Moutons - Photo Colton Kats - Licence Creative Commons
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Il y a quelques jours, un ministre déclarait anonymement « Nous en avons trop fait, pas seulement en France, mais le monde entier ». « Rester dans son canapé pour sauver des vies, en soi, ça me dégoute » ajoutait un autre, tout aussi anonyme.

A ces voix viennent s’ajouter celles d’intellectuels regrettant que les Français aient accepté le confinement généralisé sans questionnement, comme des moutons. Hier Alain Finkielkraut, François Sureau, ce matin Bernard-Henri Lévy au micro de la matinale de France Inter.

Ces propos soulèvent un problème très légitime, essentiel même. Mais ils sont insupportables pour au moins trois raisons.

Légitimes, ils le sont car ils nous rappellent que nous venons de prendre des décisions collectives extraordinairement contraignantes, aux conséquences économiques, sociales, psychologiques et démocratiques majeures. Et ces décisions, nous les avons prises sans débat, sans délibération. Le gouvernement a sans doute pesé toutes les données en sa possession, il ne s’agit pas ici de lui faire de mauvais procès d’intention. Mais comme le rappelle François Sureau, la démocratie c’est la transparence du dialogue et du débat collectif, et la transparence sur les données qui fondent la décision. Or, ici, de débat il n’y a pas eu. Tout juste des consultations tout à fait cosmétiques des oppositions parlementaires, organisées par le Premier ministre, et la mise en scène d’un Conseil scientifique qui a servi de paravent et de caution alors qu’il aurait dû n’être qu’un des éléments du débat démocratique.

Ainsi, le coronavirus a mis en lumière avec éclat les dysfonctionnements d’une démocratie où, dès lors que tout procède du Président, il est possible pour l’exécutif d’imposer à peu près tout et n’importe quoi, sans restriction, et de le faire valider par la chambre d’enregistrement qu’est devenue le Parlement. Il conviendra de méditer sur ces éléments, et d’en tirer toutes les conclusions, et de ce point de vue les paroles qui s’élèvent ici et là sont salutaires.

Mais ces paroles sont aussi malvenues, voire insupportables, pour plusieurs raisons. D’abord, parce qu’on n’a pas entendu ces derniers parler au moment où le débat aurait dû avoir lieu. Ils nous diront ne pas avoir voulu ajouter la crise à la crise, la dissonance aux difficultés du moment. Mais s’ils ne sont pas là pour provoquer le débat au bon moment, qui le fera ? Ensuite, ces ministres qui se sont tus, peuvent-ils avoir la décence de le faire jusqu’au bout, plutôt que révéler – mais anonymement – qu’ils ont préféré leur poste à leurs idées. Car lorsqu’on pense que la politique menée n’est pas la bonne, la moindre des choses est de ne pas la cautionner. La politique se meurt de ce délitement de la responsabilité.

Enfin, il est facile de parler après coup, et de dire comme a eu l’air de le faire BHL, que les Français auraient dû se rebeller, en refusant de porter des masques. La peur impose la discipline, et nous savons bien qu’en matière de peur, nous n’avons pas été tous égaux pendant le confinement… Là encore, on eût pu attendre de ceux qui en avaient les moyens financiers et intellectuels, qu’ils lancent l’alerte au bon moment.

Alors à tous ceux qui sortent de leur cocon confiné, sans doute plutôt douillet, nous avons envie de dire :

Tirer des leçons, oui.

En donner, certainement pas.

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