Aurélien Taché - Twitter

Voici un nouveau départ à la République en Marche – celui d’Aurélien Taché, annoncé ce matin dans le Journal du Dimanche. Il n’en a pas fallu davantage pour que les réseaux sociaux et commentateurs politiques se déchaînent : à cet « opportuniste attendant un poste ministériel », on reproche à la fois de partir trop tard, et de ne pas rester. Comme si au fond, la décision de la rupture, quelle que soit sa motivation, ne pouvait pas et ne pourrait jamais être une décision pure, sincère, courageuse. Solitaire, elle est carriériste. Courageuse, elle témoigne forcément d’une ambition. Tardive par rapport aux raisons invoquées par le « traître », elle démontre aux yeux de tous une forme d’opportunisme abject.

Pourtant, l’histoire de la Politique est une histoire de ruptures. De querelles, de réconciliations, mais aussi et surtout de parcours qui se disjoignent, d’incompréhensions que l’on solde brutalement, d’amitiés que l’on enterre sous le poids des désaccords comme des ambitions conflictuelles.

Comme les histoires d’amour et d’amitié, comme les histoires humaines, l’histoire de la politique est une histoire de trahisons.

Mais alors, pourquoi ne supportons-nous plus les trahisons aujourd’hui ? Pourquoi le lent délitement du groupe majoritaire à l’assemblée – en miroir d’une défaite municipale annoncée, et d’un parti qui peine à exister sur le terrain – ne déclenche-t-il qu’un concert de « bien fait » et de « je vous l’avais bien dit ! » ? Les hommes des années 60 ou 80 étaient-ils plus grands ? Leurs idées et leurs ambitions plus nobles ? Leurs actes plus courageux ?

Beaucoup de nos concitoyens vous répondront ici, spontanément, nostalgie bien Française aidant : « oui ».

Et c’est sans doute là tout le problème : Si nous ne supportons plus la « rupture », le « virage », le « divorce » en politique, c’est parce que nous supportons de moins en moins les politiques. Pire, les Français sont de plus en plus nombreux à les vomir. Plus de 60% les jugent pour la plupart « corrompus ». A force de promesses non tenues, de trahisons opportunistes, de querelles artificielles, de postures stériles, nous en sommes venus à considérer que la politique ne pouvait être que sale. Inutile. Nuisible même.

Et dans ce climat, l’essentiel des actes politiques sont jugés à l’aune de l’idée que l’on se fait de ces politiques trop petits pour nos ambitions, indignes de nos aspirations. C’est peut-être le cas singulièrement depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, puisque son épopée se construit sur une trahison – dès lors, est-il anormal, se demandera-t-on, que son mouvement périsse par là où il a péché ?

Mais alors, y-t-il un autre chemin possible, pour un élu, que d’être humble, transparent, encaisser et encaisser encore les critiques justes comme injustes ; d’être constant et cohérent surtout, et espérer qu’à la fin des fins, on jugera l’homme à ses actes, et non pas aux intentions qu’on lui prête et aux ambitions que l’on projette sur lui ? Un homme politique peut-il encore se tromper, hésiter, tergiverser ? Emmanuel Macron doit se poser la question, à l’aube d’une « réinvention » que chacun estime nécessaire mais que bien peu, dans le climat actuel, risquent de croire sincère.

Au fond, entre un traître et un héros politique, il n’y a de différence que la valeur des hommes. Qui se mesure aux actes, et que seule l’histoire jugera. Elle peut être farceuse : qui eût cru que Chirac, le Chirac détesté, haï, méprisé, serait un jour enterré en héros national ?

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