La députée Danièle Obono lors d'une manifestation en décembre 2019 - Photo ©️ Daniel Perron.
La députée Danièle Obono lors d'une manifestation en décembre 2019 - Photo ©️ Daniel Perron.

Cette fois, un cap a été franchi. Dessiner une députée de la République en esclave, la ramener aux heures les plus sombres de l’Histoire au prétexte de raconter, sous une forme abracadabrantesque, l’esclavage en Afrique, par les africains eux-mêmes, avec, en filigrane, bien sûr, la volonté de dédouaner toutes les puissantes coloniales de leurs responsabilités dans le pillage et les exactions commises sur un continent, publier cette histoire et l’illustrer de  cette manière infâme en dit long sur la bataille culturelle qui s’annonce.

 Nous connaissons Valeurs actuelles, ses Une tapageuses, ses obsessions en matière d’immigration, d’identité, de sécurité, de communautarisme. Nous savons tout ce à quoi ce journal croit, qui le lit, quelles valeurs il véhicule. Il a le droit d’exister, de participer au débat public, de chercher une légitimité, en se satisfaisant urbi et orbi, d’avoir décroché l’interview d’Emmanuel Macron tout en faisant feu de tout bois pour nourrir sa vision d’une France décatie, perdue, séparatiste et presque mortifère. Mais jamais il n’avait osé une telle provocation et une image aussi révoltante. Il s’insurge qu’on le traite de raciste et plaide la créativité littéraire de ce feuilleton de l’été et l’anticonformisme de sa ligne éditoriale contre ce politiquement correct qui nous submergerait, contre la cécité dont nous serions tous frappés, contre l’angélisme d’une gauche qui ne vivrait que sur la doctrine de l’excuse et d’une droite trop tiède. Ce journal, comme toute la mouvance qu’il représente et qui le dévore chaque semaine, et les excellents chiffres de ventes qui vont de pair, ce journal, véritable arme politique (et il en a le droit) pense que le moment est venu, que les français sont prêts, qu’il faut pousser tous les feux, tant le pouvoir actuel est fragile et ambigu sur les questions régaliennes. Il n’est pas le seul à lancer la dernière phase de cette bataille culturelle qui doit mener à la présidentielle de 2022. 

Le débat public devient abrasif et binaire. On nous somme de choisir entre la police et les casseurs, les indigénistes et les souverainistes, les libéraux et les soviétiques. On subit, matin, midi et soir l’offensive sémantique de mots qui n’auraient jamais dû devenir de telles références : séparatisme, ensauvagement. Il ne faut plus laisser passer. L’image révulsante de Danièle Obono, enchaînée, a entraîné un soutien même de la part de ceux, et j’en suis, qui n’acceptent pas que la députée de la France Insoumise puisse défendre l’idée qu’elle n’a pas pleuré « Charlie » et tout ce que cela implique. Mais, l’ignominie de l’image balaye tous nos antagonismes, même les plus forts, car on ne peut admettre cette dérive raciste généralisée, cette surenchère sécuritaire qui travaille les esprits et les cœurs et projettent l’image d’une France qui n’est pas cette France que l’on nous décrit, cette obsession du communautarisme, de l’immigration qui gangrènent le débat public.

Je me souviens de tous ces journaux, ces acteurs de la vie publique qui s’étaient révoltés contre les insultes subies par Mila. J’en faisais partie aussi. Mais je ne les entends pas aujourd’hui pour dire, au-delà de l’action politique de Danièle Obono, ce qu’il peut y avoir de révoltant à voir cette image.

Honneur à Caroline Fourest qui, elle, l’a fait au nom de l’universalisme. Voilà la démonstration de ce débat, ce bras de fer qui s’engage et laisse de moins en moins de place à la nuance, l’analyse, a ce qui, fondamentalement, devrait nous rassembler : le respect de la dignité humaine, de la république même si certains la piétine dans leurs positions militantes.  Ce silence est regrettable. Qui ne dit mot consent.

Partagez cet article :

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

Nos dernières publications :

Cet article a 4 commentaires

  1. Emma

    « Honneur à Caroline Fourest » qui sera au passage bientôt sur LCI… et qui n’est jamais la dernière pour alimenter le débat « nauséeux »…

  2. Emma

    Caroline Fourest condamnée pour avoir diffamée Rabia Bentot, une jeune femme voilée à Argenteuil en 2013…

    1. Pelin

      Encore des gauchistes bien pensants qui refusent de voir la vérité.
      À t elle au moins lu VA ?

  3. Laurent Scmidt

    Si vous avez un tout petit peu de dignité et de fierté, partez chez vous où la police est humaine et où les gens sont parfaits. Tous les peuples ont colonisé ou étaient colonisés et mis ou ont mis en esclavage les autres pays mais tout le monde a compris que c’est votre fond de commerce pour les aides sociales et les logements gratuits ainsi que le trafic de drogue. Les allemands et les français, des millions de morts et aucun des 2 n’a été faire de la mendicité chez l’autre. Salutations les dégénérés.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.