Olivier Véran lors de la conférence de presse Covid-19 du 12 Novembre 2020 - Capture Nos Lendemains.
Olivier Véran lors de la conférence de presse Covid-19 du 12 Novembre 2020 - Capture Nos Lendemains.

On le savait déjà, Olivier Véran ne manque pas d’air, ni de courage d’ailleurs. Mais sa façon de s’en prendre à tout le monde commence à devenir lourde. Rendre les élucubrations de certains experts en partie responsables de la présence d’une deuxième vague en France au mois d’octobre, c’est gonflé. C’est ce qu’il a fait hier, via Paris-Match. « Les déclarations de certains médecins nous ont fait du mal collectivement ». Selon le ministre, si, au mois d’août, une majorité d’experts avait alerté contre une deuxième vague, elle aurait « sans doute été retardée ».

Cette façon qu’ont les autorités françaises d’essayer de camoufler la gestion calamiteuse d’une crise sanitaire qu’ils n’ont pas vu venir, et de désigner les coupables tout en faisant un déni sur leurs propres erreurs, est récurrente. Depuis le début. Les fiascos sur les masques et sur le dépistage, le déconfinement mal maîtrisé, nous, on veut bien les oublier, pour avancer et faire bloc. Mais pas si le gouvernement cherche obsessionnellement et pour des raisons politiques à s’exonérer de ses défaillances en accusant la terre entière. Elles ont été listées par un rapport, qui pointe des défauts « d’anticipation, de préparation et de gestion ». Basta.

S’il est vrai que certains prétendus experts médicaux ou autres écrivains et philosophes égarés ont tenu un discours hors-sol par rapport à la deuxième vague, ça n’a pas été le cas de tous, loin s’en faut. Olivier Véran n’a apparemment pas entendu tous ceux qui portent une parole de raison et n’ont pas varié depuis des mois. Éric Caumes, par exemple. Qui avait convié le ministre de la Santé à mettre en place un verrouillage de toute urgence. C’était le 10 mars, sur le plateau de David Pujadas … avant le premier tour des municipales.

« Certains médecins » ont appelé pendant des mois en vain au port du masque dans les lieux clos

Depuis le déconfinement, le chef du service maladies infectieuses de la Pitié-Sapêtrière, pas toujours bien compris, fait partie de ceux qui ont régulièrement tiré la sonnette d’alarme… sans être écoutés ou trop tard. Ils ont par exemple appelé, pendant des mois, au port du masque dans les lieux clos, à la vigilance extrême concernant l’aération et la ventilation, notamment dans les classes. Éric Caumes s’était aussi étonné du fait que l’on commence ce déconfinement par les écoles, alors qu’elles avaient été verrouillées les premières. Dès le mois de juin, il se disait inquiet « face à l’absence de tests systématiques dans des structures collectives où des cas positifs sont repérés », avec le risque de voir des chaînes épidémiques démarrer : « On prend ça un peu trop à la rigolade ». Rebelote, le 6 juillet. L’épidémiologue a dénoncé les frontières passoires et la stratégie de dépistage de l’après confinement : « Où sont les 700.000 tests par semaine qu’on nous avait promis ? On n’en fait même pas un tiers. On ne peut pas se permettre ce relâchement ».

Idem début août. Tout le monde a cru à tort que Caumes appelait les jeunes à se contaminer et était devenu partisan de l’immunité collective. Ce n’était pas le plus important de ce qu’il avait confié au Parisien ce jour-là. Encore une fois, le Professeur avait lâché un push XXL de dépit face à la situation en France et aux trous dans la raquette : « Ce virus est visiblement trop intelligent pour les Européens, à l’exception des Allemands ». Il avait signalé, comme d’autres, encore, les failles dans le dépistage, les délais trop longs pour les résultats des tests : « Probablement qu’ils ne vont pas assez vite pour remonter les chaînes de contamination. Il faut savoir que lorsqu’un cas est recensé, il faut identifier et tester son entourage, ce qu’on appelle les cas contacts, en trois jours, sinon l’épidémie vous échappe. C’est sûrement ce qui est en train de se passer ». Il avait également, à nouveau, fustigé la légèreté des contrôles dans les aéroports.

Olivier Véran n’a pas dû l’entendre.

Quand la France n’attendait qu’un signal pour les « jours heureux »

En Allemagne, certains éminents spécialistes ont prévenu… dès le mois d’avril contre une deuxième vague, face à un relâchement dans leur propre pays.  Le 25 avril, sur LCI, un médecin anesthésiste-réanimateur à Berlin poussait un coup de gueule. Fustigeant un déconfinement « trop rapide », Phil Stumf s’était inquiété de l’arrivée d’une « deuxième vague » outre-Rhin. Melanie Brinkmann, virologue germanique, avait également mis en garde : « Si nous prenons à la légère le début du déconfinement, nous allons avoir une seconde vague qui sera plus dure que la première ». Christian Drosten avait lui aussi averti… contre un nouveau départ simultané de cas « partout en même temps ». Merkel, cette rabat-joie, s’était fâchée tout rouge contre les citoyens allemands qui se relâchaient.

Olivier Véran n’a pas dû entendre les Allemands. Dans le cas contraire il aurait percuté dès avril, lui qui se targue d’avoir alerté « début août ». Il ne les entend d’ailleurs pas davantage lorsqu’ils soutiennent aujourd’hui que les enfants sont aussi contagieux que les adultes. Ou alors il l’explique très mal à Jean-Michel Blanquer.

La vraie, la bonne question, qu’Olivier Véran doit poser ouvertement quitte à regarder en arrière, c’est celle de savoir si le déconfinement de mai a été bien mené, avec le maximum de garanties de succès : pour que les mêmes erreurs ne soient pas commises. La réponse est : non le déconfinement n’a pas été mené comme il aurait fallu… et le ministre de la Santé le sait très bien. Dès que le déverrouillage s’est profilé, la France a été dans les starting-blocks, dans l’attente du signal pour embrayer illico sur les « jours heureux ».  Le top a été donné en juin, par Emmanuel Macron himself via Twitter : « La réouverture des cafés, hôtels et restaurants signe le retour des jours heureux ! Nul doute que les Français seront là pour retrouver cette part de l’esprit français, de notre culture et de notre art de vivre […]». Youkaïdi. Vamos a la playa.

Éric Caumes : « Il me semble que ce début de ralentissement est dû à la fermeture des écoles »

Le port du masque en lieu clos a été rendu obligatoire le 20 juillet. La France entière sait que « certains médecins » le demandaient depuis le mois d’avril. Olivier Véran ne les a pas entendus.

Il serait bon pour tout le monde que le ministre de le Santé cesse d’attaquer tous azimuts. Les responsabilités du gouvernement dans la situation actuelle sont incontestables. Les mensonges des autorités ne servent pas la restauration de la confiance. Les attaques du ministre de la Santé contre le monde médical encore moins : elles ajoutent à la confusion. En tentant de s’exonérer, Véran commet une faute de plus, alors que la France attend dans l’angoisse de savoir à quelle sauce elle va être mangée. Éric Caumes, inusable (il en a même fait un livre, de même que Jérôme Marty, généraliste lanceur d’alerte), a déclaré hier que les élèves en difficulté « devraient continuer à aller à l’école et les autres rester chez eux » et les petits commerces rouvrir. Le Professeur a jeté un énième pavé dans la mare concernant le fléchissement des chiffres de l’épidémie : « On peut l’attribuer au couvre-feu, mais l’on voit aussi que la courbe s’infléchit dans des villes où il n’a pas été mis en place. Il me semble donc que ce début de ralentissement est dû à la fermeture des écoles lors des vacances scolaires de la Toussaint. Forcément, les interactions entre les jeunes ont diminué. Et ça, personne ne l’évoque ! ». Poke Olivier Véran.

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