Photo CC Jon Culver

La dernière enquête de l’eurobaromètre, visant à mesurer la perception que les Européens ont de l’Europe et de ses institutions (décembre 2019), a produit  un résultat accablant pour l’Italie.

Dans la botte, qui est néanmoins l’un des pays fondateurs, 37% uniquement des citoyens sont convaincus que le fait pour l’Italie de faire partie de l’UE serait une bonne chose. 42% se disent indiffèrent (une chose ni bonne ni mauvaise) et 17% considèrent  cette participation comme une mauvaise chose.

La crise du COVID-19 risque de mettre de l’huile sur le feu et d’accentuer ultérieurement les tensions  internes  relatives  à  l’Union  Européenne.  Certaines  oppositions ne  manquent  aucune occasion pour pointer l’Europe du doigt, ainsi que certains États Membres, notamment l’Allemagne, sur tout sujet critique.

Faute d’arguments contre le Gouvernement, qui depuis le début de la pandémie, bénéficie d’un avis favorable très large et toujours en hausse, l’opposition d’extrême droite   cible   de nouveau l’ennemi d’autrefois, qui ressort quand cela peut être utile.

On a vu, dans des différentes régions de l’Italie, des maires de ville enrouler ou baisser le drapeau européen bleu étoilé, on a entendu crier dans les rangs du Parlement que l’Europe veut nous affamer, nous réduire au sort de la Grèce d’il y a quelques années, pour faire du shopping bon marché chez nous ensuite.

La polémique est lourde et arrive à toucher profondément l’esprit d’un peuple mis à dure épreuve par la pandémie et par près de deux mois de confinement. Un peuple qui a peur, surtout, des conséquences de la crise sanitaire sur l’économie, sur l’emploi et sur les salaires.

Les  italiens     se  sont  sentis  abandonnés  par  les  amis  européens,  notamment  au  début  de  la propagation du virus en Europe, quand l’Italie semblait être la seule frappée et, dans tous les cas, la plus gravement touchée.

Personne ici n’a oublié les blagues de certains politiques allemands et britanniques, sur l’Italie qui triche pour avoir plus d’aides de l’Europe.

Personne  n’a  oublié  le  discours  de  Christine  Lagarde  du  12  mars,  lorsque  la  Lombardie  pleurait déjà ses morts par milliers, pour nous rappeler qu’on ne devait pas compter sur la BCE pour sortir de la crise.

Et quand bien même le message de l’Europe a entretemps changé, les robinets des aides se sont ouverts, le mécanisme européen de stabilité a été vidé de ses dures conditions et les chaines des limites budgétaires se sont relâchées (le pacte de stabilité a été suspendu), un gout amer est resté.

Mais au-delà de la dureté des derniers épisodes et des derniers sondages, le sujet n’est pas nouveau,  cela  fait  un  moment  qu’on  se  pose  la  question  et  on  essaye  de comprendre  les  raisons profondes de cet éloignement de la maison européenne et, de façon générale, du multilatéralisme et des institutions supranationales.

Aujourd’hui la question est d’autant plus actuelle et à fortiori urgente

Si on peut considérer la montée de l’euroscepticisme féroce comme l’héritage de la crise du 2008, qu’est-ce que devons-nous nous attendre de la crise que nous nous apprêtons à affronter après cette pandémie ?

Avons-nous vraiment compris les raisons ? Sommes-nous prêts à y faire face alors qu’une vague encore plus haute peut être, encore plus puissante, va essayer de nous bouleverser dans les mois et dans les années à venir ? Ces sont des questions que l’on se pose en Italie, mais elles sont valables pour toute personne qui tient à l’Europe en tant que citoyen européen.

Les crises économiques ont toujours été porteuses de désastres dans l’histoire de notre continent. Celle  de  nos  jours,  par  ailleurs,  ne  se  déroulera  pas  dans  des  conditions préalables  favorables. Beaucoup de pays européens ne sont toujours pas vraiment sortis de la crise de 2008, et pour cela une crise profonde du système européen est aujourd’hui déjà en cours. Elle ne sera qu’amplifiée par la pandémie du Covid-19.

Donner des réponses n’est pas facile, mais si l’on veut commencer à considérer l’Europe comme un grand pays unitaire, ce que je souhaite, il faut aussi l’imaginer sur un pied d’égalité avec les autres grandes puissances du monde. Notamment les États-Unis et la Chine.

Ces sont des pays où les marchés ne sont pas fragmentés. Où les forces économiques dans les secteurs stratégiques sont coordonnés, où toutes les réponses sont coordonnées.

Un vrai effort unitaire, à partir des secteurs monétaires, fiscaux, sociétaux et sanitaires, poserait les bases pour une véritable économie au niveau européen. Cela donnerait peut-être plus de confiance à ces européens qui, plus que les autres, payent encore aujourd’hui les séquelles de la dernière crise.

Cette pandémie est une occasion à saisir pour montrer que l’Europe des peuples est là avant tout pour ses citoyens, quelle que soit leur origine, et qu’il est toujours mieux d’être ensemble que d’être seuls quand il s’agit de se confronter à un défi considérable, dans un monde extrêmement interconnecté et interdépendant, où les autres acteurs sont beaucoup plus grands que nous. Et plus encore si nous sommes divisés.

Ce serait une occasion ratée si face à un évènement aussi extraordinaire l’Union Européenne n’en profitait pas pour mettre en place une réforme démocratique pour rapprocher les citoyens de ses institutions et de ses procédures de décision.

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