Emmanuel Macron - Émission Où va la France sur TF1 le 15 décembre 2021 - Capture d'écran Nos Lendemains.

Magique. Mercredi soir, le président de la République s’offre deux heures de télé pour faire ami-ami avec les Français. Il dit avoir appris à les aimer. Vendredi, c’est le Premier ministre qui assume la preuve de cet amour : le pass vaccinal.Samedi matin, le ministre de la santé ajoute un cadeau : la généralisation éventuelle du pass sanitaire « pour aller travailler ». Ce projet « n’est pas notre base, notre scénario de travail », modère dimanche soir le porte-parole du gouvernement. Il y aura une « concertation » avec le patronat et les partenaires sociaux dès lundi. Trop sympa.
Il y a un an, en décembre 2020, Emmanuel Macron affirmait à « Brut » : « Je ne crois pas à la vaccination obligatoire pour ce vaccin ». Il l’a twitté, redit et répété : « Le vaccin ne sera pas obligatoire ». Le même, mercredi soir, puis samedi en replay et en version longue, a soutenu le contraire. L’obligation vaccinale, c’est « tout à fait possible », « cette hypothèse existe ». D’ailleurs, « Nous sommes quasiment à l’obligation vaccinale », avec 90 % de vaccinés. Aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain.    
Sauf que déguisée en pass, et sans en être une… tout en l’étant, cette obligation grignote les libertés, y compris celles des vaccinés : no pass no freedom, c’est vrai pour tous. Elle génère une société de surveillance entre les citoyens, alors que cette mission relève ds autorités publiques, comme l’a crié dans le désert la Défenseure des droits en juillet. Il est par ailleurs à nouveau envisagé que le contrôle des uns par les autres intègre la vérification de l’identité, prérogative jusque-là exclusivement réservée aux forces de l’ordre, formées pour. Espérons que cette folie justifiée par la fraude en restera au stade des intentions. 

Contraindre les non vaxx à se faire piquer en les privant de vie sociale, de la possibilité de prendre le TGV ou l’avion, tout en leur mettant la pression sur leur lieu de travail, est par ailleurs une option violente et sérieusement problématique. Un texte adopté par le Parlement va faire de ces contribuables français des parias en leur bloquant les accès publics à une vie normale pour non vaccination alors qu’ils ne sont pas hors la loi. Politiquement, c’est malin, car susceptible d’être approuvé par des vaccinés largement majoritaires. Ils devraient plutôt s’interroger. Demain, à quoi seront-ils, eux aussi, contraints, pour avoir accès au sésame ouvrant les portes de la liberté surveillée ? À des rappels vaccinaux, ça semble promis. Combien ? Deux ou 50 ? À quelle fréquence ? Et quoi d’autre, décidé par un seul homme ?  Si le calendrier n’est pas avancé, un projet de loi sera présenté en Conseil des ministres le 5 janvier. Le débat parlementaire qui suivra promet d’être sportif, à un peu plus de trois mois de la présidentielle. Mais il sera vain, sauf miracle qui pousserait certains parlementaires LREM à sortir de leur statut de playmobil. Jusque-là, au grand dam de la France Insoumise qui n’a de cesse de suggérer une autre gestion de la crise sanitaire, le Parlement n’a été qu’une caisse enregistreuse des décisions prises en Conseil de défense, donc par Emmanuel Macron. Pas de raison que ça change.

Pourtant, tout le monde l’oublie aujourd’hui y compris lui-même, le chef de l’État s’est souvent trompé. On retiendra par exemple qu’il s’est moqué de Donald Trump quand celui-ci a annoncé en août 2020 l’arrivée du vaccin pour la fin de l’année. Erreur d’autant plus insolite que le PDG de Moderna est marseillais. Plus récemment, cet été, le Président a « vendu » le pass sanitaire aux Français moyennant la fin du port du masque dans les lieux clos « couverts » par cette mesure. Quelques voix ont objecté en sourdine qu’on risquait de le payer un jour parce que la Delta se baladait. Deux décrets ont malgré tout été publiés le permettant, en juillet puis en août, avant la rentrée de l’exode estival en mode yolo. Le ministre de la Santé ne les assume pas aujourd’hui et refait l’histoire : « Le masque a été progressivement ôté par usure ou fausse réassurance ». Tout seul, comme ça. Abracadabra.

Dans moins de quatre mois, et alors que la France affichait le 19 décembre près de 122.500 décès au compteur macabre de l’épidémie, le ressenti collectif sur la gestion de la crise sanitaire s’exprimera dans les urnes. Le changement de ton dans la gestion de la crise et la décision d’instaurer un pass vaccinal peut rapporter gros électoralement à Emmanuel Macron. Il soigne ses supporters, favorables à la vaccination et exaspérés pas les non vaxx. Plus largement, le président de la République cherche à ne pas contrarier les vaccinés par des mesures indifférenciées dont ils feraient les frais. D’où l’idée d’un « quasi confinement » (dixit Attal) de la population non vaccinée. Qui deviendra donc concret à partir de fin janvier-début février. Le Conseil scientifique, lui, souligne l’urgence d’endiguer immédiatement à la fois la circulation du Delta qui continue ET celle de l’Omicron, qui fait son bonhomme de chemin et que deux doses de vaccin ne suffisent pas à arrêter selon une étude de l’Institut Pasteur publiée lundi.
Dans un avis daté du 16 décembre
, l’instance évoque aussi la nécessité de « renforcer les capacités hospitalières pour faire face à l’accroissement des hospitalisations dans les semaines qui viennent ». L’impact d’une explosion du nombre d’infections est redouté par de nombreux médecins et soignants, dont certains alertent sur un risque de submersion de l’hôpital, sous-doté à tous les niveaux et déjà exsangue. Delfraissy et son conseil scientifique préconisent donc des « restrictions significatives » pour le 31 décembre, allant jusqu’à des couvre-feux territorialisés.

Réponse de Véran samedi, réitérée par Attal dimanche soir : à ce stade, pas nécessaire et pas question de priver la totalité des Français de liberté à cause des cinq millions de vilains qui ne sont pas vaccinés. Encore un pari politique qui va mal finir ? 

En cas de cata l’obligeant à verrouiller son monde faute d’avoir su anticiper, l’exécutif changera son fusil d’épaule en le mettant sur le dos des non vaxx. En attendant, à part Jean-Luc Mélenchon qui propose des solutions alternatives, pas grand monde à gauche aujourd’hui pour tiquer sur l’enfer annoncé à certains Français si vraiment le pass sanitaire devient obligatoire pour travailler, y compris dans la fonction publique (mairies, commissariats, centres de finances publiques).Les syndicats de salariés y sont hostiles. Les patrons redoutent l’usine à gaz et les sanctions. Le Medef n’était pas très emballé a priori à l’idée de se retrouver avec des « pouvoirs de police » : « D’une certaine manière, l’État reporte sur les chefs d’entreprise une décision ou des mesures qu’il ne veut pas prendre lui-même à titre général, c’est-à-dire l’obligation vaccinale ». Pas mieux. Après un premier contact entre les partenaires sociaux et Élisabeth Borne, « rien n’est acté ». Le contraire aurait été inquiétant, même si plus rien ne nous étonne.
L’exécutif a visiblement tendance à considérer que la fin justifie les moyens, sans qu’on sache vraiment à quoi correspond ce concept de « fin » dans la pensée complexe d’un Président en campagne qui a appris à aimer les Français. Surtout les vaccinés.

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