Wuhan asymptomatique : elle ne toussait pas, mais partageait avec les contaminés le même air conditionné.

« La science a trop servi à justifier les décisions gouvernementales »

Quand d’autres martèlent qu’il faut vivre avec le virus, l’infectiologue soutient sans fléchir qu’il faudrait plutôt parvenir à vivre sans, et énonce les principes à suivre : dépister, tracer, isoler les contacts, les mettre en quarantaine. « On en est capable ». L’objectif, selon lui, doit être : Covid moins. « Sinon on vivra trop avec ». Le but qu’il faut se fixer, soutient Éric Caumes, c’est : le moins de CoViD possible. Et non de « vivre avec le virus ».

« La science a trop servi jusqu’à maintenant dans cette épidémie à justifier les décisions gouvernementales. Moi j’ai une approche complètement différente. Je regarde les faits. J’essaie de raisonner avec mon bon sens ». Et non l’inverse. 
C’est pour ça qu’il trouve « complètement absurde » que les plages soient interdites aux habitants du littoral : « En pleine nature, en plein bois, en pleine forêt, en pleine mer et sur la plage, le risque est quasiment nul, voilà, il faut que ce soit clair ». Merci.

À ce moment précis, Monsieur Prudence a dû se faire plein de copains chez les téléspectateurs assoiffés de grand air. Il s’est même offert le luxe de réclamer que les personnels hospitaliers des zones rouges, épuisés, puissent se voir accorder une dérogation à la règle des 100 kilomètres, histoire d’aller récupérer au vert… avant une « hypothétique » deuxième vague. Incorrigible, décidément.

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Cet article a 1 commentaire

  1. MONTAUK

    TOUT CE QUI ET MEDICAL///ET DEVENUE DE LA SPECULATION FINANCIERE?SUR 30.40.ANS RIEN NA CHANGER.RIEN NA EVOLUER?COMME EN POLITIQUE???A PART TOUTE SES MALADIES ORPHELINES?QUI NOUS PARAISSE BIZARE.?QUE LE SYSTEME SOIT DISANT MEDICAL./..NE MAITRISE PAS?LES LOBBIES CHINOIS DU MEDIACL ON FAIT 30.MILLIARDS DE DOLLARS DE BENEFICE.AVEC LES MASQUE?EN FRANCE CE NET PAS LE CAS?ILS SONT INCAPABLE DE TROUVER LANTI-VIRUS TOUS SES SOIT DISANT SCIENTIFIQUES.DU CNRS.ET AUTRES?TOUT CELA NOUS DEGOUTE..SURTOUT LE TELETON.?OU VAS LARGENT..ON CE SOUVIENT DUN DIRECTEURS DE??QUI ACHETER DES VILLAS DE LUXE AU USA.AINSSI QUE DES VOITURES DE LUXE.AVEC LARGENT DES CONTRIBUABLES.?AVEC TOUT CET ARGENT QUE LES GENS DONNE..RIEN NA EVOLUER.?ON LOBSERVE.AVEC LE VIRUS19.?ET DES FUTURS VIRUS VONT ARRIVER EN 2021..QUELLE EVOLUTION.TOUS SES LOBBIES DE LA FINANCES MONDIALISTE QUI SPECULE SUR LA VIE DES GENS DANS LE MONDE.?SURTOUT LES LOBBIES PHARMACEUTIQUES.?QUI ON FAIT PLUS DE 300.MILLIARDS DE DOLLARS./..DE BENEFICES.DE PROFITS ENTRE 2019//2020.?ET VOUS VOULEZ QUE JE DONNE.//..POUR LE CANCER ET AUTRES..MOI QUI GRACE A MACRON.JAI UNE RETRAITE DE MISERE.ET JE SUIS POLIS??TOUT CE QUI ET MEDICAL NOUS DEGOUTE..SUR 30.40.ANS LES POLITIQUES SURTOUT LES ENARQUES COMME MACRON ET TOUS LES AUTRES DROITE GAUCHE COPE.FABIUS??ON SABOTER LA FRANCE..LES PREUVES NE MANQUE PAS.?SUR 30.40.ANS LES HOPITAUX ONT ETE FERMER..LE PERSONNEL..RIEN NA EVOLUER EN 2020.?ON VOIE LE RESULTAT..ET LES SCIENTIFIQUES ET TOUS SES PSEUDOS DOCTEURS NON JAMAIS RIEN DENONCER??EN 2020.TOUS SES DOCTEURS ONT LES CHEVILLES QUI ENFLE FONT SURTOUT DES DISCOURS POMPEUX ILLUSOIRE.ET SURTOUT SOPORIFIQUE.?TRES BONNE JOURNEE???

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