Alors que le changement de gouvernement est toujours en gestation, le nouveau Premier ministre et les syndicats discutent déjà, par médias interposés, non pas de la réforme des retraites, mais de l’opportunité de la ressortir des tiroirs.

Emmanuel Macron a confirmé via la presse régionale la semaine dernière son intention d’une reprise des discussions : « Je demanderai au gouvernement de réengager rapidement une concertation en profondeur, dans un dialogue de responsabilité associant les partenaires sociaux dès l’été sur le volet des équilibres financiers. Il faut que tout cela soit mis sur la table. Il n’y aura pas d’abandon d’une réforme des retraites. Je suis ouvert à ce qu’elle soit transformée », a indiqué le président de la République.
Jean Castex n’a pas attendu que son équipe soit formée pour se faire le porte-voix de la volonté présidentielle : « La crise a aggravé fortement le déficit de nos régimes de retraite. Je souhaite reprendre le dialogue avec les partenaires sociaux, c’est indispensable », a-t-il expliqué.

Les syndicats ont répondu une première fois. Laurent Berger en tête. « La priorité des priorités, ça doit être l’emploi. On ne va pas se remettre à se foutre sur la gueule sur la question des retraites dans cette période ».

On l’oublierait presque, mais la réforme des retraites a été suspendue pour cause de CoVid alors qu’Édouard Philippe venait de passer en force à l’Assemblée nationale, prenant de court tout son monde. Il avait annoncé un samedi qu’il engageait la responsabilité du gouvernement pour faire adopter sans vote le projet, via l’article 49-3 de la Constitution. Le Premier ministre entendait ainsi mettre fin à un épisode de « non-débat » avec les oppositions et « permettre à la suite du processus législatif de s’engager », s’était-il justifié à la tribune de l’Assemblée.

PS, LR, LFI, RN avaient dénoncé d’une seule voix un « déni de démocratie ». Droite et gauche avaient chacune déposé une motion de censure à l’arrache. Le soir, des centaines de manifestants avaient convergé pour exprimer leur colère devant le Palais Bourbon, protégé par une nuée de cars de forces de l’ordre.

« Le sujet, c’est pas travailler plus, c’est travailler tous et travailler mieux »

La crise sanitaire est venue calmer les esprits. Mais le sujet fâche et la volonté d’Emmanuel Macron d’exhumer le projet coûte que coûte, même en le modifiant, se heurte au réalisme des syndicats. Le patron de la CFDT en a remis une couche lundi matin, appelant le nouveau Premier ministre à s’inscrire « dans une logique de dialogue » avec les organisations syndicales.
Laurent Berger veut bien parler, via une Conférence sociale et écologique, de l’assurance chômage, de la pauvreté, de l’emploi, celui des jeunes notamment, du plan de relance, de la transition écologique. Mais il l’a répété plusieurs fois sur LCI : « C’est pas le moment de remettre une réforme sur la table. Le vrai problème aujourd’hui, c’est les suppressions d’emploi, le vrai sujet de l’été et de l’automne, c’est la question de l’emploi. Il n’y a pas à discuter d’une réforme des retraites maintenant, ce n’est pas le moment [bis] Le sujet, c’est pas travailler plus, c’est travailler tous et travailler mieux ».

Le leader de la CFDT a bien indiqué que le syndicat était favorable à un système universel et était prêt à en discuter dans les mois à venir pour une mise en place « à un horizon assez lointain ». Mais halte à une approche paramétrique. Mélanger les deux, « on a vu où ça a mené », a glissé Laurent Berger. « Il n’y a pas d’espace pendant l’été et l’automne pour discuter l’équilibre des retraites, ce n’est pas le sujet », a-t-il martelé.

Une position partagée par Force Ouvrière : « On risque de rouvrir de la tension, un conflit social », a mis en garde Yves Veyrier. « Ce n’est vraiment pas le moment de remettre ce dossier sur la table ». Dimanche, Philippe Martinez s’est lui aussi opposé à l’obsession présidentielle : « Les concertations, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il y en a eu et qu’on n’a pas été entendus, malgré une majorité de Français et une majorité de syndicats qui étaient contre cette réforme. C’est dommage et assez dramatique que le président de la République ne tire pas les leçons de la période qui vient de se passer », a regretté le patron de la CGT.

Même le Medef ne trouve pas judicieux de plancher sur les retraites dans le contexte. « Il faut appuyer sur pause pendant quelques mois pour qu’on mette toute notre énergie pour ce qui compte, c’est-à-dire l’outil de production », a déclaré Geoffroy Roux de Bézieux. « C’est pause pour reprendre, pas pause pour jamais ».

Cette unanimité suggèrera-t-elle au président de la République de renoncer à forcer une concertation dont aucun syndicat ne veut… au moment où le chef de l’État semble vouloir prendre en compte les corps intermédiaires, et en particulier les partenaires sociaux ? Peut-être, si l’écoute et la raison figurent dans sa panoplie de randonneur soi-disant en route pour un « nouveau chemin ».

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