Vacances - ©️ Daniel Perron

En annonçant que les plages pourraient rester fermées après le 11 mai – restriction d’abord totale, puis levée en partie et sous conditions, par Edouard Philippe ce jeudi lors de sa conférence de presse -, le gouvernement s’est attaqué à un symbole majeur de l’imaginaire vacancier. La plage, symbole des congés payés, du Front Populaire. Aujourd’hui encore, près de la moitié des Français choisissent le bord de mer pour passer leurs congés d’été.

Alors forcément, même si nous n’avons pas encore passé le cap du déconfinement, cette attaque en règle contre le symbole des vacances a imposé dans nos esprits confinés et épuisés une question pressante : Y aura-t-il des vacances ?

« Sacrés Français, à peine de retour au boulot, ils pensent déjà aux vacances ! », s’empresseront de dire les commentateurs reprenant en boucle les mêmes clichés éculés sur les plateaux TV.

Nous étions bien recordmen et women du nombre de semaines de vacances l’été dernier – 2 en moyenne – parmi les pays européens l’été dernier. Pourtant, nos voisins ne sont pas très loin : 1,9 semaine pour les Espagnols et Allemands, 1,8 pour les Belges et les Autrichiens, 1,6 pour ces pauvres italiens… mais les clichés ont la vie dure, et celui du Français fainéant nous colle à la peau comme le sparadrap du capitaine Haddock.

Grand prince, l’Institut Montaigne propose de remédier d’un coup d’un seul à cette réputation de cancre européen, et nous promet déjà suppression de RTT et de jours fériés ou de congés à la pelle.

Après que l’impératif comptable ait manqué de nous amputer nos retraites, l’impératif sanitaire aura-t-il raison de nos vacances ? Question politique épineuse, tant les vacances – même la version actuelle réduite, bien loin du mois de vacances que l’on imagine toujours – restent un symbole puissant dans l’imaginaire collectif, un horizon auquel nous sommes particulièrement attachés. Un gouvernement pourra-t-il assumer d’en priver les Français ?

On imagine déjà, si des restrictions devaient être prises, le débat se déployer, et les caricatures jetées à la figure des uns et des autres : « infantilisation » d’un côté, « fainéants » de l’autre. Pourtant, le cœur du sujet n’est pas là. Car cela fait bien longtemps que « LES Français » ne partent pas tous en vacances.

En effet, la question des vacances est avant tout une question sociale. On oublie trop souvent qu’en raison des inégalités – et les choses ne vont pas s’arranger avec les conséquences économiques du confinement -, les Français sont loin de pouvoir tous céder à l’appel du sable chaud et du farniente chaque été. Oublier aussi que derrière le flot des vacanciers, se cache un nombre presque aussi conséquent d’assignés à résidence. Non, la France n’est pas divisée entre juilletistes et aoutiens, mais entre ceux qui peuvent s’évader chaque été ou presque, et ceux qui restent… confinés.

Au cours des 5 dernières années, les 2/3 des Français déclaraient – en juillet 2019 – à l’Ifop « avoir été contraints de renoncer à partir en vacances pour des raisons financières ». 4 personnes sur 10 disaient même y avoir été contraintes « souvent ». Derrière ce chiffre, se trouvent évidemment des disparités importantes entre les catégories modestes (>50% qui ont dû renoncer à des vacances) et moyennes inférieures (48%), et les catégories moyennes supérieures (21%) et aisées (11%).

C’est d’ailleurs un des mérites du confinement que d’avoir imposé à nombre d’entre nous un exercice « in real life » de « vis ma vie » – vous savez, cette émission où l’on se met une journée à la place d’une personne exerçant, par exemple, un autre métier ? Nous sommes nombreux à avoir vu notre vie sociale et notre espace vital diminués : plus de week end à la campagne, de soirées, de vacances, de sorties culturelles. Privation de loisirs, restriction spatiale, invisibilité sociale : nous avons – un peu – vécu ce que les Français les plus modestes ou les chômeurs vivent chaque jour de l’année. Pendant qu’eux vivaient le calvaire que nous imposons aux personnes purgeant leurs peines dans les cellules exigües et surpeuplées de nos prisons… Espérons que cet exercice nous permette, au moment de sortir du confinement, d’être un peu plus solidaires et compréhensifs.

Pour finir, citons un chiffre – de l’Ifop -, en guise d’avertissement pour le gouvernement : les plus hauts taux déclarés de renoncement aux vacances sont atteints parmi les Français qui se déclaraient « Gilets Jaunes ». À bon entendeur…

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