Donald Trump annonce son traitement préventif à la chloroquine. (Photo by Shealah Craighead/The White House)

Il aura suffi d’une simple phrase de Donald Trump, affirmant qu’il prend de l’hydroxychloroquine en traitement préventif, pour emballer à nouveau un débat bien gaulois qui semblait s’être un peu calmé.

D’abord, Donald Trump est l’homme dont la santé est la plus observée au monde. Bataillons de médecins, analyses en batterie, le président de la plus grande puissance mondiale n’est pas un citoyen lambda.

Osons croire que, si les médecins de la Maison Blanche lui administrent ce traitement, c’est qu’ils savent ce qu’ils font. Entendre sur les plateaux télé nos spécialistes de la spécialité ricaner et profiter de l’occasion pour remettre une gifle au Professeur Raoult ne cesse de me faire rire jaune, surtout quand les éditorialistes politiques rajoutent leur grain de sel. Rire encore plus appuyé. 

Ensuite, la France est le seul pays, je l’affirme haut et fort, ou le débat a pris cette tournure.

Il y a des discussions sur la chloroquine dans tous les pays, comme sur d’autres traitements d’ailleurs. Il y a des limites strictes à son utilisation, comme en Grande-Bretagne, ou plus large comme dans le le Piémont, en Italie ou elle est donnée dans les pharmacies à titre préventif (sous forme de Plaquenil).

Mais nulle part au monde ne s’est noué un débat aussi hystérique, l’hystérie en l’occurrence, n’étant pas l’apanage du sexe féminin.

Il aura suffi d’une vidéo sur sa chaîne YouTube pour que le professeur Raoult déclenche une guérilla médicale qui, parfois, pouvait occuper la quasi-totalité des débats en radio ou  sur les plateaux télé.

Que n’a-t-on entendu comme stupidités : Raoult, c’était la revanche des gilets jaunes contre le système, la revanche de la province contre paris, la revanche du peuple contre l’élite. Avec l’argument suprême et méprisant : 66 millions de virologues, ou mieux encore, pourquoi les français auraient-ils un avis sur un médicament. Ah oui ? Donc pourquoi les citoyens auraient-ils un avis sur le nucléaire, ou sur la dette ? Sont-ils tous ingénieurs atomistes ou économistes ! Balivernes !

Une sorte de concours Lépine de l’idée la plus stupide, la plus délirante qui avait bien du mal à masquer une vérité si humaine et si banale : la jalousie.

Jalousie à l’égard d’un chercheur reconnu mondialement, grande gueule, populaire à tort ou à raison, qui donnait le sentiment d’avancer là où les autres donnaient le sentiment de piétiner. C’est injuste pour eux mais leur façon de sûr réagir leur a fait plus de mal que les atermoiements, les doutes, les questionnements que le Français sont assez sages pour trouver normaux face à un virus inconnu.

La jalousie féroce pour préserver son pré carré. Nous sommes bien innocents et naïfs face à ces arcanes du pouvoir médical, ces rapports de forces silencieux entre les grandes institutions comme Pasteur ou l’Inserm, les mandarins, les laboratoires, le pouvoir. Aucun de nous ne sait véritablement ce qui s’est noué, et se noue d’ailleurs encore sur les tests et les vaccins, pendant des mois entre tous des acteurs de l’ombre, subitement passés dans la lumière des chaînes d’information continues.

Le fait est qu’à de rares exceptions, leur réaction quasiment épidermiques face à un professeur qui est l’un des leurs, leur est supérieur en termes de résultats et de carrière, l’idole de plusieurs générations de jeunes internes, cette réaction nous a laissé entrevoir un monde cruel, idéologique, arrogant et féroce. Et plus ils mordaient, plus le professeur Raoult répondait et devenait populaire.

Ainsi, cet affrontement des egos a non seulement discrédité une partie des princes de la science, là où nous acclamions tous les soirs les médecins de terrain, mais elle a participé de la défiance générale face à l’exécutif, transformant le débat public entre pro et anti-Raoult, et tous les délices sociologiques qui vont avec, sondage à l’appui : les électeurs de la France insoumise ou du Rassemblement national pour … les autres plutôt contre. On marche sur la tête.

Alors finalement, entendre Donald Trump dire « je prends de l’hydroxychloroquine » plutôt que de s’interroger sur l’eau de javel, ça me parait rassurant. En clair, pas de quoi fouetter un chat … sauf en France.

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