Pour un homme d’État, un vrai de l’ancien monde, la surveillance sanitaire d’un pays, c’est une priorité. Le premier rôle d’un Président, c’est de protéger les Français, même et y compris contre l’ennemi invisible. Jusqu’à aujourd’hui Emmanuel Macron a failli dans cette tâche. Il a déclaré la guerre au coronavirus, il a perdu une première bataille, sans doute pour avoir sous-estimé l’adversaire et parce qu’il n’avait pas de stratégie, ni de moyens, pour le combattre. Sans doute aussi parce que les Français, comme lui, n’ont pas tous pris la mesure de la menace, vite oubliée sur les plages cet été après deux mois de confinement.

En tout état de cause il n’est pas le seul à porter la responsabilité de cet échec.  Ce n’est pas lui qui a démantelé le stock de masques FFP2 sur lequel Chirac et ses héritiers avaient obsessionnellement veillé. Toute la classe politique y était favorable à s’en débarrasser, sauf les fidèles du Corrézien. Ils coûtaient trop cher… pour rien. 
De même, au mois de mars, tous les politiques ont poussé pour que le premier tour des municipales ait lieu, alors que le Président n’était pas très chaud et aurait dû s’écouter, en vertu d’un principe contestable dans l’absolu, mais qui, en l’espèce, aurait dû s’imposer à lui contre vents et marée (et Larcher) : le principe de précaution. 

Ralentir l’assaillant avant qu’il submerge tout le système hospitalierLà-dessus, le Président a accumulé les erreurs. Notamment celle de ne jamais les reconnaître, et même de se comparer à d’autres pays, dont l’Allemagne, qui, elle, a su anticiper. Ce pays qui a enregistré 10.000 morts à ce stade doit pourtant aujourd’hui également faire face à un rebond exceptionnel de l’épidémie : 14.964 nouveaux cas enregistrés mardi, 11.409 la veille. Un record chez Angela Merkel depuis le début de la pandémie. Des restrictions drastiques sont dans les tuyaux.

En Italie, où les cinémas, théâtres, salles de gym et piscines sont fermés jusqu’au 24 novembre et les bars et restaurants doivent arrêter le service à 18 heures, un couvre-feu est imposé dans plusieurs grandes régions (Latium, Lombardie, Campanie) et d’autres vont suivre. Les manifestations contre ce tour de vis se font de plus en plus violentes à Rome et à Milan. 

Les erreurs dans la gestion de la crise sanitaire en France, nous les avons assez rappelées ici pour ne pas dresser un énième inventaire. Il faut regarder devant. Car quoi qu’il en soit, c’est lui, le président de la République élu par défaut pour faire barrage à l’extrême droite, qui doit affronter une deuxième vague monstrueuse, que certains avaient vu venir, lui peut-être pas, d’autres non plus, peu importe, elle est là.

Ceux qui ne sont pas surpris avouent humblement qu’ils ne l’imaginaient pas aussi brutale et avec une telle ampleur. Quand on a un doute, il suffit de regarder les chiffres : plus de 35.500 en France morts à ce jour,  dont 523 hier, 33.000 cas supplémentaires en 24 heures avec 18,4 % de positivité mardi, plus de 52.000 la veille, des réas dans le rouge. Il suffit de regarder autour de soi, aussi. 

En fait de barrage, Emmanuel Macron doit aujourd’hui ériger dans l’urgence un mur de mesures de nature à ralentir l’assaillant avant qu’il ne submerge le système hospitalier. Sans que l’économie, dont certains pans entiers sont à l’agonie malgré les aides mises en place, finisse d’être étouffée. C’est un défi monstrueux. 

Les chefs de partis auraient aimé connaître les options sur la tableLes chefs de partis, reçus hier avant les partenaires sociaux, sont ressortis de là sincèrement perplexes, à l’image d’Olivier Faure, qui a regretté que les différentes options sur la table et leur impact n’aient pas été présentés et discutés, ce qui aurait permis d’aboutir à un consensus favorisant la solidarité et l’unité nationale : « Nous avons malheureusement assisté à une forme de grand café du commerce ».

Christian Jacob, pour LR, a évoqué un sentiment d’improvisation, de panique, de manque d’anticipation : « Rien n’a été mis sur la table ».

C’est aussi le constat de la France Insoumise. Adrien Quatennens a déploré que « rien n’ait été planifié pour faire face à la deuxième vague »« Le gouvernement ne peut demander ni à la représentation nationale ni à ses oppositions politiques d’endosser une forme de responsabilité sur la décision peut-être difficile qu’ils vont avoir à prendre ». LFI propose que les « profiteurs de crise soient mis à contribution » si ces décisions ont un impact grave sur l’économie. 

Le débat et le vote parlementaires interviendront demain, donc après la déclaration du Président de la République, supposé annoncer du lourd ce soir à 20 heures. Un calendrier contesté par l’opposition, qui aurait préféré un vote avant les annonces éventuelles par le chef de l’État.

En attendant, les spéculations sur le coup de frein à venir vont bon train. Par exemple : confinement national plus souple que celui de mars ; pour quatre à six semaines à partir de jeudi minuit ; écoles collèges et lycées ouverts ; commerces et activités essentiels open ; télétravail encouragé. Un Conseil de défense aura lieu ce matin pour fixer le tout. Avant que le Président  parle ce soir.

La septième intervention de Macron en sept mois

Ce sera la septième intervention du chef de l’État en sept mois de crise sanitaire. La première, c’était le 12 mars, pour annoncer la fermeture des écoles. C’est lors de la deuxième, le 16 mars, que le Président avait ouvert la voie au confinement, sans toutefois prononcer le mot, cette mission ayant incombé à Christophe Castaner un peu plus tard dans la soirée. Le 13 avril, Emmanuel Macron avait mis le déconfinement sur les rails en évoquant le 11 mai

La frimousse présidentielle est apparue à chaque moment-clef depuis que le coronavirus a débarqué dans le pays. L’intervention de ce soir est sans doute la plus attendue et la plus importante d’Emmanuel Macron depuis mars, voire depuis son élection.

Des millions de paire d’yeux vont scruter le jeune Président avec la boule au ventre. Le challenge qui l’attend, qui nous attend, est géant, pas insurmontable si chacun fait ce qu’il doit faire à son poste, lui le premier, et c’est ce qu’on lui souhaite. La France a perdu une bataille contre le coronavirus… mais elle n’a pas perdu la guerre. Il est encore temps de bien faire. « Nous respecterons la discipline sanitaire quelle que soit la décsion prise par le gouvernement parce que nous voyons bien la difficulté dans laquelle se trouve le personnel de santé à l’hôpital et dans tous le pays », a promis Adrien Quatennens. Check.

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