Sur LCI, le Pr Eric Caumes alerte "nul n'est invincible" - Capture TV.
Sur LCI, le Pr Eric Caumes alerte "nul n'est invincible" - Capture TV.

Décidément, le Professeur Caumes a le chic pour jeter des pavés dans la mare. Et si l’on a tendance à écouter celui qui est devenu une figure cathodique avec la crise sanitaire, c’est parce qu’il a été le premier à appeler au confinement, le 11 mars. Il avait refroidi l’ambiance lors de la Grande confrontation de Pujadas : « Il est très probable que l’on évolue vers un scénario à l’italienne », avait-il prédit au ministre de la Santé, présent sur le plateau. C’était avant le premier tour des municipales. D’autres médecins évoquaient alors encore une « grippette ».

Que nous dit le Professeur Caumes aujourd’hui via le journal « Le Parisien » ? Pas seulement ce qui a été relayé en boucle dimanche matin, et pas comme ça. En réalité, il cherche une solution face aux réalités qui émergent avec la période estivale : d’un côté un réveil du coronavirus, de l’autre… la vie, l’envie de fête et de liberté avec le soleil dans les joues, en particulier chez les jeunes, moins à risque que les plus âgés, mais à risque quand même.

Éric Caumes réfléchit tout haut. Il constate que cette jeunesse est difficilement contrôlable et qu’elle s’expose, malgré les mises en garde, y compris celle qu’il a lui-même formulée récemment : « Les jeunes ne sont pas invulnérables », a-t-il lancé la semaine dernière. Il ne veut pas que ces jeunes soient pour autant stigmatisés, leur envie de lâcher prise étant absolument naturelle et compréhensible, d’autant qu’ils ont encaissé deux mois de confinement.

Alors le scientifique cherche la parade. La parade, selon lui, ça peut être qu’ils se contaminent entre eux, ce qu’ils font déjà pour beaucoup d’ailleurs, mais … « à condition qu’ils ne voient pas leurs parents et leurs grands-parents ». Il ajoute que « les jeunes participeront ainsi à l’immunité collective qui sera plus importante à la rentrée, dans les écoles et les universités ». Mais il ne cache pas que cela « aura des conséquences » : « Les jeunes peuvent aussi avoir des formes graves ». La question du comment ne lui ayant pas été posée, on ne peut qu’être sceptique en attendant que l’épidémiologiste précise un mode opératoire éventuel. On imagine mal, en effet, comment les jeunes pourraient « ne pas voir » leurs parents ou grand-parents. Dans un entretien à LCI sur le même sujet, Éric Caumes concède lui-même qu’il y a des limites à l’hypothèse, dans les milieux modestes en particulier .

Traduire cette réflexion encore en chantier en « proposition choc » du Professeur Caumes paraît excessif. En conclure qu’il préconise l’immunité collective encore plus. D’autant que cette solution de lutte contre l’épidémie semble toujours hasardeuse compte tenu de ce que l’on sait et de ce que l’on ne sait pas sur le virus. L’immunité collective, c’est le pourcentage d’une population protégée contre une infection à partir duquel le groupe va constituer une barrière à la propagation du virus. Une étude menée début juillet en Espagne a confirmé que l’immunité des personnes qui ont développé la maladie peut être incomplète, ou transitoire. Le pourcentage de population (espagnole en l’occurrence) possédant des anticorps s’avère par ailleurs trop faible pour assurer la protection de tous : 5 % au lieu des 60 % supposés nécessaires. « Les chiffres de reflètent la difficulté d’obtenir l’immunité collective à court terme », avertissent les auteurs de ces travaux. « Il serait contraire à l’éthique de soumettre la population et le système de santé à une pression accrue pour obtenir cette immunité de groupe ».

En marge de que ce qu’il dit sur les jeunes et du concept d’immunité collective auquel on a déduit sans doute un peu trop vite qu’il était favorable, ce qui se dégage de l’interview d’Éric Caumes au journal « Le Parisien », c’est, plus globalement et surtout, un push XXL de dépit devant la stratégie de lutte contre l’épidémie en France, mais pas que : « Ce virus est visiblement trop intelligent pour les Européens, à l’exception des Allemands ».

Une fois de plus, Éric Caumes alerte, face aux chiffres publiés par Santé Publique France jeudi, selon lesquels dix-neuf départements présentent désormais un taux d’incidence supérieur au seuil de vigilance : « Malheureusement, les autorités n’arrivent plus à contrôler certains clusters. Ça va péter dans beaucoup d’endroits en même temps ». Il pointe l’échec de la politique actuelle de dépistage notamment : « Probablement qu’ils ne vont pas assez vite pour remonter les chaînes de contamination. Il faut savoir que lorsqu’un cas est recensé, il faut identifier et tester son entourage, ce qu’on appelle les cas contacts, en trois jours, sinon l’épidémie vous échappe. C’est sûrement ce qui est en train de se passer ».

Par ailleurs, l’épidémiologiste soulève une fois de plus la problématique des contrôles dans les aéroports. Il continue à dire qu’il est nécessaire d’imposer une quarantaine aux voyageurs en provenance de pays à risque au lieu de se contenter de les tester. Il le répète depuis des semaines. « Aujourd’hui, le Maroc et le Mexique ne figurent même pas sur cette liste, c’est ubuesque. Si ça continue, on va droit dans le mur », dénonce-t-il aujourd’hui dans « Le Parisien ». Face à un regain de l’épidémie au Maroc, huit villes ont été verrouillées, dont Casablanca, Marrakech, Tanger et Fès. Quant au Mexique, il a enregistré samedi pour la deuxième journée consécutive un record de contaminations, avec 9. 556 nouveaux cas en 24 heures.

On comprend l’inquiétude d’Éric Caumes.

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