Emmanuel Macron, Jupiter masqué lors de son intervention d'annonce du congé paternité allongé à un mois - Capture vidéo Nos Lendemains.
Emmanuel Macron, Jupiter masqué lors de son intervention d'annonce du congé paternité allongé à un mois - Capture vidéo Nos Lendemains.

C’est la détestable musique qui monte alors que les indicateurs de l’épidémie virent au rouge dans les grandes villes. Le manque d’anticipation de l’État serait dû à l’administration qui n’assure pas. Ainsi Patrick Bouet, président de l’Ordre des Médecins, fustige dans le JDD l’administration centrale de la Santé : « Olivier Véran fait de son mieux mais l’intendance ministérielle ne suit pas ». Et le médecin de regretter que l’été n’ait pas été mis à contribution pour un retour d’expérience et pour que les acteurs de terrain, entendez par là surtout la médecine libérale, n’ait pas été associée à la gestion de la crise.

Si ce type de déclaration n’émanait que de l’Ordre des Médecins peut-être pourrions penser qu’il s’agit là d’un classique réflexe corporatiste. Mais c’est aussi l’attitude du Chef de l’État.
Voici une dizaine de jours, Emmanuel Macron lui-même faisait savoir son insatisfaction et mettait Olivier Véran « sous pression » comme le rapportait alors Le Figaro.

C’est lors du Conseil de défense du 11 septembre consacré à l’évolution de la situation sanitaire que le président de la République avait clairement exprimé son mécontentement à l’égard de son ministre. Cause du courroux présidentiel ? Les files d’attentes pour se faire tester et les retards. « On ne va pas faire payer à l’ensemble des Français le fait qu’on n’est pas bons sur les tests ! » a-t-il ainsi déclaré à ses ministres.

Mais cette manière de faire est-elle juste ? Est-elle simplement utile ? N’est pas une manière pour Emmanuel Macron de se défausser facilement sur son équipe en évitant de d’assumer ses propres responsabilités ? Lors de ce même conseil de défense du 11 septembre, le Président de la République a refusé à son ministre des mesures qu’il se voit contraint de prendre aujourd’hui dans l’urgence et avec 15 jours de retard. A savoir la fermeture des bars et des restaurants à Bordeaux, à Marseille et en Guadeloupe.

N’est-ce pas la stratégie d’Emmanuel Macron qu’il convient de remettre en cause ? Plutôt qu’une intendance qui ne suivrait pas et aurait tous les défauts du monde et qu’il sera pratique le moment venu de mettre au pas, voire de privatiser ?

Cette stratégie a été clairement énoncée par le premier ministre, Jean Castex, lors des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, mardi 15 septembre : « La cohérence de la politique gouvernementale, elle est simple : elle s’appelle vivre avec le virus », a-t-il affirmé.

Cependant, vivre avec le virus ne signifie pas le laissez-faire auquel on assiste et auquel Emmanuel Macron préside. Il convient au contraire de s’interroger sur les raisons pour lesquelles l’Italie mais aussi l’Allemagne font beaucoup mieux que la France. Dans ces pays, les restaurateurs et cafetiers prennent les coordonnées de leurs clients pour tracer les cas contacts. En Italie, des milliers de professeurs ont été embauchés pour alléger les classes et réduire la transmission du virus dans les classes. En France, le gouvernement a fait campagne contre les enseignants et n’a pas cherché à réduire la taille des classes. Et toujours en Italie, le télétravail a été fortement encouragé et continue d’être la règle pour celles et ceux qui le peuvent. Tout le contraire de la France où gouvernement comme entreprises ont poussé les salariés à reprendre le travail en présentiel.

Emmanuel Macron ne sait pas bien où il habite politiquement et institutionnellement. En fonction des jours et des semaines, il cherche à se montrer comme le chef à la manœuvre, qui décide du quand et du comment. On se souvient de sa volonté de déconfiner rapidement et des reportages le montrant à l’écoute des acteurs, dans la décision et dans l’action. Le choix de Jean Castex en super Dir Cab allait même dans ce sens. Puis voilà quelques semaines plus tard que l’on découvre, Emmanuel Macron en surplomb, tançant ses ministres comme Jupiter foudroyant de simples mortels depuis l’Olympe, comme extérieur à ce gouvernement qu’il dirige en quasi direct. Là, le « en même temps » ne peut fonctionner et brouille encore plus la perception du pouvoir et détruit la confiance des citoyens envers celui qui dirige le pays dans ces « temps troublés ».

Interviewée sur France Inter par Léa Salamé, la chirurgienne Chloé Bertolus, révélée au grand public par le livre de Philippe Lançon, « Le Lambeau », avait expliqué que pour elle, « la puissance, c’est la responsabilité ». Une parole que le président de la République devrait plus que jamais faire sienne.

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